jeudi 2 juin 2016

Qui suis-je ?


Ballade des menus propos
Je connois bien mouches en lait,
Je connois à la robe l'homme,
Je connois le beau temps du laid,
Je connois au pommier la pomme,
Je connois l'arbre à voir la gomme,
Je connois quand tout est de même,
Je connois qui besogne ou chôme,
Je connois tout, fors que moi-même.
Je connois pourpoint au collet,
Je connois le moine à la gonne,
Je connois le maître au valet,
Je connois au voile la nonne,
Je connois quand pipeur jargonne,
Je connois fous nourris de crèmes,
Je connois le vin à la tonne,
Je connois tout, fors que moi-même.
Je connois cheval et mulet,
Je connois leur charge et leur somme,
Je connois Biatris et Belet,
Je connois jet qui nombre et somme,
Je connois vision et somme,
Je connois la faute des Bohêmes,
Je connois le pouvoir de Rome,
Je connois tout, fors que moi-même.
Prince, je connois tout en somme,
Je connois colorés et blêmes,
Je connois mort qui tout consomme,
Je connois tout, fors que moi-même.
François Villon (1431-1463), Poésies

3 commentaires:

  1. Portrait de Villon (Pays de Poésie 3O-4-14)
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    Tu bois du vin, et non du lait ;
    Ton père est un excellent homme,
    Ce que tu écris n’est point laid ;
    Rencontrant souvent, à la Pomme
    De Pin, des copains à la gomme,
    Tu les instruis sur plusieurs thèmes ;
    Tu es pour eux un gentilhomme ;
    Villon, ta vie est un poème.

    Pauvreté te tient au collet,
    Tu dois de l’argent aux luronnes,
    Tu ne puis payer ton valet ;
    Tu instruis savamment les nonnes
    En bon latin que tu jargonnes ;
    Des érudits, tu es la crème,
    Tes livres se vendent par tonnes :
    Villon, ta vie est un poème.

    Tu n’as ni cheval, ni mulet,
    Tu n’as nulle bête de somme ;
    Tu n’as ni château, ni palais,
    Juste un recoin pour faire un somme.
    En faisant de tes biens la somme,
    On n’atteint pas le chiffre extrême
    De ceux qui sont au Pape, à Rome ;
    Villon, ta vie est un poème.

    Prince, de t’évoquer nous sommes
    Heureux et fiers ; par tes emblèmes
    Et par le beau nom qui te nomme,
    Villon, ta vie est un poème.

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  2. Ah! C'est génial, merci Cochonfucius. Quelle joie! Quelle vie! Quelle lumière dans votre écriture! L'Enchanteur aux mille poèmes, c'est bien cela!

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  3. Frères poètes qui après nous vivrez
    Gardez nos coeurs de chagrin endurcis
    Car si amour de nous pauvres avez
    Nous les humains nous vous dirons merci

    D'après Villon, ballade...

    Garance

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