dimanche 26 février 2017

Ecrire sur le Zen n'est pas zen




Quelques érudits demandèrent à Cochonfucius d'écrire sur le Zen.

Il fit remarquer que ce ne serait pas Zen (pour lui) de le faire. Ils s'enthousiasmèrent, disant que c'était bien de sa part d'avoir trouvé le titre aussi rapidement. Quel titre ? « Écrire sur le Zen n'est pas Zen pour Cochonfucius » par lui-même.

En plus vous avez déjà écrit tout plein de choses raisonnables, comment oserais-je rajouter mon grain de sel ?
Bon, mais par ailleurs, j'avais offert ma contribution, quand on en était encore au stade verbal. C'est d'écrire, qui n'est pas Zen ? Ou bien de s'apercevoir qu'on n'a rien à expliquer, tout est clair, s'asseoir tout simplement.


Incipit hic tractatus de Zenbudismo, quem Cochonfucius invitus scripsit.


        Si personne ne comprenait vraiment la nature de l'expérience Zen, il serait facile, mais inutile, d'en parler ici. Si tout le monde comprenait parfaitement la chose, alors deux ou trois phrases à visée synthétique feraient l'affaire. Et si ceux qui savent quelque chose voulaient bien le raconter à ceux qui ne savent rien ?

        Imaginons ce cas de figure. Un chercheur se présente dans une assemblée, et annonce à la cantonade : je vais vous expliquer l'essence et la nature du Zen. C'est le bouddhisme. Et le bouddhisme n'est que la condition humaine devenue consciente de l'insignifiance qui est la sienne, et qui a quelque chose de grandiose.

        Ses camarades l'écoutent avec scepticisme. Pour eux, le bouddhisme est une forme culturelle historiquement déterminée, étroitement liée aux grandes civilisations d'Asie Orientale, et ne peut passer pour la façon de vivre la plus authentique pour un sujet humain conscient et éclairé. De plus, la pratique du Zen comporte des rituels barbares. Se soumettre à un instructeur dans la Voie, c'est féodal. Rester assis pendant trois heures comme un idiot, c'est contre-productif. Croire à une Révélation transcendante, c'est de la superstition.

        Les sceptiques ont partiellement raison. Il peut arriver que les instructeurs abusent de l'immense pouvoir dont ils disposent. Il existe un usage paresseux de la méditation. Les personnes superstitieuses ne sont pas interdites de Zen.

      C'est comme si les écoles de conduite automobile étaient innombrables, et comme si le code de la route comportait des variantes contradictoires. Certaines de ces auto-écoles se contenteraient de projeter des films dont les personnages se déplacent en automobile. Les apprentis-conducteurs apprendraient à rester assis pendant les projections de films, puis à rester assis sans même qu'on projette un film, afin d'imaginer un parcours en voiture, à partir de leurs capacités acquises.

      Cette image vise à rappeler que pratiquer la méditation est incontournable. Passé un certain âge, nombre d'entre nous sont sujets aux insomnies qui sont une occasion toute trouvée pour méditer. Un entraînement à la position assise, ainsi qu'à la non-pensée, donne à cette méditation une saveur plus forte. Mais raconter cette saveur dans un document écrit ?

      En deux mots, la méditation sera frustrante ou fortifiante. La posture correcte et la discipline Zen ne sont certes pas le moyen exclusif de parvenir à l'effet fortifiant, et par ailleurs, il n'est pas conforme à l'esprit Zen de souhaiter un tel effet. La pratique est néanmoins un facteur incontournable dans ce phénomène, comme l'alimentation, la lecture, la vie sociale et bien d'autres paramètres.

      Et c'est pourquoi elle n'est pas Zen, la plume qui trace de tels écrits, qui en disent trop, et qui n'en disent pas assez. Trop, car ils préjugent de l'effet du Zen sur une autre personne que l'auteur, qui plus est, un lecteur inconnu. Pas assez, car chaque point esquissé ici mériterait un développement et une confrontation avec d'autres approches. De plus, les insomnies sont une chose, mais la méditation peut se pratiquer, en tant que loisir personnel, au hasard des occasions favorables, et en tant qu'entraînement personnel, à des moments où le pratiquant a rendez-vous avec lui-même. Pour ceux qui le savent, c'est un rappel, pour les autres, une invitation.