dimanche 8 mai 2016

La sublimation en Héraldie


Lorsque Pasiphae est venue visiter Héraldie, c'était à la période antique de cette dernière, elle s'accoupla au Taureau, mais au lieu d'engendrer un Minotaure, ce qui est déjà une épreuve pour ceux qui la vivent, elle en engendra trois. Immédiatement, les sages d'Héraldie pensèrent qu'elle avait rencontré trois Taureaux mais non!  Après un interrogatoire minutieux, deux des trois présumés coupables jurèrent qu'ils n'étaient pas tombés dans le piège de Pasiphae et qu'ils avaient tout de suite remarqué qu'elle était bien sûr une femme,  habilement dissimulée dans une vache d'airain. Le seul coupable était donc le troisième Taureau qui n'y avait vu que du feu, c'était le taureau de Mirabelle qui en était profondément blessée. Elle réalisa dès lors que son beau taureau n'avait en fait pas de cervelle et prit congé de lui.


 
Depuis on la voit en Héraldie se reposer souvent auprès de son pommier (voir le conte : Comment Mirabelle fut accueillie en Héraldie) ou devisant sur l'avenir d'Héraldie avec son ami Maître Coq qui a depuis chassé le taureau d'Héraldie. Ce dernier n'a pas fait de scandale car peu lui importe où il se trouve du moment qu'il y ait de belles vaches.


En attendant il fallait éduquer les trois jeunes Minotaures et sachez que les Héraldiens les éduquèrent si bien que ces Minotaures devinrent courtois et même aimables. Les éducateurs des Minotaures avaient lu Montaigne qui a écrit : « Un esprit sain dans un corps sain ». Le corps d'un Minotaure est certes extrêmement complexe mais éducable, la preuve ! En Héraldie, nous avons formé trois jeunes Minotaures. C'est l'Ours héraldique qui s'est le plus dévoué dans cette tâche.


Mirabelle allait de plus en plus souvent auprès de son pommier, les Héraldiens voyaient bien qu'elle changeait à force de méditer.

Quant à Maître Coq, il tomba gravement malade car à force de méditer en compagnie de Mirabelle, il n'était plus certain de son rôle à jouer en Héraldie. En effet, il savait qu'il était le fils du Soleil et par conséquent il communiquait avec lui et les quatre vents, il surveillait aussi la Terre et les mers mais, il sentait qu'il ne pouvait s'empêcher d'aimer et d'être attiré par les poules. Alors Maître Coq qui avait le sens des responsabilités, prit fermement la décision de renoncer aux poules et de se sublimer totalement vers la lumière du Soleil. Il le fit tant et si bien qu'il perdit vraiment son corps, les animaux d'Héraldie furent atterrés de voir le pauvre Maître Coq sans corps et avec une double tête car du coup bien sûr, il doutait encore plus de son choix de vie, c'était un cercle vicieux comme on dit.

 
On ne pouvait laisser Maître Coq dans cet état. On l'emmena dans l'atelier des Chiens d'Héphaïstos afin qu'entre leurs mains, Maître Coq soit remodelé sans douleur et puisse entamer si possible une nouvelle vie. Les Chiens d'Héphaïstos acceptèrent ce travail mais prévinrent que s'ils pouvaient remodeler le corps de Maître Coq, ils n'avaient par contre aucun pouvoir sur son esprit.


Ce fut une consternation générale dans toute l'Héraldie, même les Paons par solidarité commençaient à perdre leur corps, (ce syndrome commence toujours  par la perte des pattes).



Heureusement un Marcheur Printanier qui passait par là fut ému de la scène, or Maître Coq aimait les pèlerins car ils cherchent la lumière, un peu comme lui. Alors il accepta de se laisser guider par lui.



Le pèlerin l'emmena sans tergiverser vers la Licorne Héraldique qui était la gardienne de la mémoire d'Héraldie, elle connaissait toutes les langues, toutes les incertitudes (d'où sa double tête), elle vivait dans un grand manoir.


 

















Souvent quelques Bouddhas curieux de sa science venaient la voir mais en fait elle ne les appréciait guère, elle les jugeait trop éthérés et presque, il faut le dire! trop prétentieux, car tout bien considéré, alors qu' ils avaient une enveloppe charnelle, ils le niaient. Or la Licorne Héraldique avait du mal à supporter les mensonges. Néanmoins étant très tolérante, elle leur offrait quand même l'hospitalité une ou deux nuitées. Très vite les Bouddhas, à son contact, perdaient leur aspect sérieux et devenaient heureux comme des poissons dans l'eau. Il faut dire que la Licorne Héraldique recevait très bien ses hôtes.




Mais le lendemain, oubliant leur belle soirée avec la Licorne, ils se recentraient à nouveau sur eux-mêmes, à tel point qu'ils amorçaient une ascension. On dit cependant en Héraldie, qu'au terme de cette ascension ils finissent toujours en Ornithorynques, ce qui est naturel puisqu'ils ne sont pas le Fils du Charpentier. Seul ce dernier, pour des raisons particulières, peut amorcer une ascension et la mener jusqu'au bout (Les religions sont très complexes en Héraldie : lire le conte La religion en Héraldie.)

 
Par contre Maître Coq, même au contact de la Licorne Héraldique, ne semblait retrouver aucune énergie intérieure. Il était remodelé certes, mais uniquement physiquement. Pour que Maître Coq puisse se recentrer, retrouver son unité, il fallait qu'il fasse aussi appel aux énergies de l'inframonde. Pour être Un, il faut voir ses faiblesses et les tourner en forces neuves, il faut donc unifier les extrêmes: le pire comme le meilleur. Vorace Hexapode exulta de joie lorsqu'il apprit qu'on libérait l'inframonde, à tel point qu'il passa de la couleur de sable à celle d'argent.


Martin soldat qui était en fait Martin Troll organisa un faux tournoi à propos de son manteau, histoire de passer le temps qui lui était insupportable.



Voyant que plus personne n'avait rien à dire, deux papegaults se mirent à deviser sur le pourquoi du comment. Alors le Lion Héraldique lâcha sur eux son chien le plus noble, du coup ils déguerpirent sur le champ.



Les Sirènes  profitèrent de leur libération pour tenter de séduire tous les Héraldiens en leur racontant qu'il y avait une porte qui les conduirait vers les étoiles. Maître coq devenait fou en entendant le chant des Sirènes, il essaya alors d'imiter les Bouddhas pour ne plus souffrir mais ce fut une catastrophe.





Au lieu d'atteindre le nirvana il se dédoubla en Coq bi-taureau. Toute l'Héraldie fut terrifiée.



Un essaim d'ânes surgit soudain et commença à piquer les Héraldiens qui couraient dans tous les sens comme si un volcan venait de cracher ses entrailles.



Alors n'en pouvant plus l'Ange double surgit des nuées, appela une créature fort simple: la Méduse Volante, dénuée de toute ambition, pour la mettre en présence du Prince de l'inframonde qui, vous vous en doutez bien, avait déclenché ce carnage puisqu'on lui en avait laissé la possibilité. Ce dernier amusé par un tel défi développa un plaidoyer subtil dans l'art du mensonge comme quoi Héraldie appartenait depuis la nuit des temps au Vorace Hexapode et qu'il fallait se soumettre à ses volontés. Il déploya tout son pouvoir arguant qu'il lui était facile de dévorer tous les taureaux qui terrorisaient la population. Mais la Méduse Volante qui ne comprenait rien à un tel discours rétorqua qu'elle reviendrait bientôt mais que pour l'instant elle devait partir. Le Prince de l'inframonde comprit mais un peu tard, qu'il ne servait à rien de continuer à discourir. Il quitta donc la place.

 



Le Démon mélomane put alors se manifester: c'était Mirabelle sublimée en vache-lyre à force de dialoguer avec son arbre, le pommier. C'est elle qui prit Maître Coq sous son aile si l'on peut dire. Elle vit immédiatement qu'il était bi-taureau, alors elle chanta jusqu'au cœur de la nuit, la lune du printemps qui brille au fond des bois. Mais s'il recouvra sa forme de Coq , elle ne parvint pas cependant à le recentrer, alors elle en fit un Maître Coq didyme et il y eut désormais en Héraldie deux Maîtres Coqs ce qui politiquement parlant, n'est pas toujours facile.



Fin du conte : La sublimation en Héraldie, inspiré et illustré par Cochonfucius.

8 commentaires:

  1. Merci pour ce morceau d'épopée !

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    1. C'est moi qui vous remercie, Cochonfucius, pour vos merveilleux blasons accompagnés de leur sonnet ou poème, toujours lumineux, sages et drôles à la fois.

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  2. Il existe un bouddha rieur, tardif 10 éme siècle, il y a aussi un ange qui rit à la cathédrale de Reims, un christ qui rit dans un tableau de Clovis Trouille et une vache qui ris mais ça tout le monde est au courant, on en a fait un fromage...

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  3. Dans mon conte aussi il y a un Bouddha qui rit, sur le blason où il est heureux comme un poisson dans l'eau.

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  4. Les ânes, ce sont des anges qui ont perdu leur point "g"?

    Luciole

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    1. Vous une petite coquine, Luciole!

      Être ange c’est étrange
      Jacques PRÉVERT
      Recueil : "Fatras"

      Être Ange
      C’est Étrange
      Dit l’Ange
      Être Âne
      C’est étrâne
      Dit l’Âne
      Cela ne veut rien dire
      Dit l’Ange en haussant les ailes
      Pourtant
      Si étrange veut dire quelque chose
      étrâne est plus étrange qu’étrange
      dit l’Âne
      Étrange est !
      Dit l’Ange en tapant du pied
      Étranger vous-même
      Dit l’Âne
      Et il s’envole.

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    2. Voir aussi

      https://perso.limsi.fr/jbb/stronkey.html

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