dimanche 12 juin 2016


Dix.
La perfection du perfectible
S’enracine dans un monde de l’au-delà des mondes,
Voilé aux yeux des indiscrets.
Si elle te semble se diviser,
Ce n’est qu’une apparence,
L’un et l’autre,
L’en haut et l’ici-bas,
Le proche et le lointain
Ne sont pas désunis.
Le Nord et le Sud engendrent les 3 mondes
Selon l’ordonnance chorégraphique des sphères universelles,
Aussi chaque être, du grain de sable infime au roi majestueux,
Trouvera sa juste place et déroulera son mouvement
De l’instant de son apparition à l’heure de son retour dans le giron universel.
Ici, la perfection atteint son apogée et sa pleine maturité,
Harmonisant les éléments,
Enchaînant sans se lasser les cycles saisonniers
Selon les cardinaux de la terre déployée,
Générant les graines du devenir, les montures du voyage et les peuples et les nations
Et toute histoire vécue depuis l’aube du père des hommes
A l’occident du jour dernier.
Initiale de la Lumière enchâssée dans le cœur prophétique,
Pilier central des soixante-douze premières révélations.
Si tu t’adonnes à lecture silencieuse des signes éclatants
Et à la nostalgie des allusions élégantes,
Ta droite sera distinguée de ta gauche,
Ton intention sera purifiée à l’eau d’une fontaine jaillissante
Et ta vision unifiée déchirera les voiles de l’illusion.
Le sais-tu ? Si l’oiseau de ta fortune est attaché à ton être,
Tu ne peux nourrir le moindre doute.
Car au cou de ton âme, Il a lié le carcan des cycles et des mouvements,
De même, Il impose à la lune des phases,
De sa disparition initiale à la plénitude de son épanouissement,
Puis, de son plein, Il la réduit n’être plus qu’une palme asséchée.
Ami, mon frère d’infortune,
Toi qui a connu mon exil et dont je connais la solitude,
Deviens le commensal de la Certitude absolue !
Car le jour de la décision et du décret est venu !
Entre par la porte du retour
Et reçois la Science de la Certitude dont le nom est Foi inébranlable !
Prends ton envol en ouvrant ton œil de la Certitude
Pour atteindre le Zénith de la contemplation !
Plonge enfin dans l’océan sans rivage de la Vérité de la Certitude,
Et la Lune de ta face désormais à son plein
Ignorera à jamais
Et l’orgueil de son accroissement
Et l’humiliation de sa diminution.
Son nombre est onze.
Fécondité du féminin qui engendre les êtres,
Voie du Ciel abreuvée par les voies de la Terre,
Envol des esprits libres, conversion des âmes anoblies,
Reflet du macrocosme dans le miroir du microcosme.






11 commentaires:

  1. Magnifique texte. Tes titres évoquent souvent des onomatopées ou d'autres interjections, ici je le verrais bien dans la bouche d'un karatéka effectuant un kata.

    Je crains que cet homme devienne à force de perfection ennuyeux;

    "Un homme sans défauts est comme une montagne sans crevasses. Il ne m'intéresse pas."

    Fureur et mystere, rene char, édition gallimard, 1962, p. 94 - feuillets d'hypnos (1943-1944)
    [ René Char ]

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    1. Vincent,
      Tu crains que l'homme ne devienne ennuyeux à force de perfection.
      La réponse est que l'homme, ainsi que tout ce qui est, est à la fois imparfait et parfait, injuste et juste.
      L'homme est parfait selon deux points de vue différents. Comme le suggère ce poème, tout est à sa juste place même si les apparences extérieures semblent prouver le contraire. Ainsi chaque être est parfait dans sa nature comme dans ses actes en ce sens que toute chose existante prend place dans l'harmonie universelle.
      Mais l'homme est aussi perfectible, ce qui signifie qu'il est en mesure de suivre un chemin spirituel qui le rapproche insensiblement et de façon continue d'un état d'unité, un peu à la façon d'une hyperbole qui tend vers sa limite sans jamais l'atteindre. En passant au-delà de cette limite, il atteint un état que les soufis appellent '"insan-ul-kamil" l'homme parfait.
      Cette expression désigne la station de celui qui a réalisé le "wahdat-al-wujud" l'unicité de l'existence.
      Un des caractère acquis par un tel homme est la beauté.
      Trouveras-tu que la beauté soit ennuyeuse?

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    2. Merci pour cette réflexion. Je pars au boulot, juste le temps de répondre à ta question, c'est non et c'est la raison pour laquelle je te lis.

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  2. Un souffle poétique pour "les graines du devenir".
    La certitude absolue,comme la mère parfaite, ça n'est pas vraiment un cadeau. Elle ne permet pas d'éprouver notre confiance face à l'adversité.

    Luciole

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    1. Chère Luciole,
      Votre commentaire appelle une réponse.
      En arabe classique, le mot "certitude" est "Yaqin" qui donc commence par la lettre yâ, c'est la raison pour laquelle ce poème fait référence à cette notion.
      Les maîtres soufis ont développé autour de ce terme toute une doctrine qui permet de comprendre comment à partir d'un état imparfait, l'homme peut atteindre un état de perfection, de beauté, ou de générosité... d'universalité.
      Ici, le poème distingue 3 degrés dans l'ascension spirituelle.
      La foi qui est assimilée à " `ilm-al-yaqin" ou la science de la certitude qui cet état où le disciple n'a plus de doute quant au but qu'il doit atteindre et aux moyens qu'il doit mettre en oeuvre en ce sens. La foi est la porte du retour car il est désormais impossible de revenir à un état antérieur de "jalaliya" ou d'ignorance.
      Viens ensuite le stade de l'ouverture de l'oeil du coeur, "`ayn-al-yaqin". Ce que voit cet oeil n'est pas sujet au doute car ce qu'il perçoit lui vient directement de Dieu par intuition lumineuse ou par dévoilement de la réalité intelligible. Il s'agit d'un envol dans la mesure où le disciple s'élève au-dessus de ses limites terrestres.
      Enfin, le disciple accompli atteint la vérité ou la réalité de la certitude "al haqq-ul-yaqin" qui est le parachèvement de sa réalisation spirituelle. C'est là ce qui constitue la plongée dans l'océan sans rivage dont témoigne notre amie Naïla. Cette expérience n'a pas de fin.
      Bien à vous.

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  3. "la Lune de ta face désormais à son plein
    Ignorera à jamais
    Et l’orgueil de son accroissement
    Et l’humiliation de sa diminution."
    Certes l'accroissement de la lune peut symboliser l'orgueil et sa diminution, l'humiliation. Mais alors pourquoi est-elle si belle et si douce? Pourquoi éclaire-t-elle la nuit de sa lumière reflet du soleil? Pourquoi est-elle si inspirante?
    Accepteriez-vous de me répondre Jean d'Armes et l'un? Vos éclaircissements sont si enrichissants.

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  4. Chère Dame Pierrette,
    J'accepte volontiers de vous répondre.
    Le poème mentionne par deux fois la lune à partir du verset coranique 39 extrait de la sourate XXXVI "Yâ Sîn" : "La lune à laquelle nous avons fixé des phases jusqu'à ce qu'elle devienne semblable à la palme desséchée."
    Ce passage du poème "Si l’oiseau de ta fortune est attaché à ton être,
    Tu ne peux nourrir le moindre doute.
    Car au cou de ton âme, Il a lié le carcan des cycles et des mouvements,
    De même, Il impose à la lune des phases,
    De sa disparition initiale à la plénitude de son épanouissement,
    Puis, de son plein, Il la réduit n’être plus qu’une palme asséchée", veut montrer que l'homme en tant que créature n'a pas de liberté car soumis entièrement à la volonté divine. Il n'a en fait qu'une illusion de liberté.
    La lune représente l'âme humaine qui tant qu'elle reste soumise aux illusions et aux passions se voit contrainte par le changement continuel inhérent à notre monde. Les phases représentent ces changements par lesquels nous nous sentons tour à tour heureux ou malheureux, libres ou forcés, en santé ou malade, etc.
    Lorsque par la vertu du cheminement initiatique, le disciple a atteint le degré de la certitude absolu dont je parlais avec notre amie Luciole, son âme est libérée du même coup de ses entraves, c'est pourquoi le poème la compare à une pleine lune perpétuelle. En effet, ce n'est pas que l'âme ne subit plus aucune variation, aucune vicissitude liée à son incarnation, non. C'est simplement que ces variations ne l'affectent plus, en ce sens qu'elles ne lui causent plus le moindre déséquilibre.
    Pour en venir à votre question : "pourquoi est-elle si belle et si douce? Pourquoi éclaire-t-elle la nuit de sa lumière reflet du soleil? Pourquoi est-elle si inspirante?", voici ma réponse.
    Vous faites ici allusion à un autre symbolisme de la lune : celui du miroir. La lumière solaire représente la Lumière divine, celle dont parle St Jean dans le prologue de son Evangile. Il s'agit d'une lumière tellement intense qu'il nous est impossible de la contempler directement sans être aveuglés ou sans une rigoureuse préparation.
    Aussi, dans sa sagesse infinie, Dieu nous donne à voir en se reflétant dans le miroir de la lune. Or Dieu est beau ; comment sa lumière, même en reflet, ne serait-elle pas revêtue de cette beauté.
    En espérant que ceci vous sera profitable.

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    1. La Foi, la vision sans illusions puis la perfection est une noble voie, merci pour votre clarté Jean d'Armes et l'un, c'est toujours un plaisir d'échanger avec vous. Votre travail est original et mélodieux. J'ai remarqué que vers la fin de chacun de vos textes vous passiez à un autre nombre, ainsi dans le cas présent vous passez de dix à onze, pourquoi?

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    2. Merci pour cette remarque, Dame Pierrette.
      Comme vous le savez maintenant, chaque lettre de l'alphabet arabe est associée à un nombre.
      Le yâ correspond à 10. Mais si vous additionnez les nombres des lettres qui composent le nom de la lettre considérée, en l'occurrence yâ+alif vous obtenez 10+1=11.
      Appliquez cette procédure aux autres lettres comme wâw (6+1+6=13).
      Pour le nûn, la chose est légèrement différente.
      En toute rigueur le compte serait : n=50 / û=wâw=6 soit 50+6+50=106. Seulement, le nûn tient une place particulière dans l'alphabet puisqu'elle vient au quatorzième rang ; comme la langue arabe comporte 28 lettres (29 si on ajoute le hamza), le nûn se situe au milieu.
      En relisant la fin du poème, vous comprendrez mieux les allusions qui s'y trouvent.
      Enfin, je suis d'accord avec vous. Il existe bien une relation entre le nombre du début et celui de la fin.
      Chaque poème est un cycle qui commence par des considérations métaphysiques, cosmogoniques voire scripturaires contenues dans le nombre initial, puis se développe et reviens à des concepts métaphysiques en lien avec le nombre final.
      Ainsi, chaque composition reflète et "imite" le processus de la manifestation (création si vous préférez) et son retour au non manifesté.

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  5. Dans le texte "Wâw" six, vous passiez à treize.

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  6. Dans le texte "Nûn" Cinquante. vous passiez à quatorze, et ainsi de suite dans chaque texte: un nombre en titre, un nombre en fin de texte. Y-a-t-il un lien précis?

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