mercredi 14 septembre 2016

Au coeur de l'Héraldie, chapitre 1.

Moi le Fringant papillon, je vais vous conter une aventure qui s'est déroulée au coeur d'Héraldie car j'y suis allé.  
A cette époque, en Héraldie, l'Humiliation régnait en maîtresse absolue. Elle était petite, sérieuse, elle faisait toujours bien son travail même lorsque celui-ci l'avilissait, même lorsqu'elle comprenait bien que ce qu'elle faisait n'était pas juste, elle continuait quand même, quitte à se faire cracher à la figure par ses victimes.

Voici le blason de l'Humiliation, il est taillé d'argent et de sable à la barre parsemée de l'un dans l'autre.



    Comme vous le comprenez, l'Héraldie allait très mal avec un tel gouvernement. En fait ce qui n'allait pas en Héraldie, c'est que les Héraldiens n'avaient plus le droit d'être eux-mêmes, il fallait qu'ils soient comme tout le monde. Or, chacun sait bien que pour qu'un Héraldien existe, il faut absolument qu'il soit lui-même et non pas comme tout le monde. On pouvait alors constater que les blasons des Héraldiens s'assombrissaient, ils perdaient leurs couleurs puisqu'ils ne savaient plus qui ils étaient. Depuis toujours en Héraldie il y avait une règle à ne pas transgresser :

« Chacun est comme il est » ce qui signifie : chaque blason est individuel et unique et tous ont le droit d'exister. Mais l'Humiliation transgressait cette règle.

    D'où venait cette humiliation ? C'était bien la question à résoudre. Elle venait du plus profond des âges, elle était la fille de l'intolérance, de l'absence de patience, de l'incapacité à reconnaître l'autre comme autre. L'Humiliation ne reconnaissait jamais les Héraldiens comme ils étaient, de ce fait ils se vidaient de leur intériorité et finissaient par être des créatures vides. Ce mal se traduisait par l'absence de couleurs sur leurs blasons et, vous vous en doutez, ils finissaient par disparaître.

     Moi, le Fringant papillon je croyais dur comme fer à l'intériorité des Héraldiens à tel point que mon blason était le suivant :

Taillé, d'or, à un papillon de sable aux ocelles de sinople, aux ailes de gueules, de tanné, d'orangé, de pourpre, et d'azur, à une clef d'argent posée en pal. Ma devise était: « l'individualisme est à l'individuation ce que la chrysalide est au papillon. L'individu est le verrou. Il est aussi la clef. »


    Au cours de mon existence à l'époque de l'Humiliation, comme tous les Héraldiens, j'ai rencontré le vide. Imaginez pour un Héraldien l'horreur que peut être le vide ! Pour un Héraldien le vide c'est la mort puisque son blason ne peut plus exister. Pourtant j'ai résisté au vide, cependant je suis resté vide moi-même. Et j'ai dû chercher la clef, en moi-même bien sûr, selon ma devise, mais je ne la trouvais pas.

    Je ne savais plus que faire, il fallait que je parvienne à exister. Il me fallait de l'aide, quel Héraldien pourrait m'aider à contrer un tel vide ?
« Toi-même » me répondit un ami.
« Merci ! » lui dis-je, car je l'estimais beaucoup et je reconnaissais plus ou moins clairement qu'il avait sans doute raison.
Alors je me souvins d'une loi essentielle en Héraldie :

« L'équilibre est à mi-chemin entre les deux extrêmes. »

    Prendre conscience qu'on n'existe pas, n'est-ce pas commencer à exister ? Je me tournai alors vers ce qui restait de couleurs parmi les Héraldiens, je m'efforçai malgré le règne de l'Humiliation de regarder les couleurs de l'Héraldie afin de contrer le vide qui m'anéantissais, afin de montrer aux autres que je n'étais pas vide que cela était possible d'y résister .

    Avant de poursuivre ce récit, voyons comment j'ai résisté au vide depuis ma naissance. Je m'étais rendu compte que sous le règne de l'Humiliation, il fallait être comme tout le monde. Alors, enfant, je sus qu'il fallait bien faire son travail à l'école, qu'il fallait avoir des amis pour ne pas paraître seul et qu'on ne se moque pas de moi. Et je réussis à exécuter la comédie sociale, mais parallèlement je me construisais sur du vide puisque je n'étais pas vraiment moi-même. Alors je trouvai un remède: une fois les contrats sociaux achevés : travail + relations, j'étais enfin libre, libre de jouer, et je jouais, jouais... Certes mes jeux ne me reliaient pas à la réalité, mais l'être confus et inexistant que j'étais, avait néanmoins le sentiment d'exister par ses jeux. Puis je grandis, et là, se posa un nouveau problème au vide qui me constituait: que faire lorsqu'on ne peut plus jouer ? Alors je me mis à travailler, nourrissant l'espoir qu'en trouvant le métier qui me correspondrait cela me permettrait d'exister enfin. Mais quelles relations peut-on avoir avec les autres lorsqu'on exerce un métier uniquement pour combler son vide et jouer la comédie sociale ?

    Voilà pourquoi je décidai de considérer mon vide comme la source d'un commencement, C'est ainsi que naquit dans mon imaginaire, mon double, l'autre moi celui qui n'était pas vide. Certes il était physiologiquement adulte puisque c'était moi, mais aussi incroyable que cela puisse paraître, il venait de naître. Et grâce à lui je m'aperçus que des yeux me regardaient, et attendaient comme moi la clef de vie: blason d'argent à la croix de vie de gueules, brochant sur le tout. Je venais de prendre conscience de l'existence de l'autre.


    Comme je venais de naître, je découvris aussi la douceur de l'amitié, je réalisai que beaucoup d'Héraldiens avaient des choses à dire et que cela était intéressant, je réalisai que certains appréciaient même ma présence et cela me donnait confiance. L'Humiliation constatant que j'avais trouvé la clef de vie envoya son armée de gardes pour me surveiller, elle ne voulait pas que j'utilise la clef de vie, j'étais donc devenu la cible idéale de l'Humiliation, les forces de l'ordre rôdaient maintenant partout autour de moi : blason d'argent à la croix croissantée de sable.


     Comme les gardes m'empêchait d'évoluer intérieurement, je me tournai donc vers tous les Héraldiens qui luttaient contre l'Humiliation, ma pire ennemie, celle qui m'avait vidée en ne me reconnaissant pas. Jamais l'Humiliation ne reconnaissait les Héraldiens comme ils étaient, c'était sa méthode. C'est ainsi qu'ils ne parvenaient pas à exister puisqu'ils étaient sans cesse niés par elle. Elle leur donnait l'illusion de la présence mais en fait, elle n'était jamais là, ainsi les Héraldiens se vidaient de leurs forces, ce qui se traduisait par la perte de leurs couleurs.

    Le Taureau était un fier résistant, il luttait activement contre l'Humiliation, sa technique était efficace. Tout d'abord à l'inverse de l'Humiliation, il était d'une patience infinie et écoutait ce que les Héraldiens avaient à dire, d'autre part, en discutant avec les Héraldiens, il cherchait toujours à leur faire prendre conscience de ce qu'ils étaient, et enfin, le Taureau était l'As des couleurs, dès qu'il pouvait mettre de la couleur quelque part, il ne se privait pas, ce qui faisait comme vous vous en doutez, enrager l'Humiliation. Le blason du Taureau était le suivant :


Coupé mi-parti en pointe, le chef d'argent à l'olivier d'or, la sénestre de la pointe parti d'argent et de gueules à la croix arquée de l'un dans l'autre, la dextre de la pointe équipolée d'azur, de sable, de gueules, de sinople, d'argent, d'orangé, d'or, de tanné et de pourpre, une rencontre de taureau d'argent encorné d'or brochant sur l'abîme.


    La Flamme luttait, elle aussi, contre l'Humiliation, elle était d'un tempérament passionné, elle vivait tout d'une intensité incroyable, sans doute en réaction à l'Humiliation qui vidait de tout désir. Heureusement pour elle, le tempérament de feu de la Flamme était cadré par une grande capacité d'écoute des autres et d'une non moins grande clairvoyance. Son blason était le suivant :

Écartelé en sautoir, d'or et d'argent au feu d'or aussi et de gueules brochant sur le tout.


    Le Prêtre était convaincu que l'Héraldien était bien plus que sa souffrance, c'était sa façon de résister à l'Humiliation, il refusait d'abdiquer devant le vide car il était persuadé qu'au-delà du vide, il y avait autre chose, il voyait dans tout ce qu'il y avait de beau en Héraldie, les signes de cet au-delà du vide, son blason était le suivant :

Mantelé d'or et de tanné à la croix stelléeaux branches d'azur et aux étoiles d'argent.


    L'Acteur luttait férocement contre le vide, l'art théâtral était son arme la plus efficace, ainsi il pouvait représenter le monde, le reconstruire sans le vide de l'Humiliation. Son blason :

Pal adextré de sable du côté dextre, d'argent du côté senestre à l'acteur, d'or, d'azur, de gueules, de sinople, de pourpre, d'orangé et de tanné.

L'acteur était de toutes les couleurs car cela lui permettait de résister au vide de l'Humiliation.


    L'Arbre était souvent menacé par le vide, à tel point qu'il le repérait facilement lorsqu'il s'attaquait à d'autres Héraldiens, il n'hésitait alors jamais à leur porter secours, il était persuadé qu'en s'entraidant ainsi, les Héraldiens finiraient par vaincre totalement l'Humiliation et le vide qu'elle créait. Son blason :

Fasce en chef de gueules et d'argent en pointe, à l'arbre au feuillage de sinople et au tronc tanné.


    L'Aigle double était la stabilité même, il y avait maintenant longtemps qu'elle avait rencontré l'Humiliation de plein fouet, que cette dernière s'était acharnée sur elle pour la vider totalement, mais l'Aigle double avait en elle-même une antidote au vide: l'amour du monde et de la vie. C'est un concept qui dépassait l'Humiliation.

Blason parti d'or et d'argent aux deux têtes d'aigles tannées, le 1 becquée d'argent, allumée d'or, le 2 becquée d'or, allumée d'argent, les deux languées de gueules, affrontées de l'une dans l'autre.



    Je convoquai donc mes  amis résistants. Ils vinrent tous, le Taureau arriva le premier, il était toujours  en avance, sans doute aimait-il investir dans un premier temps, le lieu où il devait se rendre. L'Acteur et l'Arbre arrivèrent ensuite, tout en discutant de Théâtre. Le Prêtre arriva pile à l'heure, il aimait utiliser le plus pleinement possible le temps dont il disposait, c'est la raison pour laquelle le Prêtre était toujours pile à l'heure, quel que soit son rendez-vous. La Flamme arriva un peu en retard, elle avait  du mal à respecter les horaires cela était dû à son tempérament fougueux, difficile à maîtriser. L'Aigle double se présenta en dernier, elle n'arrivait jamais à l'heure, personne ne savait pourquoi, pas même elle-même, d'ailleurs !
    Je les regardai fixement et après un long silence je leur déclarai que si je les avais réunis c'était parce que j'avais une mission à leur confier: il s'agissait d'éliminer définitivement l'Humiliation d'Héraldie. Tant que cette dernière existait, je resterais vide et tant que j'étais vide je ne pouvais pas renaître dans mon double, c'est à dire moi-même mais pas vide. Les résistants se consultèrent du regard puis la Flamme se décida à prendre  la parole et déclara :
« Nous comprenons ton désarroi, Fringant Papillon, mais ce que tu nous demandes est impossible, personne ne peut vaincre totalement l'Humiliation, il faut que tu résistes au vide même si elle existe. Tu en es capable » 
Mais à  la surprise de tous,  une violente colère éclata dans mon cœur :
« Comment oses-tu prétendre que j'en suis capable, comment peux-tu le savoir, pour qui te prends-tu ? Peux-tu voir ce qui se passe en moi ? Encore une belle phrase lancée à la va-vite et sans réfléchir! Ça ne m'étonne pas de toi, La Flamme ! »
La Flamme qui avait cru bien faire resta interdite.
Toujours en colère, je m'adressai alors à chaque Héraldien résistant :
« Toi, l'Acteur, quand cesseras-tu d'abreuver ton public, d'illusions théâtrales pour ne pas regarder en face l'Humiliation ?
Toi, L'Arbre, pourquoi as-tu toujours besoin de t'adresser aux autres pour lutter contre l'Humiliation? Affronte-la toi-même, une bonne fois pour toute, tends-lui un piège, tu as assez de relations pour y parvenir.
Toi, le Prêtre, arrête de nous faire croire qu'au-delà du vide, il y a autre chose, supprime la cause du vide et ensuite nous pourrons envisager ton au-delà.
Toi, l'Aigle double, tu es trop soumise à la souffrance du vide, affronte-la et supprime-la. »
Je ne pouvais pas reprocher au Taureau, les couleurs qu'il utilisait pour contrer le vide, cela aurait d'ailleurs été insensé en Héraldie, d'oser s'attaquer aux couleurs. Alors à court d'arguments, mais toujours aussi en colère je lui lançai :
« Et toi,  le Taureau, quand prendra-tu enfin le taureau par les cornes pour supprimer l'Humiliation ? »
Les résistants se regardèrent et d'un commun accord, ils réalisèrent que je n'allais vraiment pas bien. Le Prêtre s'avança vers moi et me  dit :
« Fringant Papillon, laisse-nous, tu es trop tourmenté, nous allons trouver une solution. »
J'obéis, mais avant de sortir, je  me retournai,  les regardai et déclarai:
 « Je ne veux plus être vide,  si je le reste, je finirai par mourir comme trop d'Héraldiens déjà avant moi ».
Puis je sortis.
    Les résistants constatèrent alors avec tristesse que mon blason s'était modifié : il était devenu taillé, d'or à la chrysalide d'argent, et d'azur au trousseau de clefs d'argent. J'avais perdu ma clef et je ne parvenais plus à renaître dans mon double c'est-à-dire en moi-même, je perdais mes couleurs, je mourais.


    Après quelques minutes de silence, L'Aigle double prit la parole :
«   Pourquoi lui as-tu dit que nous allions trouver une solution le Prêtre ? il n'y en a pas, il faut vivre avec l'Humiliation.
- Certes, reprit-il, mais il y a toujours une solution, un au-delà du désespoir, car c'est bien le désespoir qui habite le Fringant Papillon en ce moment, n'est-ce pas mes amis ? »
Les résistants reconnurent qu'effectivement, telle était la situation. L'Arbre appliqua alors sa méthode habituelle: se tourner vers les autres pour obtenir de l'aide, et il proposa alors de se rendre chez Myriam, une des plus anciennes Héraldiennes. On dit même qu'elle avait connu l'Héraldie bien avant le règne de l'Humiliation.
Le blason de Myriam était le suivant :

Contre palé de sinople et de pourpre à la croix baptismale d'argent brochant sur le tout.


    Lorsqu'ils arrivèrent, Myriam était dans son jardin, elle cultivait toutes sortes de fleurs. Elle leur servit des jus de fruits rafraîchissants, puis elle les écouta attentivement. Sa réponse fut simple :
« Le Papillon Fringant, lui-même, détruira le vide que l'Humiliation a engendré  en lui depuis sa naissance. Vous avez vu juste, dit-elle en se tournant vers Le Taureau (qui se demandait encore comment il pourrait prendre le taureau par les cornes), c'est en elle-même que se trouve la solution. C'est elle qui entretient l'Humiliation parce qu'elle croit à son existence. En fait le Fringant Papillon n'est déjà plus vide puisqu'il a pris conscience de son vide intérieur, il existe, mais il ne l'a pas encore réalisé complètement. l'Humiliation se meurt au fur et à mesure que le vide du Fringant Papillon se remplit. C'est ce qu'il faut obtenir. Je me souviens de L'Héraldie avant l'intrusion de l'Humiliation, je l'ai vue prendre le pouvoir le jour où elle a trouvé en ce Fringant Papillon une place pour épanouir sa face hideuse et s'immiscer dans toute l'Héraldie. Accompagnez-le chez Antoinette, c'est là qu'il prendra conscience de l'origine de son vide. »
    Les Héraldiens se dirigèrent alors vers la demeure d'Antoinette, mais ils tinrent absolument à ce que Myriam les accompagne.
    Antoinette était la gaieté même, son esprit était raffiné, elle était magnifique. Son regard vous pénétrait jusqu'au plus profond de votre âme, vous ne pouviez vous détacher d'elle, tant sa présence était agréable.


    Mais en fait, elle n'était pas vraiment là avec vous, elle vivait pleinement tandis que vous, vous l'admiriez tant que vous n'étiez rien. Cela ne  semblait pas l'affecter, comme si elle ne s'en rendait pas compte, donc vous n'osiez pas le lui reprocher. A côté d'elle, comme par magie vous n'étiez vraiment rien. C'est ainsi que le Fringant Papillon était la victime d'Antoinette, tant que cette dernière vivait, il n'était rien car il adorait Antoinette, et pour rien au monde il n'aurait abîmé cette créature parfaite.

    L'Acteur et la Flamme furent immédiatement séduits par la grande présence d'Antoinette, l'Acteur aurait voulu lui offrir le plus beau spectacle de toute l'Héraldie, quant à la Flamme, pour satisfaire Antoinette, elle aurait consumé toute l'énergie de sa flamme, mais grâce à sa clairvoyance, elle se rendit vite compte que cette présence époustouflante n'était qu'une illusion. Antoinette masquait en effet un vide terrible, toute personne séduite par Antoinette ressentait ce vide si bien que pour qu'Antoinette ne sombre pas dans le vide qu'elle était, et reste parfaite, il fallait absolument que celui qui était séduit par elle la comble de sa propre intériorité, c'est-à-dire en se vidant. Antoinette était en réalité la matérialisation du vide, elle était l'Humiliation de l'autre, et cela sans qu'elle en soit consciente, de ce fait personne ne pouvait rien lui reprocher et plus encore elle souffrait elle-même des effets désastreux qu'elle produisait sur les autres.
Les Héraldiens résistants restaient stupéfaits devant Antoinette alors  Myriam s'approcha de moi et me demanda :
« Veux-tu toujours détruire l'Humiliation, Fringant Papillon ?
- Non! Répondis-je, en larmes, non! ne lui faites pas de mal. Elle est trop belle, trop inconsciente, trop pure !
- Pourtant elle te vide, Fringant Papillon, tu l'imagines parfaite et tu crois que tu n'as pas le droit d'exister parce qu'elle existe. Tu imagines que ton existence détruirait sa perfection. Regarde-la bien, Fringant Papillon, que vois-tu ? »

    Je  la regardai à nouveau et découvris qu' Antoinette souffrait tant, qu'elle luttait contre cette souffrance en jouant la perfection. Perfection et souffrance était intimement liées chez elle. Antoinette la magnifique, était en fait l'être le plus torturé qui soit. Ce qui avait empli de bonheur illusoire, toute la vie de tous ceux qui la côtoyaient n'était en fait qu'un gouffre de vide.  Antoinette était l'incarnation de la souffrance absolue: l'image de la perfection pour cacher le désespoir le plus profond. Je regardai alors Antoinette telle qu'elle était réellement, et l'illusion disparut et ce fut si  dur de voir se  briser et souffrir ce que  j'adorais le plus, que je perdis connaissance. 
    Lorsque je retrouvai mes esprits et me levai  c'était comme si je venais de renaître, je dus réapprendre à marcher car je ne savais plus comment m'y prendre. C'était très étonnant de me voir me déplacer: comme je voulais avancer, je me mouvais par déplacement du point d'équilibre. Évidemment, à chaque fois, je manquais de tomber. Alors le Prêtre me tendit deux cannes, l'une se nommait l' Espoir et l'autre la Responsabilité. Ainsi je saurais où aller et comment. Le Taureau me  tendit mon blason recoloré: le papillon était rené et la clef retrouvée. Il m' adressa un clin d’œil, et me glissa à l'oreille : « J'ai réussi à prendre le taureau par les cornes ! » J'éclatai de rire à travers mes larmes et découvris en face de moi, le sourire radieux de l'Arbre.

FIN DU PREMIER CHAPITRE

17 commentaires:

  1. Le début de l'histoire du papillon, en particulier le moment où il à recourt à son imaginaire par la création d'un double me fait penser à cette citation "Pour créer son propre paradis, il faut puiser dans son enfer personnel." Frida Kahlo, sinon, j'avoue que je n'ai pas tout lu jusqu'au bout, à partir d'un moment, tel un papillon, j'ai survolé le texte, au delà de l'équivalent de 14 alexandrin, je sature très vite, mais le peu que j'ai lu me rend ce papillon sympathique, je partage sa réflexion quand à la nécessité de la liberté d'expression pour qu'une communauté ne meurt pas. Papillon est un rebelle.

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  2. Il arrive que certaines personnes se sacrifient pour nourrir le vide de ceux qu'ils aiment et ceux-là se gardent bien de les détromper de peur de plus exister. Il faut du courage pour regarder tout cela (l'Humiliation) en face.
    j'aime bien le sourire de l'arbre! Les arbres m'ont toujours semblé être les détenteurs de sagesse et de protection.

    Luciole

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    1. Certainement, Antoinette vivait et resplendissait de la force du papillon au détriment de lui-même.
      Un conte beau et bouleversant.
      Bienvenue à ce fringant papillon dans le monde de la densité.

      Garance

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    2. Merci de la part du Fringant Papillon, Dame Garance, en effet dans le chapitre 2, il va entrer dans le monde de la densité.

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  3. Bonjour,
    Dans la vie, pour avancer, il faut être debout.
    Bien droit sur ses pieds serein et pas fou.

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  4. Ça y est, après un survol initial, à la faveur d'un début de matinée tranquille, j'ai lu comme il le méritait ce conte, avec beaucoup d'attention. Il est magnifique. Le plus beau, le plus sensible, le plus profond aussi que j'ai lu de toi Pierrette. Qu'elle finesse dans l'analyse psychologique des personnages, en particulier d'Antoinette ! Tant que les autres, par "compassion" ou par recherche d'un maître lui renvoie une image conforme à celle qu'elle attend, celle qui lui fait oublier son vide, une image de perfection, ça tiens pour elle, mais si quelqu'un souligne ses contradictions, si il écorne son image, si il lui révèle qu'elle n'est pas parfaite, comme le miroir l'annonce à la reine dans Blanche Neige alors gare à lui, il lui faut l'humilier, pour ne pas se retrouver face à sa souffrance. Ce conte est très intéressant pour comprendre le fonctionnement des sectes et autres mouvements extrémistes, leurs adeptes sont dans la vérité, la perfection, et ceux qui le nie, les mécréants, doivent être éliminés. Comment les mécréants supporte leur imperfection, leur douleur, chacun ayant besoin d'avoir de l'estime pour soi-même ? Peut-être en soulagent l'autre de la sienne.

    Sentir dans ma propre douleur
    la douleur de tous ceux qui
    souffrent et puiser mon courage
    dans la nécessité de
    vivre pour me battre
    pour eux.

    Frida KAHLO

    Merci Pierrette pour ce conte splendide. J'ai hâte d'en lire la suite.

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    1. Vincent le Rebelle, Chevalier d'Héraldie sans peur et sans reproche, merci d'avoir fait l'effort de lire ce conte jusqu'au bout, je vous préviens le chapitre 2 est aussi long.

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  5. Bonjour à tous.
    Je viens de lire ce conte impressionnant par sa violence.
    Je n'ai pas compris pourquoi le papillon est "atteint" par l'humiliation. L'humiliation est une perception égocentrique de l'individu, une mauvaise interprétation. Un être unifié ne peut ressentir cela. Il est à percevoir les éléments fragmentés de son être et à vouloir les rassembler. Les considérer comme une illusion est un dénie.
    Le papillon n'est-il pas lui aussi à détruire, à exclure plutôt que d'inclure, finalement?
    Où est l'amour dans tout cela?
    Seul l'amour résorbe toutes les dissensions. Le reste est une bataille pour détruire.
    Peut-être n'ai-je rien compris du conte, auquel cas, veuillez Pierrette m'en excuser.

    Philippe.

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    1. Philippe,
      L'humiliation vise à soumettre, elle n'est pas une "perception égocentrique". En humiliant l'autre, l'individu tente de se placer "au-dessus", en général par manque de confiance ou pour prendre le pouvoir, pour se sentir fort.C'est plutôt un aveu de faiblesse.
      Et si la perception de l'humiliation peut être excessive, elle n'en est pas moins réelle.
      L'humiliation est le contraire du respect de l'autre.
      Souvent l'éducation se fait encore au travers de l'humiliation, avec tous les dégâts qu'il en résulte sur l'estime de soi.
      Si l'estime de soi est bonne, l'humiliation a moins de prise, c'est un fait, mais demander à un otage ou une personne maltraitée, humiliée en permanence, de ne rien ressentir est illusoire, ce serait une forme de déni.
      Prendre position, même fermement est une forme d'amour, c'est permettre à l'autre de faire son cheminement.C'est le considérer comme suffisamment fort pour se prendre en charge et pour évoluer.

      Luciole

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  6. Tout à fait d'accord avec vous Luciole!
    Ce n'est pas de L'humiliation alors dont il est question dans ce conte. Il s'agit de la perception du papillon qui est à voir l'autre comme une menace existentielle. Le cas d'Antoinette est assez parlant. Elle menace l'existence du papillon. Ou bien, je ne comprends rien de rien au conte.
    N'est-ce pas le papillon qui se sent menacé par les autres?
    C'est ce que je lis...
    Mais, bon, après tout, il ne s'agit que d'un écrit comme tant d'autres!
    J'imagine sans peine le travail qu'a fourni Pierrette Colas!
    Quelle histoire! Merci pour cette composition extraordinaire.

    Philippe

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    1. Comment peut-elle le menacer puisqu'elle est vide?
      Luciole

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    2. Petite Luciole lumineuse, toi qui te souviens des temps anciens, merci de lire "Au coeur de l'Héraldie" si vaillamment.

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  7. Philippe, où est l'Amour dans ce conte?
    Le Fringant Papillon aime Antoinette, Antoinette aime le Fringant Papillon, mais Antoinette a été vidée par l'Humiliation, elle résiste cependant en étant parfaite, pour que son vide ne la tue pas. Cette perfection empêche le Fringant Papillon et Antoinette de se rencontrer vraiment, devant la perfection d'Antoinette le Fringant Papillon perçoit sa souffrance et se vide également. C'est l'Humiliation qui vide les Héraldiens, à cette époque d'Héraldie. D'où vient l'humilation me direz-vous? Je reprends le conte:
    "Elle venait du plus profond des âges, elle était la fille de l'intolérance, de l'absence de patience, de l'incapacité à reconnaître l'autre comme autre. L'Humiliation ne reconnaissait jamais les Héraldiens comme ils étaient, de ce fait ils se vidaient de leur intériorité et finissaient par être des créatures vides."
    L'humiliation s'immisce dans le coeur des Héraldiens dès qu'ils ne sont pas reconnus tels qu'ils sont. L'humiliation nie l'autre. Je dirai donc, l'humiliation vient de la liberté que nous avons de ne pas reconnaître l'autre en tant qu'autre, c'est-à-dire différent de nous.
    Je voulais vous dire aussi qu'Antoinette n'est pas détruite, les amis résistants ont aidé le Fringant Papillon à rompre le lien destructeur qu'Antoinette et lui avaient, maintenant ils vont pouvoir se reconstruire et s'aimer, tels qu'ils sont, c'est à dire sans l'humiliation.

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    1. Pierrette Colas.

      Bon.
      Je comprends un peu mieux votre histoire.
      Il y a toujours plusieurs niveaux de lecture dans un écrit.
      Dès que vous publiez, votre écrit ne vous appartient plus vraiment.
      Il est sous le regard des uns et des autres.
      Chacun, nous sommes à percevoir différemment selon notre propre regard, et ce que nous projetons dessus.
      J'ai oublié cet aspect psychique de votre écrit, le plaçant à une autre échelle.
      Je suis habitué à lire des écrits plutôt ésotériques. Dans la spiritualité, le regard existentiel est différent.
      Il y a une unité de lecture qui tend à voir les choses comme ayant un sens Originel et donc incluant un cheminement intérieur qui vise à voir tout en Tout.
      Cela dépasse la dimension psychique de l'individu.
      Car, le spirituel relève d'une autre tension.
      Bien sûr, aucun cheminant ne peut éluder l'aspect psychique de son être.
      Pourtant, il intègre d'autres données qui vont alimenter son cheminement.
      Je me suis trompé en plaçant votre écrit dans cette perspective.
      Il n'empêche que nous pouvons toujours l'analyser d'après cet angle de perception, et cela serait riche d'enseignements.
      Pour cela, il faut avoir un esprit ouvert et curieux.
      Il faut aussi accepter de ne pas tout avoir compris.
      En fait, il faut juste désiré être un itinérant et accepter l'enjeu de la transformation consciente de soi.
      Veuillez m'excuser, Madame Pierrette.
      Votre histoire reste touchante à bien des titres.
      Bonne continuation!

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  8. Bonne route à vous également.
    Philippe, si jamais vous vous intéressez à nouveau à ce que je j'écris et que vous aviez des remarques à faire quelles qu'elles soient, est-ce que vous voulez bien m'appeler Dame Pierrette? Car en Héraldie je suis Dame Pierrette.

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    1. Mes respects chaleureux Dame Pierrette.

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