vendredi 3 juin 2016

L’enfer des sens*


Enfant je ne me sentais pas bien dans ma peau,
Ça a peu évolué depuis cette époque,
Imaginez coincé au fond d’un puits, un phoque
Pataugeant seul dans quelques centimètres d’eau.

Pas besoin d’avoir le dos en mille morceaux
Pour se traîner sur terre à l’instar d’une loque
Au point qu’on vous diagnostique comme cinoque,
Voyez Vincent Van Gogh ou Antonin Artaud.

Étaient-ils fous ou au contraire extralucides ?
Si l’on prend en compte leurs créations splendides,
On penche naturellement pour le génie.

Si l’on s’appuie sur leur état psychologique
C’est la première hypothèse qui est logique ;
Le jour du poète est semblable à la folie.*

Vincent


*Psychiatrie


                                      Grand panorama d’amour
                                      Que celui du psychiatre,
                                      Où il a une envie folle
                                      d’un jour qui
                                      ne viendra jamais
                                      parce que le jour du poète,
                                      si semblable à la folie,
                                      ne trouvera pas
                                      sa mesure
                                      dans l’éthique moderne.
                                      Il plane au loin
                                      et s’adresse au médecin,
                                      qui parfois est son Virgile,
                                      pour sortir de l’enfer
                                      des sens
                                      qu’est la vie.

                                          Alda Mérini

https://schabrieres.wordpress.com/2013/12/02/alda-merini-psychiatrie-psichiatria/

6 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  2. Vincent le Rebelle (au bon sens du terme), je suis touchée par ton sonnet. Il est en effet probable que notre société normative engendre la folie et lorsque cette folie revêt le masque hideux de la violence forcément condamnable, alors la boucle est bouclée et le monstre se dévore lui-même: il crée la violence puis la condamne et cela jusqu'à l'extinction de la vie.
    Mais des ténèbres renaît toujours la lumière victorieuse du Créateur. L'Amour plonge au fond des abysses pour y chercher la lumière. C'est cet espoir qu'il faut conserver.

    J'aime beaucoup l'image des médecins-Virgile, ces hommes et ces femmes qui ont fait le serment d'Hippocrate; être du côté de la vie.

    Est-ce que je peux reprendre ton sonnet et l'illustrer d'un blason?

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  3. Oui, en fait, mis à part quelques rares exceptions où je me suis inspiré d'une image pour faire le sonnet, je ne tiens pas particulièrement à l'illustration qui l'accompagne, au contraire, c'est un plaisir que de savoir qu'il nourrit l'imagination de quelqu'un et de découvrir son travail.

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  4. Merci Vincent en plus de ton sonnet, l'illustration me permet de découvrir l'exposition de ces 2 génies au musée d'Orsay .Je n'ai pas lu "le suicidé de la société" et je ne connaissais pas le lien entre ces deux créateurs, la lecture sera pour les prochaines vacances.

    Garance

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  5. Pour ce qui est de l'exposition, à moins d'avoir une machine à remonter le temps, c'est cuit, c'était en 2014, je l'ai raté aussi, je crois que j'aurais fait le déplacement depuis ma Loire atlantique d'adoption.
    "Le suicidé de la société" m'a refait m'intéresser à la poésie, avant lui elle sentait un peu à la naphtaline. Je crois que si je devais emmener un livre dans ma tombe, c'est celui-là, j'en ai appris des passages par coeur, je me suis d'ailleurs mis à apprendre des poésies pour le plaisir depuis lui, avant c'était des exercices imposées par l'école, un petit passage pour la route ;

    «Je vois à l'heure où j'écris ces lignes, le visage rouge sanglant du peintre venir à moi, dans une muraille de tournesols éventrés,
    dans un formidable embrasement d'escarbilles d'hyacinthe opaque et d'herbages de lapis-lazuli.
    Tout cela, au milieu d'un bombardement comme météorique d'atomes qui se feraient voir grain à grain,
    preuve que Van Gogh a pensé ses toiles comme un peintre, certes, et uniquement comme un peintre, mais qui serait,
    par le fait même,
    un formidable musicien.»

    ou encore et surtout ;

    "Mais Van Gogh a saisi le moment où la prunelle va verser dans le vide, où ce regard, parti contre nous comme la bombe d'un météore, prend la couleur atone du vide et de l’inerte qui le remplit. Mieux qu’aucun psychiatre au monde, c’est ainsi que le grand Van Gogh a situé sa maladie. Je perce, je reprends, j'inspecte, j'accroche, je descelle, ma vie morte ne recèle rien, et le néant au surplus n’a jamais fait de mal à personne, ce qui me force à revenir au dedans, c’est cette absence désolante qui passe et me submerge par moments, mais j'y vois clair, très clair, même le néant je sais ce que c'est, et je pourrais dire ce qu'il y a dedans."

    D'après mon souvenir, il a écrit ce livre dans un laps de temps très court pour une exposition de tableaux de Van Gogh.

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  6. Qui mieux qu'Antonin Artaud pouvait comprendre Van Gogh? L'éclatement de la vision,le sentiment de vide et la peinture comme antidote, la souffrance du trop ressentir qui se fige dans l'inertie et pourtant il semble que la mort de Vincent Van Gogh ne soit pas volontaire.

    Luciole

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