lundi 25 avril 2016

L'Ange égaré en Héraldie

Un jour quelconque on vit en Héraldie un bel ange plus lent que les autres s'égarer. Les autres sont repartis par la grande porte et il resta seul, survolant la contrée. Le Lion héraldique l'a bien sûr tout de suite repéré mais que faire ?

"Que ce pays est beau ! se dit l'ange, partout j'y retrouve les merveilles des cieux, cependant je ne puis rester ici, ce n'est pas correct. Bon, dans l'immédiat, je vais laisser glisser le Temps autour de mon corps divin."


Le bel ange égaré, très discrètement se promenait en Héraldie quand soudain il s'arrêta net : devant lui tournoyait l'archange-Lion. N'étant pas à priori sous sa juridiction, le bel ange égaré osa l'aborder et commença par des banalités : « Belle journée n'est-ce pas ? ». L'Archange-Lion lui jeta un regard ahuri et s'envola en tournoyant comme il ne l'avait encore jamais fait. « Je ne suis pas le bienvenu ici ! se dit en lui-même l'ange égaré, pourtant ce n'est pas possible, le Créateur ne peut pas me renier, ce n'est pas dans ses habitudes, il m'aime puisque j'existe, je dois donc garder la Foi, allez ! courage, je continue. »


En fait, face à cet ange inconnu et donc peut-être dangereux, l'Archange-Lion avait pris la décision de rassembler l'armée des renards. C'est l'armée la plus entraînée d'Héraldie. La ruse et la ténacité des renards sont redoutables, leur méthode est simple et efficace, ils sont soit de de sable, soit de gueules ou d'or, en un seul instant ils peuvent investir tout l'espace. Les renards de sable plongent en inframonde, ceux de gueules s'occupent des créatures de la terre d'Héraldie et ceux qui sont d'or sont spécialisés dans tout ce qui concerne le ciel et ses créatures, y compris l'Aigle bicéphale. Une telle organisation est en effet nécessaire pour étudier et contrôler l'intrusion d'un ange égaré.


On sortit aussi la fameuse pendule bicoq qui enregistre tous les instants, ainsi on pourrait sans doute repérer l'ange égaré et le suivre pas à pas et seconde après seconde. Son inventeur le coq loup d'azur était très fier qu'elle serve enfin à quelque chose.



On libéra les oiseaux Janus car même dans les tempêtes les plus fortes ils rient. Ils affrontèrent le vent, la pluie, les tornades et les tourbillons et toujours ils riaient.


De plus grandes recherches encore furent organisées en Héraldie pour retrouver cet ange égaré. Les chiens d'argent bien connu pour leur ténacité furent lâchés. Dans chaque recoin, dans chaque buisson, ils cherchaient l'ange égaré, Héraldie étaient illuminée de leur lumière tant leur espoir était grand mais en vain, l'ange restait introuvable.


Maître coq d'habitude si sûr de lui devint si incertain quant à l'avenir d'Héraldie qu'il se dédoubla ne sachant plus dans quelle direction il fallait qu'il aille.


La lune pleurait toutes les larmes de son corps, seul Bouddha restait impassible comme s'il ne se passait rien : insensible au désarroi du pauvre ange égaré, insensible au sentiment d'abandon qui devait sûrement l'envahir en ce moment, insensible aux frissons de l'Héraldie toute entière.


Mêmes les poulpes qui d'ordinaire vivaient en symbiose avec les crabes surgissaient des abysses alors qu'on ne les voyait jamais d'habitude.


Perturbé par le déséquilibre des abysses l'inframonde commença lui aussi à se troubler.

On voyait Les monstres de l'inframonde se tordre de douleur. L'Octopode au corps de sable hurlait tandis que le vorace hexapode rassemblait tous les monstres de sable pour lutter contre sa propre culpabilité. Il chassait impitoyablement les licornes d'argent difficilement protégée par le lion héraldique que ne cessait pas d'être incertain.




Duc-paon-loup dansait avec le bestiaire héraldique qui dans leur inconscience collective se moquait de tous les archanges et de leurs doux séraphins, il oubliait que l'ange égaré en Héraldie les voyait sûrement et en était profondément blessé, un tel comportement le terrifiait.


On envoya alors la Nef du lac réputée pour sa stabilité à la recherche de l'ange mais malgré la participation des plus puissants vents d'Héraldie ce dernier restait introuvable.

Les poulpes des abysses qui étaient maintenant hors des abysses voulurent alors se rendre utiles, ils s'organisèrent et se rassemblèrent sur une Nef de Garonne qu'ils avaient construite eux-mêmes. Leur capitaine le Troll des lyres les guidait car ces poulpes sont presque aveugles étant donné qu'ils vivent habituellement au fond des abysses. Inutile je crois de vous préciser que malgré leur bonne volonté, ils ne servaient pas à grand-chose. Le Créateur fait bien ce qu'il fait et il faut souvent reconnaître que bouleverser l'ordre des choses est parfois séduisant mais le plus souvent inutile. C'était un peu ce qui se passait en Héraldie, la seule présence de cet ange égaré créait le doute, la crainte, voire la peur et cela bouleversait l'organisation d'Héraldie.



Même Bouddha devant tant d'agitation finit par perdre la tête, il devint Bouddha-Lion puis carrément Bouddha-Ange. En fait Bouddha était gêné par la présence de l'ange égaré qui l'empêchait de se concentrer sur son désir de parvenir au Nirvana, du coup, troublé dans sa méditation il se dédoublait en Bouddha-Ange.



Dans un tel désordre le véritable Ange double d'Héraldie, celui qui vole dans l'éther , se manifesta et déclara:

« Que chacun retourne à sa place, vous effrayez ce pauvre ange égaré. L'Origine retrouvera d'elle-même sa route. Avez-vous oublié que l'Un et le Tout sont les mêmes ? Que si vous êtes là c'est parce qu'Il le veut ? Que la connaissance est à ce prix et que seul l'Amour triomphera ? »


La plupart des créatures héraldiques ne comprenaient rien à ce que disait l'Ange double mais elles obéirent car il avait l'air de savoir ce qu'il faisait. Avant de partir l'Ange double leur laissa néanmoins une tablette (c'était plus prudent) sur laquelle était inscrit :

Quand le pouvoir de l'Amour vaincra l'amour du Pouvoir,
Héraldie connaîtra la Paix.

Ainsi grâce à cette tablette, chaque Héraldien se tnt bien à sa place en espérant de toute ses forces le pouvoir de l'Amour. Ce qui devait arriver arriva : Un buisson de sinople se mit à parler : « Je suis celui qui est et l'ange égaré revient vers moi. »


On vit alors une vestale nue sortir d'un sanctuaire, à peine était-elle sortie qu'on vit le démon vaincu manu militari et cela sans aucun armement ! L'Origine des origines s'était manifesté, tout était rentré dans l'ordre.


Cependant le Lion héraldique, soucieux de conserver cet ordre longtemps, fit construire une Nef où il plaça les Plumitifs. Leur tâche était d'écrire des textes brefs car le Lion héraldique avait bien compris qu'avec une telle liberté, les Héraldiens mettaient souvent l'Héraldie en péril. Les plumitifs devaient donc écrire sans relâche la règle, l'unique règle méritant le respect : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé. » Cette règle était celle de l'Origine.



Fin du conte : L'ange égaré en Héraldie inspiré et illustré par Cochonfucius.

4 commentaires:

  1. BD de blasons.

    Sinon, j'aime beaucoup, beaucoup, "Bouleverser l'ordre des choses est parfois séduisant mais le plus souvent inutile". Ca me parle bien à l'heure où je sors du travail.

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    1. Il faut faire confiance à l'ordre de l'Univers mais cela ne veut pas dire qu'il faut être passif, bien au contraire. Nous sommes les mains, les yeux et le coeur du Bien-Aimé.

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