jeudi 29 septembre 2016

Commentaire de: Eli, Eli, lama sabachthani ?



 Canton de Schwytz


« Mon dieu, mon dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Cette parole du Christ est la parole la plus amoureuse qui soit. Chacun en connaît la vibration intime. Aucune vie ne peut faire l’économie de ce cri. Cette parole est le cœur de l’amour, sa flamme qui tremble, se couche et ne s’éteint pas. Elle est aussi bien la seule preuve de l’existence de Dieu : on ne s’adresse pas ainsi au néant. On ne fait pas de reproches au vide.

Après, plus rien- l’arrachement du souffle, l’énergie qui déserte ce qui n’est plus que chair pourrissante. Cette dernière flambée de la parole fait du Christ mieux qu’un ange : notre frère angoissé et fragile ; « Mon dieu, mon dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » Ce cri qui s’en va exploser contre la gueule de marbre d’un Dieu muet, fait de celui qui le jette notre intime, le plus proche d’entre les proches : nous –mêmes quand la confiance s’en va de nous comme le sang par une veine coupée et que nous continuons à parler amoureusement à ce qui nous tue.

Il faut que le noir s’accentue pour que la première étoile apparaisse.

Christian Bobin , « l’Homme Joie »

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 De gueules, à la scène de crucifixion au naturel.


1 commentaire:

  1. Ce texte de Christian Bobin et magnifique, encore une fois. J'ai passé ma journée d'hier avec lui, par vidéo You Tube et textes interposés et je me suis régalé. J'avais lu il y a très longtemps "Une petite robe d'été", j'avais été séduit par son écriture simple et dense. Je le redécouvre, c'est quelqu'un d'attachant, loin, très loin d'être un illuminé. Certain le qualifie de mièvre, c'est qu'ils ne savent pas que la lumière vient du noir comme le dit Pierre Soulage et Guillevic.

    Je connais l'étrange
    Variété du noir
    Qui a nom lumière.

    (Sphère, Poésie/Gallimard)

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