samedi 9 avril 2016

Comment Mirabelle fut accueillie en Héraldie


Mirabelle était une vache fort rebelle, elle n'aimait aucun vacher, ni aucun paysan qui ne la considérait que comme un être rentable. Il s'occupait bien d'elle certes, mais elle savait que c'était juste pour gagner quelque concours agricole. Souvent elle se sentait triste à mourir en voyant ses sœurs transformées en usines à lait, traites par un robot automatique. Parfois même elle entendait les gamins et même le paysan fantasmer sur ses formes si bien qu'un jour n'en pouvant plus, elle asséna un monumental coup de corne et deux coups de sabot au paysan, alors qu'il lui caressait l'arrière-train. Elle fut sur le champ condamnée à l'abattoir mais cela lui était égal, à quoi bon vivre ainsi ?



Heureusement pour elle, un riche paysan qui passait par là remarqua la belle vache et il la racheta à un bon prix dont je tairai ici le montant exact. Ce riche paysan était passionné par le salon de l'agriculture, il avait pour ambition de remporter le premier prix et en effet, avec la belle Mirabelle, il le remporta haut la main. Très fier de lui il ramena Mirabelle dans sa grande ferme mais l'accueil qu'on lui fit fut glacé. Les autres vaches du cheptel étaient jalouses et elles l'isolèrent. Un jour qu'elles étaient dans un champ où coulait une rivière les vaches eurent l'idée de pousser Mirabelle dans le courant avec l'espoir secret qu'elle s'y noierait.



C'était sans compter sur la réaction du taureau du troupeau, il trouvait Mirabelle très attirante si bien qu'après l'avoir sortie du ruisseau, il la sécha dans la paille et la prit pour épouse. Mirabelle n'en revenait pas, tout avait été si rapide ! Elle regarda le taureau puis se dit que peut-être la vie serait possible avec lui, son regard était si doux. Alors elle se blottit contre lui.

Depuis ce jour les autres vaches se tinrent à distance et la vie dans la ferme reprit son cours. Cependant il arrivait que parfois, Mirabelle s'éloignait du groupe et rejoignait un joli pommier à l'ombre duquel elle trouvait un espace de parole, oui elle s'entretenait avec le pommier. Ils conversaient de la vie sur cette planète, des autres membres de la ferme, Mirabelle lui confiait ses angoisses. Elle admirait ce pommier qui s'ouvrait vers le ciel tout en ayant les pieds sur terre.


Lorsqu'elle revenait à la ferme, le paysan était furieux et il la punissait à chaque fois, mais comme son courroux n'avait aucun effet sur les escapades de Mirabelle, un jour il prit la décision de l'enfermer dans l'étable.

Dans cet univers clos, Mirabelle se mit à songer à ce qu'elle ferait lorsque la punition serait levée, elle eut largement le temps d'affermir sa pensée : elle partirait définitivement de cette ferme.


En attendant, elle se distrayait en écoutant la musique qu'avait installée le paysan dans l'étable afin que le lait des vaches soit meilleur, il avait lu cela dans une publicité. Au son de la musique, ses pensées tournoyaient dans son esprit, elle se demandait si son beau taureau viendrait avec elle lorsqu'elle s'évaderait. Un gamin se rendit compte de l'état songeur de Mirabelle, il alla avertir le paysan qui vint lui-même constater la situation, c'est alors que le gamin lui fit remarquer que dans une des bouses de Mirabelle on pouvait clairement distinguer la forme des ailes de l'ange Gabriel.



Le paysan regarda de plus près et fit immédiatement le lien entre l'état de Mirabelle et la visite de l'ange Gabriel. Le prêtre du village convoqua l'évêque qui reconnut une présence divine, c'est ainsi que Mirabelle fut nommée vache sacrée et libérée de son étable. Cette dernière aventure décida le taureau à partir avec Mirabelle, l'atmosphère de cette ferme devenait trop compliquée pour lui qui était d'une nature simple, droite et déterminée.

Une nuit, le plus discrètement possible (le lecteur comprendra qu'il n'est pas aisé pour une vache et son taureau de s'évader sans faire de bruit) ils quittèrent la ferme sans se retourner.


 


Ils errèrent dans les forêts plusieurs dizaines de semaines. Ils n'étaient pas malheureux mais ils se souciaient l'un de l'autre. « J'espère que mon taureau ne souffre pas trop dans la forêt seul avec moi, lui qui aime tant les troupeaux ! Songeait Mirabelle.

- Ma belle Mirabelle, tu mérites mieux comme vie, se répétait le taureau. »

Un beau jour cependant, en se réveillant, ils crurent apercevoir un Troll qui les observait, habilement dissimulé dans les taillis. Ils s'approchèrent et découvrirent la lisière d'une contrée inconnue. Un pays délimité d'Est en Ouest par un immense arc-en-ciel, au loin on distinguait une mer où quelques Nefs voguaient silencieusement. Dans l'azur du ciel, L'Aigle tournoyait. Mirabelle et son compagnon firent un pas en avant dans cette contrée et immédiatement, surgissant de nulle part, Maître Coq se dressa fièrement devant eux. « Qui êtes-vous donc ? On n'entre pas comme cela en Héraldie !

- Pardon. » balbutia Mirabelle.




Maître Coq gonflait son plumage, se dressait sur ses ergots, avançait, reculait. En fait, il voulait impressionner le taureau qui était, il est vrai, très grand et très fort.


« Monsieur le Coq, nous souhaiterions venir en Héraldie, nous n'avons aucun autre lieu où aller.

- Je connais votre histoire Mirabelle et je vous accepterais volontiers mais lui, dit-il en se tournant vers le taureau, que ferait-il avec nous? Il ne dialogue pas avec les arbres, il ne se pose jamais aucune question, c'est un bovin, une bête brute.

- Oui mais, Maître coq, nous nous aimons. »





















Assailli alors par un doute indescriptible, Maître Coq se mit à tourner sur lui-même, il gironnait, il mit sa bure de sable puis l'enleva, envisagea de refaire un pèlerinage, se récita tout ce qu'il avait lu. Au loin la mer d'Héraldie s'agita, de hautes vagues se formèrent, les Nefs abaissèrent leurs voiles, l'Aigle s'envola encore plus haut et devint bicéphale. Mirabelle et son taureau étaient stupéfaits.





Soudain Maître Coq s'immobilisa, il se tint droit face au couple. « Je ne pense pas, belle Mirabelle, que votre compagnon se sente bien ici, mais enfin puisque vous l'aimez. Je vous accepte tous les deux, bienvenue. »



C'est ainsi que Mirabelle vint en Héraldie. Il est vrai que le taureau, à part monter sa belle quand ils se désirent ne fait pas grand-chose en Héraldie. Il est bien le seul par exemple à ne pas chercher le chemin des étoiles, il n'en voit même pas la nécessité car pour lui la vie est belle et il mourra heureux.

Maître Coq cependant le surveille l'air de rien, on ne sait jamais…


Merci à Vincent le rebelle pour son personnage Mirabelle, merci à Marc le Blasonneux pour son Maître Coq, merci à ma Muse Cochonfucius, à nouveau parmi nous et comme le dirait Dame Naïla, joie, joie dans la Joie.

4 commentaires:

  1. Merci à toi pour ce formidable accueil ! Je m'étais promis de ne plus jamais le dire, je le fais très souvent, mais je n'y tiens plus, je suis très surpris d'être en Héraldie, la qualité des textes que j'y trouve est incroyable, j'ai souvent l'impression que les miens font tâche parmi eux. Je ne suis pas insensible à cette reconnaissance bien que je n'écrive pas pour elle, elle s'ajoute à mon bonheur d'écrire.
    Merci encore, je file fignoler un nouvel épisode de la vie Mirabelle en espérant qu'il te rende à toi aussi la vie plus belle.

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    1. C'est grâce à l'écriture de son équipage que la Nef Héraldie vogue Vincent le Rebelle, l'écriture est le safran de la Nef Héraldie, les vents sont imprévisibles mais le safran est solide.

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  2. Vincent je suis certaine que Mirabelle gagnerait le premier prix au salon de l'agriculture :)
    Dame Pierrette, je vous approuve et en plus le safran donne au risotto une superbe couleur jaune!

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    1. Luciole, le safran est la partie du gouvernail d'un bateau qui est dans l'eau.

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