mercredi 11 mai 2016

Mémoire d'un corbeau

Blason de Rabenholz (Schleswig-Holstein, Allemagne)

Ce matin-là, j'étais sur un arbre perché
Et tenais en mon bec un bel et bon fromage,
Quand vint Maître Renard, par l'odeur alléché...
Le fin goupil me tint à peu près ce langage :

« Hé ! Bonjour Monsieur du Corbeau, je suis fort aise
De vous voir, c'est là occasion de courtoisie ;
Je suis franc du collier et jamais je ne biaise ;
Si de mes farces plus d'un eut la face cramoisie,

En compliments, je me fais fort d'être honnête
Et je ne prends pas tout animal pour une bête ;
D'un confrère je sais reconnaître la valeur.

Vous concernant, sans mentir, si votre ramage
Est en tous points pareil à votre beau plumage,
Vous êtes du lieu le Phénix, moi votre électeur. »


Blason de Winkel (Basse-Saxe, Allemagne)

À ces bons mots, je ne me sentis plus de joie.
Est-il vanité dormante qui ne se réveille ?
J'ouvre large mon bec pour montrer ma belle voix ;
Ma proie tombe, le bougre l'attrape à merveille !

« Cher Monsieur, apprenez ainsi que tout flatteur
Vit aux dépens de celui-là même qui l'écoute !
Eh oui ! J'appartiens à le race des prédateurs ;
Cette cuisante leçon vaut bien un fromage sans doute. »

Je jurai, un peu tard, qu'on ne m'y prendrait plus.
De la chose, j'étais honteux autant que confus.
Ce jour-là, je réalisai ma vanité

Et j'en suis même à remercier maître Renard
De m'avoir rendu attentif aux traquenards
Où cette dernière nous peut parfois précipiter.

2 commentaires:

  1. La vanité n'est rien, la vanité c'est le néant.

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  2. Eh oui, messieurs dames de la poésie
    Oubliez les personnages et le fromage
    Telle est la nature de notre entourage
    Où, comme le renard, on flatte et séduit.

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