samedi 5 mars 2016

Eli, Eli, lama sabachthani ?


« Mon Dieu, Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Cette phrase du Christ me le rends sympathique,
Car en adressant au Père cette critique,
Le fils ne fait rien d’autre que de blasphémer.

Quand d’autres viennent aussi à le discréditer,
Des catholiques disent qu’ils sont sataniques,
Et vont jusqu’à attendre de la république
Qu’elle les condamne se sentant offensés !

Dans ces conditions ça ne serait que justice
Que leur sauveur ai été soumis au supplice,
Ayant adressé un reproche au tout puissant !

Le critiquer, l’injurier ou bien même en rire,
Devrait au contraire les amener à sourire ;
Autant de manière de le rendre présent.

_____

* Matthieu 27:46 Et vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte: Eli, Eli, lama sabachthani ? ( Araméen ) c’est-à-dire : Mon Dieu-Elohim, mon Dieu-Elohim, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Voir aussi


Blason de Magdalenenburg (Autriche)

10 commentaires:

  1. Vincent
    Il ne s'agit pas d'un blasphème.
    Comment d'ailleurs,le Christ pourrait-il se livrer à un blasphème?
    Cette parole est en fait une référence au psaume 22 de David bien connu des personnes qui assistent à la crucifixion et se moquent de Jésus.
    En prononçant ces paroles le Christ exprime le désespoir de toute l'humanité qui se sent abandonnée par le divin.
    L'assistance qui se moque représente l'humanité qui s'est totalement coupée de Dieu et qui est tombée dans l'illusion de l'absence du divin.
    Eli, Eli,lama sabachtani est en réalité comme une annonce de la résurrection.
    Jean d'Armelin.

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  2. Dimanche matin à l’heure de l’office du prime, le moment est parfait pour débattre sur ce sujet.

    Pour ce qui est de la nature blasphèmatoire de cette phrase, je m’en suis tenu à une définition du blasphème qui fait référence, elle est d’un théologien du XVIe siècle Francisco Suárez ;

    « toute parole de malédiction, reproche ou irrespect prononcé contre Dieu »

    Je vois dans la phrase du Christ un reproche, pas le moindre, celui de l’avoir répudié comme fils.

    Pour ce qui est de sa capacité à blasphémer, elle est tout à fait plausible puisqu’il s’est fait homme, d’ailleurs, et c’est pour cela je le trouve sympathique, je peux m’identifier à lui, je trouve qu’en prononçant ces mots il n’a jamais si bien incarné ma condition, lui aussi éprouve ce que j’éprouve parfois, un sentiment d’abandon et il me semble que je ne suis pas le seul, l’"humanité est coupée de Dieu" comme tu le dis.

    Avant qu’il ne prononce ces mots, je ne l’ai pas tellement senti homme, c’était pour moi un super-héros (avec un h je précise, son corps dénudé sur la croix en a fait fantasmer plus d’un et d’une) à l’instar d’un Batrman ou d’un Superman, avec ses pouvoirs surnaturels, un héros de science fiction. Là par contre il a l’air d’en chier et ça me le rend sympathique, j’aurais envie de le réconforter, de le rassurer, il est dans la merde, il est enfin mon alter-égo.

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  3. Je comprends ce que tu veux dire Vincent. le sentiment d'abandon est le pire de tous. c'est un sentiment de ne plus exister, je pense que c'est pire que la crainte de la mort puisque ce sentiment amène parfois les gens à mettre fin à leurs jours. C'est notre nature biologique qui nous pousse à faire référence à un leader de chair et c'est notre nature humaine avec sa quête de sens spirituel qui nous fait transcender un chef spirituel. Pour les personnes croyantes c'est un baume sur le sentiment d'abandon.
    J'approuve ton envie de réconforter cet homme qui souffre par la barbarie de la crucifixion.
    Peut-être se pose t-il la question de sa propre existence?

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    1. Encore une fois, ton commentaire apporte un peu de lumière Luciole. Tu n'écris pas de poème, enfin tu n'en publies pas ici, enfin je le suppose, on peut avoir autant de pseudo que l'on veut, c'est pas comme le nombre de crème dessert à la fin d'un repas, mais prend beaucoup te lire. J'ai trouvé une phrase en écho à ce que tu viens d'écrire, elle est de Simone Weil

      " La religion en tant que source de consolation est un obstacle à la véritable foi ; en ce sens l'athéisme est une purification. Je dois être athée avec la partie de moi-même qui n'est pas faite pour Dieu. Parmi les hommes chez qui la partie surnaturelle d'eux-mêmes n'est pas éveillée, les athées ont raison et les croyants ont tort " .

      Elle me renvoie elle-même à celle-ci;

      "Je voudrais détruire l'enfer et le paradis afin que Dieu fût aimé pour lui-même."

      Sainte Thérèse d'Avila

      et à une autre qui lui ressemble beaucoup de Rabia al Adawiyya al Qaysiyya (arabe : رابعة العدوية القيسية) ou Rabia Basri (713/717–801) mystique musulmane soufi née à Bassora, à noter que dans le temps cette citation précède celle de la mystique catholique :

      « Mon Dieu, si je T’adore par crainte de Ton Enfer, brûle-moi dans ses flammes, et si je T’adore par crainte de Ton Paradis, prive m’en. Je ne T’adore, Seigneur, que pour Toi. Car Tu mérites l’adoration. alors ne me refuse pas la contemplation de Ta Face majestueuse ».

      https://misquette.wordpress.com/2015/03/07/186-assembler/

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    2. Et puis cette poésie qui a déjà été publiée en commentaire sur ce blog, c'était pour accompagné un de mes poèmes grivois, je le remet ici parce qu'il y ai question de l'abandon et particulièrement du lien avec la poésie et plus généralement, peut-être, c'est une sorte d'intuition ne mesurant pas vraiment la teneur de ce mot que Jean utilise actuellement dans ses poésies, le verbe.


      Les poètes
      Profèrent

      Chacun avec sa voix
      Son cri

      Ce chant
      Qui enveloppe la terre et les étoiles

      Jusqu’aux confins
      De l’univers

      Et c’est une même poésie
      Pleine de larmes et de rires

      Une poésie vaste comme la nuit
      Qui chante pour chacun

      La solitude des lisières
      De l’abandon et de la peur

      Quand s’ouvre sur le monde
      Une fenêtre claire.

      Hélène Cadou

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  4. Voir aussi

    https://paysdepoesie.wordpress.com/2013/09/19/donal-%EF%BB%BFog-la-reponse-du-matelot/

    Est-il Dieu, celui qui, à son heure dernière
    Disait : Père, pourquoi m’as-tu abandonné ?

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    1. Et pourtant les animaux parlent bel et bien.
      Juste connaître leur langage.

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  5. « Eli, Eli, lama sabachthani? »

    Tous les jours nous sommes à le dire en son sens véritable: « Mon Seigneur, mon Seigneur, pourquoi que ne m’as-tu devancé en Toi! »
    « Sabachthani » veut dire devancé, et non abandonné… Ce qui change l’injonction! Il est certainement ici question de L’Unification et non de La Séparation…

    Naïla

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    1. Je continue: toutes les manifestations Divines, sont en un Jeu qu'elles perçoivent avec une grande acuité.
      Elles ne méconnaissent jamais la Réalité de ce Jeu Divin et sont comme le dit Jean d'Armelin, notre réalité humaine, à une échelle diverse. Ces grandes Consciences Divines, ne font que nous les rappeler, comme du reste d'autres réalités inconscientes, et cependant rendant compte encore d'une Réalité Possible de l'être!

      Naïla

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  6. « Mon dieu, mon dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Cette parole du Christ est la parole la plus amoureuse qui soit. Chacun en connaît la vibration intime. Aucune vie ne peut faire l’économie de ce cri. Cette parole est le cœur de l’amour, sa flamme qui tremble, se couche et ne s’éteint pas. Elle est aussi bien la seule preuve de l’existence de Dieu : on ne s’adresse pas ainsi au néant. On ne fait pas de reproches au vide.

    Après, plus rien- l’arrachement du souffle, l’énergie qui déserte ce qui n’est plus que chair pourrissante. Cette dernière flambée de la parole fait du Christ mieux qu’un ange : notre frère angoissé et fragile ; « Mon dieu, mon dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » Ce cri qui s’en va exploser contre la gueule de marbre d’un Dieu muet, fait de celui qui le jette notre intime, le plus proche d’entre les proches : nous –mêmes quand la confiance s’en va de nous comme le sang par une veine coupée et que nous continuons à parler amoureusement à ce qui nous tue.

    Il faut que le noir s’accentue pour que la première étoile apparaisse.

    Christian Bobin , « l’Homme Joie »

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