vendredi 1 juillet 2016

Théâtre héraldique

Le plus ancien «drame» composé en français raconte l'histoire de la chute et du péché originel. La scène de la tentation d'Ève par le diable est capitale, témoignant du talent dramatique de l'auteur anonyme. 










(Blason de Glückstadt)                                                                                          (Blason de Lachen)



LE DIABLE

Ève, je suis venu vers toi.

ÈVE

Dis-moi, Satan, et ce pourquoi?

LE DIABLE

Je cherche ton bien, ton honneur.

ÈVE

Ainsi soit-il!

LE DIABLE

Sois donc sans peur.
Voici longtemps que j'ai appris
Tous les secrets de Paradis:
Or une part je t'en dirai.

ÈVE

Commence donc, j'écouterai.

LE DIABLE

M'entendras-tu?

ÈVE

Mais oui, fort bien;
Je ne te fâcherai en rien.

LE DIABLE

Te tairas-tu?

ÈVE

Oui, par ma foi.

LE DIABLE

Je te ferai donc confiance,
Et ne veux pas d'autre assurance.

ÈVE

Bien tu peux croire à ma parole.

LE DIABLE

Tu as été à bonne école.
J'ai vu Adam, mais il est fou.

ÈVE

Un peu est dur.

LE DIABLE

Il sera mou.
Il est plus dur que n'est le fer.

ÈVE

Il est très franc

LE DIABLE

Plutôt très serf.
Nul soin ne veut prendre de soi:
Qu'il ait au moins souci de toi.
Tu es faiblette et tendre chose,
Tu es plus fraîche que la rose;
Tu es plus blanche que cristal,
Que neige sur glace en un val;
Mal vous unit le Créateur:
Tu es tendre, dur est son coeur;
Mais néanmoins tu es plus sage:
En grand sens as mis ton courage;
Il fait bon traiter avec toi.
Te parler veux.

ÈVE

En moi aie foi.

LE DIABLE

Tiens-le secret.

ÈVE

Qui le saurait?

LE DIABLE

Pas même Adam!

ÈVE

Oh! non, de vrai.

LE DIABLE

Je vais te dire, écoute bien;
Nul n'assiste à notre entretien,
Adam, là-bas, point n'entendra.

ÈVE

Parle bien haut, rien ne saura.

LE DIABLE

Je vous préviens d'un grand engin
Qui vous est fait en ce jardin:
Le fruit que Dieu vous a donné
En soi a bien peu de bonté;
Celui qu'il vous a défendu
Possède très grande vertu:
En lui est grâce de vie,
De puissance et de seigneurie,
De bien et mal la connaissance.

ÈVE

Quel est son goût?

LE DIABLE

Céleste essence.
À ton beau corps, à ta figure
Bien conviendrait cette aventure
Que tu fusses du monde reine,
Du ciel, de l'enfer souveraine,
Que tu connusses l'avenir.

ÈVE

Tel est ce fruit?

LE DIABLE

Ne t'en déplaise.
(Ici Ève regardera le fruit défendu)

ÈVE

Rien qu'à le voir je suis tout aise.

LE DIABLE

Que sera-ce, si tu le goûtes!

ÈVE

Comment savoir?

LE DIABLE

N'aie point de doutes.
Prends-le vite, à Adam le donne.
Du ciel aurez lors la couronne.
Au Créateur serez pareils,
Vous percerez tous ses conseils;
Quand vous aurez du fruit mangé,
Lors sera votre coeur changé:
Égaux à Dieu, sans défaillance,
Aurez sa bonté, sa puissance.
Goûte du fruit!

ÈVE

Envie en ai.

LE DIABLE

N'en crois Adam.

ÈVE

J'y goûterai.

Le DIABLE

Quand, s'il te plaît?

EVE

Me faut attendre
Qu'Adam se soit allé étendre.


 Cédant à la tentation, Ève cueille la pomme, en goûte et en donne aussi à Adam. Suite à cette désobéissance, Figura (Dieu) les fait chasser du Paradis. Ils en éprouvent douleur, mais ne cessent d'espérer la Rédemption. 

Le jeu d'Adam,( XII siècle ).


(Blason de Lambruisse)

______

D’or à un cep de vigne arraché de sinople, fruité de sable, accolé à un arbre sec, arraché aussi de sable.



1 commentaire:

  1. Que de vieilleries encore en ce dialogue plus sifflant que le serpent!
    Le serpent continue de persifler!

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