lundi 23 mai 2016

Nûn

Nûn

Cinquante.
Au nombre des passages d’un cycle à son suivant,
Au nombre des mutations d’un état à un autre,
Lorsqu’Adam n’emporta de l’Éden perdu
Que le nard du souvenir de son unité désormais dispersée…
Après avoir quitté l’occident de Guilgal vers Jéricho,
 Elie, préfigurant Moïse, divisa les eaux du Jourdain et ouvrit le passage du levant.
Selon l’ordre divin, la tempête, réminiscence des tribulations de Noé, se leva.
De l’orient surgissant, un char de feu fut soudain à son œuvre,
Qui occulta la mort par delà les relevailles des corps occis !
Pentecôte des âmes ascendantes,
Régénération des corps sublimés
Dans le jubilé des esprits sanctifiés !
Les dettes et les fautes sont remises
Et les entraves générées par ce monde sont brisées à jamais.
Initiale synthétique de l’Arche flottant sur les eaux,
Elle est la matrice du monde
Qui emporte en son intimité le germe du futur.
Car l’intention du nûn ne vaut que par son point,
Noyau d’immortalité,
Présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe,
qu’offre le monde antédiluvien à nouvelle humanité.
Vocable du poisson engloutissant Jonas
Afin d’apaiser l’ouragan divin menaçant de rompre le vaisseau bondé.
Car le courroux aveuglait la colombe prophétique
Devenue sourde à l’appel divin,
Ignorant que la miséricorde était accordée à la ville de Ninive.
Ce qui est enroulé dans le mîm de la mort
Renait dans le nûn de la génération nouvelle.
La coupe est le contenant du Salut et le réservoir des Bienfaits
Que le souffle du Miséricordieux assemble dans la Révélation du Verbe
Qui se déverse dans le cœur du Messager.
A cette source intarissable, le maître autorisé puise les joyaux de la connaissance,
Et c’est dans la poitrine de l’Envoyé qu’il harmonise son inspir
Et devient le palais des confidences.
Ami, lorsque tu prends sa main,
Sache que son insufflation vivifie ton intention et te donne l’élan du voyage.
Ton regard vers lui est un regard vers Lui,
Car le maître est comme un miroir où se reflète Son visage et Sa béatitude.
Sois désormais sans crainte, il est bien le confident de ton souffle,
Son nom est lumineux et son cœur est Lumière.
Sans nul doute, ton âme est ténèbres,
Mais si tu vois le soleil de tes nuits se coucher à ton orient
Et le soleil de tes jours se lever à ton occident,
C’est que tu es entré sur le sentier de ton combat spirituel.
Si n’était que le corps, tu n’aurais nul choix,
Si n’était que l’esprit, tout ton monde s’habillerait de paix,
Nulle bataille n’aurait le moindre sens !
Ton désespoir n’est que la pesanteur de ton âme.
Écoute-là quand elle s’écartèle entre vice et vertu,
Écoute-là encore, lorsque cherchant son exaltation, elle te montre le chemin de l’apaisement.
Goûte alors aux fruits de la consolation et reçois le parchemin de ton agrément.
Car, dans son infime grandeur,
Elle porte l’immensité d’une Âme universelle,
Elle est la porte étroite donnant accès à la spirale indéfinie des mondes chatoyants.
Vois comme ton cœur s’illumine,
Tant innombrables sont les lys des significations ineffables !
Que ne sais-tu, alors, que tu es parvenu
Dans la chambre nuptiale du cœur d’Adam,
Au jour même de son insufflation première !
Que ne sais-tu, aussi, que ton Êve ardente
S’est réunie en ta dextre
Afin de te rendre à ta nature originelle !
Homme de peu de foi !
Échappe au carcan du sommeil d’ici-bas,
Opte pour l’éveil
Et décille ton regard cordial !
Son nombre est quatorze.
Point d’équilibre et de bascule
Au milieu des vingt-huit arcanes,
Isthme parfait,
Miroir de l’arc-en-ciel
Dont l’union à l’arche noachite
Restitue en sa plénitude
L’œuf du monde,
Écrin germinatif de tous les mondes possibles !


Icône d'Elisabeth LAMOUR

4 commentaires:

  1. Bonjour Mon Frère,
    Encore merci. Que cela vous élève au plus haut degré.
    Bonne continuation

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  2. C'est très beau et j'apprécie en particulier:
    "Dans la chambre nuptiale du cœur d’Adam,
    Au jour même de son insufflation première !"
    Elle est extraordinaire cette image littéraire.

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  3. Bonjour Jean d'Armelin,

    Ce que vous êtes à faire est une oeuvre à proprement parlé et ouvre une voie inédite, je le pense. Belle réflexion unitive autour de la richesse de la langue sacrée, langue qui recèle des ouvertures inépuisables, j'aime à le penser!
    Notre langue Française marque un mariage entre L'Orient et L'Occident. Belle initiative qui induit à la méditation.
    Merci!

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