vendredi 23 décembre 2016

Le cinéaste absolu

 Image de Pierrette

 
     Quand j’ai commencé ce blog, je n’écrivais pas de poésies. Je me laissais aller à disserter sur les sujets qui se présentaient à mon esprit. C’est comme ça que j’arrivais à être créatif. J’y repense aujourd’hui parce que je suis en panne de poésie, je n’arrive pas à écrire. Je me dis que je devrais essayer d’écrire comme je le faisais à cette époque-là, que peut-être ça marcherait.
     C’est douloureux de ne pas arriver à écrire, c’est une douleur physique, ça fait mal partout. J’en parle souvent, quitte à lasser, quitte à passer pour une mauviette, quitte à ce que l’on me rétorque que n’ayant pas un cancer généralisé je ne sais rien de la souffrance physique et que je ferais mieux de la fermer. Je me dis que tous les poètes connaissent ça. C’est par ça d’ailleurs que je définirais maintenant un poète, c’est quelqu’un qui souffre lorsqu’il ne crée pas.
     Créer, c’est sa manière d’être au monde. Disons plutôt que c’est comme ça que le poète se sort du monde ou plutôt, s’en sort avec monde, j’hésite… S’en sortir avec le monde, est-ce se sortir du monde ou bien est-ce composer avec lui ? En fait, ça n’est pas se sortir du monde, se sortir du monde ça revient à se tuer. Le suicide est un destin relativement commun chez le poète, il se sort alors du monde mais ne s’en sort pas avec le monde. Ils se sort du monde faute de réussir à s’en sortir avec lui.
     La vie n’a rien d’évident pour lui. Il se retrouve dedans en se demandant ce qu’il y fait. Il se sent comme victime d’une erreur de casting. Maintenant qu’il est là, il fait avec le monde, ou pas. Le gars qui a fait le casting lui donne le choix de rester dans le film ou pas, d’en sortir quand bon lui semble. Celui qui ne fait pas ce choix compose avec le monde, il le transforme de manière à ce qu’il s’y sente en paix. Ce qu’il représente dans ses créations, c’est ce qu’il ressent. Le monde qu’il crée lui est ainsi familier. C’est le sien. Il y est chez lui, on n’est jamais si bien servi que par soi-même. C’est l’écrivain qui crée des personnages qui portent en eux ses sentiments, c’est l’artiste peintre qui peint ce qu’il voit, le musicien qui reproduit avec ses instruments ce qu’il entend, etc.. .
     Pour rester dans la métaphore cinématographique, le poète (le comédien victime d’une erreur de casting) va prendre des largesses avec le rôle qu’on lui a donné, il va le recréer à sa sauce. Remarquez que de la part de celui qui l’a choisi pour jouer dans le film, ça n’est peut-être pas une erreur de l’avoir enrôlé, peut-être l’a t’il choisi sciemment, pour ce qu’il est, un homme à côté de la plaque, afin qu’il apporte sa touche personnelle à son oeuvre… Il faut avouer que ça a de la gueule, des personnages comme Cyrano de Bergerac, des tableaux comme « La nuit étoilée » de Vincent Van Gogh ou des compositions musicales comme les suites de violoncelles de Jean-Sébastien Bach dans un film ! Quel réalisateur voudrait s’en passer ?


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D'argent à la caméra de sable









9 commentaires:

  1. Vincent, l'écriture, c'est la vie, dans l'idéal tout le monde devrait pouvoir écrire.

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  2. Je me suis dis ça aussi en faisant ce texte, on est tous poète, à sa manière sinon personne n'arriverait à s'en sortir avec le monde.

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    1. Le monde n'est pas que négatif, il a sa part de beauté, il faut aussi la voir. Je sais c'est difficile parfois de dire cela.

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    2. Quand je parle du monde, je pense à la condition de l'homme à la manière Blaise Pascal

      "Le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près."

      "Divertissement.

      Quand je m’y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s’exposent dans la Cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir, n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place. On n’achète une charge à l’armée si cher, que parce qu’on trouverait insupportable de ne bouger de la ville. Et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec plaisir. Etc.
      Mais quand j’ai pensé de plus près et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs j’ai voulu en découvrir la raison, j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective et qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près.
      Quelque condition qu’on se figure, où l’on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde. Et cependant, qu’on s’en imagine accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher. S’il est sans divertissement et qu’on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu’il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point. Il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent des révoltes qui peuvent arriver et enfin de la mort et des maladies, qui sont inévitables. De sorte que s’il est sans ce qu’on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets qui joue et qui se divertit.
      De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n’est pas qu’il y ait en effet du bonheur, ni qu’on s’imagine que la vraie béatitude soit d’avoir l’argent qu’on peut gagner au jeu ou dans le lièvre qu’on court, on n’en voudrait pas s’il était offert. Ce n’est pas cet usage mol et paisible et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition qu’on recherche ni les dangers de la guerre ni la peine des emplois, mais c’est le tracas qui nous détourne d’y penser et nous divertit."

      Blaise Pascal

      Plus précisément , je pense qu'il nous manque quelque chose, que nous avons perdu quelque chose, et que nous ressentons, peut-être plus ou moins, ce manque de façon douloureuse et que la création permet d'échapper à cette douleur.

      "Pour celui qui crée, il n'y a pas, en effet, de pauvreté ni de lieu indigent, indifférent."

      Rilke, Lettre à un jeune poète.

      Qu'il s'agisse de planter des fleurs dans son jardin, de faire un beau gâteau ou d'écrire un poème, nous sommes amenés à créer pour nous affranchir de la douleur d'exister.

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    3. Vincent, exister n'est pas une douleur même si tout n'est pas toujours facile certes, mais sincèrement souhaiterais-tu ne pas exister? Exister est merveilleux.

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  3. Comment expliquer le suicide dans ce cas ?

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    1. J'aurais tendance à dire que même le suicide ne nous supprime pas, je crois que nous sommes éternels. Nous ne sommes pas créés pour mourir mais pour vivre.

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    2. Peut-être mais le suicidaire a la volonté d'en finir avec l'existence.

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    3. pourtant si il existe (le suicidaire) c'est que son existence compte.
      La mort peut peut-être apparaître comme un soulagement lorsque la vie est trop dure, c'est cela qui n'est pas normal, c'est qu'il y ait des gens qui souffrent à ce point.

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