mardi 28 juin 2016

Le lombric

(Image de Pierrette)

Dans la nuit parfumée aux herbes de Provence,
Le lombric se réveille et bâille sous le sol,
Étirant ses anneaux au sein des mottes molles
Il les mâche, digère et fore avec conscience.

Il travaille, il laboure en vrai lombric de France
Comme, avant lui, ses père et grand-père ; son rôle,
Il le connaît. Il meurt. La terre prend l’obole
De son corps. Aérée, elle reprend confiance.

Le poète, vois-tu, est comme un ver de terre
Il laboure les mots, qui sont comme un grand champ
Où les hommes récoltent les denrées langagières ;

Mais la terre s’épuise à l’effort incessant !
Sans le poète lombric et l’air qu’il lui apporte
Le monde étoufferait sous les paroles mortes.
 
Jacques Roubaud, Les Animaux de tout le monde, Seghers, 1983.
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De tanné au lombric d'argent allumé de sable à l'anneau de sinople

2 commentaires:

  1. Travailleurs de l'ombre, savons-nous ce que nous vous devons? Vous êtes le terreau de lumière.

    Luciole

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    Réponses
    1. Merci Luciole, ce blason est plus qu'étrange quand même.

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