dimanche 1 mai 2016

Kâf


Kâf

Vingt.
L’homme en Sa Perfection !
Terre en Son Centre Harmonique !
Parure initiale du Jardin en son sommet,
Dune de musc blanc couronnant la montagne paradisiaque,
Origine des parfums et des fleurs odorantes !
Lettre de l’occultation
De ce qui jamais ne paraitra au dehors !
Lettre de l’occultation
De ce qui, en son ordre, sera manifesté au grand jour !
Lettre lumineuse et irradiante,
Scellant le secret bien gardé de la Parole créative :
« Sois ! »
Enroulé dans la matrice de la synthèse universelle
Que les sages des siècles ont appelé Kâf,
L’Être attend d’être reçu dans la berceau des formes existenciées
Que les savants du temps nomment Nûn.
Entre ces deux consonnes, vêtement de l’ordre Divin,
Se cache un joyau invisible aux cœurs encore fermés,
Comme une perle en son écrin
Dépositaire et mandataire
Du mystère de la gestation des mondes et des êtres.
Lettre voyelle, imprononçable et fugace comme un instant passant…
Et qui pourtant vocalise la vie et entraîne les cycles de la naissance et de la renaissance !
Ainsi, tout l’Univers s’origine dans le Silence
d’un ordre que le Roi à conçu sans le décréter encore.
Lorsque la Main Seigneuriale fait tomber de la Table du destin
Son décret sur le Piédestal de Sa Puissance,
Le Calame devient Parole et ordonne à l’Être : « Sois ! »
Et il est.
La Parole et l’Être sont une seule nature,
La première s’occultant en faisant naître le second.
Car le Trésor était caché dans le non-être, beauté inaccessible.
Une blessure d’amour devint alors poignée de lumière radiante !
Dès lors, le miracles des mondes fut déployé en multitude sans fin
De sorte que la beauté sortit de son unicité,
Se difractant en myriades de créatures…
Gemmes éclatantes, quartz, jade, rubis, topaze…
Végétation luxuriante et nourricière, 
Roses et lotus, 
Oliviers, amandiers, chênes,
Froments et belles légumineuses…
Animaux sur la terre et dans le ciel,
Fourmis des cités souterraines, abeilles cultivant le miel et la cire,
Lézards colorés amoureux du soleil,
Léopards tachetés à l’affut, gazelles aux aguets,
Aigles royaux survolant leurs domaines, rossignols, princes des poètes ailés,
Êtres humains d’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui,
Pensant et discourant, chacun en leurs langues musicales,
Élevant leurs prières d’une même voix,
Dans la souffrance et dans la joie,
Dans le mensonge et la vérité,
Dans la pauvreté comme dans la richesse !
Sommes-nous épris d’une amoureuse mélancolie
Lorsque nos yeux, soudain, se posent sur le souvenir d’une rose,
Jadis oubliée par l’Amie disparue ?
Ne sommes-nous pas subjugués par la générosité de notre Garant
Lorsqu’Il répond à nos serments rompus, par le pardon et la miséricorde ?
Comment ne pas ouvrir nos cœurs
A l’audition des versets lumineux,
Au souvenir des Noms bénis,
A la conversation spirituelle du maître des vertus ?
Car la coupe qu’il nous sert est son cœur vivant,
Emplit du vin de l’extase, rayonnant des lumières épiphaniques.
Buvons et rassemblons nos cœurs dans le sien
Jusqu’à nous absenter dans l’ivresse de la suprême essence,
Afin que Ses Attributs couvrent les nôtres,
Que Ses Qualités embrassent nos défauts,
Que nos pâles lueurs se fondent en Sa Lumière
Et que nos actes soient le pur reflet de Sa Volonté !
Son nombre est cent.
Parole identifiée à la montagne qui enserre le monde
Et dont l’au-delà est le domaine réservé du Phoenix.
Son nombre est cinq sublimé par le vingt.
Homme du commun identifié à l’homme parfait
Au terme de sa pérégrination verticale.
Son nombre est cent un.
Unité dans le giron de la non manifestation,
Immuable générant l’Être muable.
Son nombre enfin est deux.
Retour à l’initiale,
Car à chaque instant, Il est à son œuvre.


Thomas Cole, The Voyage of Life : Youth, 1840

3 commentaires:

  1. Sublime de sublime!
    Le Voyage d'une Âme en L'Âme de L'Origine!
    Vivre juste pour cela.
    Connaître Cela!
    Le Savoir!
    La vie mérite d'être vécue, n'est-ce pas?
    Merci Jean d'Armelin.

    Naïla

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  2. Bonjour,
    Que le SAGE détenteur de la sagesse vous la fasse parvenir comme IL l'a dit:"... IL fait parvenir la sagesse à qui IL (il) veut (le voudra)...
    M.M

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  3. Jean d'Armelin, ce que vous écrivez au sujet de ces lettres est époustouflant! De l'inédit! Merci beaucoup pour cette approche qui permet de donner un aperçu des profondeurs d'une langue sacrée.

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