jeudi 21 juillet 2016

Anachorète



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L’ermite prie sans se laisser distraire,
De l’ermitage, il ne peut s’absenter ;
Le loup qui semble, au soir, se lamenter,
N’a point raison de sa ferveur austère.

Qu’il est pensif, cet homme solitaire !
Plusieurs démons ont beau se présenter
Pour le surprendre et pour l’épouvanter,
Il ne craint rien, il rit, bien au contraire.

Au ciel n’est pas son étoile ternie ;
Il vit sa vie, sans autre compagnie
Que d’un succube et de son chant de mort.

Bien rares sont les gens de cette sorte,
Qui, aux jardins où jaunit l’herbe morte,
Semblent trouver un étrange confort.

4 commentaires:

  1. L'ermite prie et il est en compagnie d'un succube et de son chant de mort, quelque chose n'est pas logique dans tout cela.

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    1. Mais l'existence est-elle toujours logique?

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    2. Certes non, mais en théorie l'ermite voue sa vie à Dieu, donc il devrait être dans la lumière et non dans la mort.

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    3. Voir, cependant, Flaubert :

      http://www.mediterranees.net/romans/saint-antoine/chapitre_7.html

      « (...) Alors apparaît

      Je suis l'endormeuse, la joie, la vie, le bonheur inépuisable !

      Antoine tourne les talons pour s'enfuir. Chacune lui met la main sur l'épaule.
      Le linceul s'écarte, et découvre le squelette de La Mort.
      La robe se fend, et laisse voir le corps entier de La Luxure, qui a la taille mince avec la croupe énorme et de grands cheveux ondes s'envolant par le bout.
      Antoine reste immobile entre les deux, les considérant.
      LA MORT lui dit :

      Tout de suite ou tout à l'heure, qu'importe ! Tu m'appartiens, comme les soleils, les peuples, les villes, les rois, la neige des monts, l'herbe des champ. Je vole plus haut que l'épervier, je cours plus vite que la gazelle, j'atteins même l'espérance, j'ai vaincu le fils de Dieu !
      LA LUXURE

      Ne résiste pas ; je suis l'omnipotente ! Les forêts retentissent de mes soupirs, les flots sont remués par mes agitations. La vertu, le courage, la piété se dissolvent au parfum de ma bouche. J'accompagne l'homme pendant tous les pas qu'il fait ; - et au seuil du tombeau il se retourne vers moi !
      LA MORT

      Je te découvrirai ce que tu tâchais de saisir, à la lueur des flambeaux, sur la face des morts, - ou quand tu vagabondais au delà des Pyramides, dans ces grands sables composés de débris humains. De temps à autre, un fragment de crâne roulait sous ta sandale. Tu prenais de la poussière, tu la faisais couler entre tes doigts ; et ta pensée, confondue avec elle, s'abîmait dans le néant.
      LA LUXURE

      Mon gouffre est plus profond ! Des marbres ont inspiré d'obscènes amours. On se précipite à des rencontres qui effrayent. On rive des chaînes que l'on maudit. D'où vient l'ensorcellement des courtisanes, l'extravagance des rêves, l'immensité de ma tristesse ?
      LA MORT

      Mon ironie dépasse toutes les autres ! Il y a des convulsions de plaisir aux funérailles des rois, à l'extermination d'un peuple ; - et on fait la guerre avec de la musique, des panaches, des drapeaux, des harnais d'or, un déploiement de cérémonie pour me rendre plus d'hommages.
      LA LUXURE

      Ma colère vaut la tienne. Je hurle, je mords. J'ai des sueurs d'agonisant et des aspects de cadavre.
      (...)»

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