vendredi 10 juin 2016

La Fleur

Le blason d'Alice C. de la 4e3


C'est mon heure.
 
Maintenant, ce sera toujours
L'étendue de mon heure.
 
    
Mais oui !
Je vais m'ouvrir.
 
Ce n'est pas la peine, vous,
De tant pousser.
 
Je connais mon rôle.
J'y suis préparée.
 
 *
Des mois,
Que j'y travaille.
 
Permettez quand même
Qu'au dernier instant
 
Ça ne me soit pas rien
De m'ouvrir sur l'espace,
 
La lumière.
 
 *
 
Ce n'était pas si mal
D'être larve de fleur,
 
De me tricoter ces couleurs
Avec du noir
 
En étant presque sûre
De ne pas me leurrer
Sur la moindre nuance.
 
*
 
C'est très supportable, ce noir,
Quand on sait qu'on le trompe
Avec lui-même,
 
Que tout à l'heure
Il n'aura pas à se reconnaître
 
Dans ce qu'il a voulu
Et fait.
 
Patiente un peu,
Immensité du noir.
 
Tu vas pouvoir
Admirer ton travail.
 
*
 
C'est mon heure.
 
C'est maintenant
Que le noir me renie,
 
Me laissant seule
Dans le combat
De mes couleurs
 
Avec ce qu'il y a
De plus vorace.
 
*
 
Jusqu'à présent
J'étais l'espoir
D'être moi-même enfin.
 
Maintenant vient l'espoir
De demeurer longtemps
Au bord de l'avenir,
 
Avant de pénétrer
Dans le flou de cette heure
 
Qui pour moi
Sera mon toujours.
   
*
 
Allons briller.
 
C'est l'heure.
 
Allons briller
 
Jusqu'à la chute.

Guillevic (1907-1997), Trouées, Gallimard, Paris 1981

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  Parti de gueules et d'argent à la rose de l'un en l'autre.

2 commentaires:

  1. Il faut laisser de côté de magnifiques couleurs pour choisir la plus belle.
    Sans les sacrifier cependant.
    Très beau texte!

    Luciole

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    1. Je trouve que ce que vous dites est très juste, merci Luciole.

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