jeudi 10 mars 2016

Adieu Michel


     Aujourd’hui, en prenant connaissance des démêlés de l’église catholique avec la justice, j’étais en colère, j’ai pensé à ces gamins victimes d’abus sexuels, à jamais meurtris et à ces hommes imbus de leur personne qui se croient tous les droits parce qu’ils portent un crucifix au revers de leur veste ou en une mitre sur la tête, qui vont manifester contre le mariage homosexuel au motif de protéger les enfants ( Je me demande quel danger la parenté homosexuelle leur fait courir, toutes les études montrent qu’il n’y a pas d’incidence sur leur épanouissement, il fallait s’en douter, on élève pas les enfants avec un pénis ou un vagin ! ) alors qu’ils ne dénoncent pas ceux des leurs qui en abusent, se contentant de changer le loup de bergerie. Mais je me disais « Il ne faut pas tous les mettre dans le même sac, si on mettait d’un coté les bienfaits des religieux et de l’autre les méfaits, la balance pencherait nettement du coté du bien ». Ce soir en apprenant la mort du père Michel JAOUEN, je me suis dis que c’était le contre-exemple de Mgr BARBARIN et compagnie, « compagnie » parce qu’il n’était pas le seul à être au courant au diocèse de Lyon. Et ça n’est que la partie émergée de l’iceberg, combien souffrent en silence d’avoir été tripoté ou violé par le curé du village à l’époque où il y en avait encore ? « On ne le racontait pas à la maison parce qu’en plus on prenait une baffe ! » ai-je entendu pas plus tard que cet été dans la bouche d’une grand-mère.

     Il y a donc des Michel JAOUEN pour contre-balancer, je l’ai rencontré à deux reprises sur son bateau, que dis-je ? Son bateau… Notre bateau ! C’est la remarque que je me suis faite en naviguant sur le Bel Espoir la première fois, « On se sent comme chez soi ! », je vous assure, c’est surprenant mais c’est comme ça, à partir du moment où vous montez à bord, dans la main qui se tend pour vous y aider, dans le sourire de celui à qui elle appartient, sur le pont du navire, vous êtes chez vous. Je ne sais combien de milliers de passagers le Bel Espoir à accueillis mais je suis persuadé qu’on est beaucoup à avoir eu la même sensation, ça fait du monde à se sentir chez soi, le bateau ne fait que trente mètres pourtant ! Passagers ? Que dis-je ? Equipiers ! Il n’y a pas de passager à bord, que des équipiers, on ne m’a jamais demandé de faire quoi que ce soit, si j’avais voulu, j’aurais pu passer mon temps dans ma cabine mais comment ne pas aller donner un coup de main à celui qui vous tend la main ? Tout le monde participait. En tout, j’ai du passer un peu plus d’une quinzaine de jours avec eux (Il n’est pas tout seul !) mais ces quinze jours ont marqué durablement ma vie. J’en parle souvent, j’ai encore composé un sonnet à partir de cette rencontre il y a un mois à peine. J’ai lu ce week-end que Sainte Thérèse de Lisieux avait dit qu’elle reviendrait sur terre pour faire aimer l’amour, c’est ce qu’il faisait, discrètement, sans grandes déclarations, surtout pas, sans afficher sa foi autrement que par sa gentillesse, aucun signe religieux à bord, pas le moindre crucifix, juste une vierge dans sa cabine, « Parce que c’est mon truc et que j’ai pas envie d’emmerder les autres avec ça, si il y en a qui veulent en discuter, on en discute, mais c’est tout. Y a une chose par contre auquel je tiens, c’est qu’on mange ensemble, on mange pas chacun de son coté, on mange ensemble ». m’avait-il répondu alors que je m’étonnais de cette absence de marques de sa religion. Il fallait qu’il ai la foi pourtant pour faire ce qu’il faisait, je vous assure, croyez-moi, il le fallait parce qu’il prenait à son bord des gens qui étaient en rupture avec la vie et pas qu’un peu ! Il en a vécu des galères sur son voilier ! Je vous recommande à ce sujet l’excellent livre du Père Alain Maucorps " Le Bel Espoir. Trois voyages avec les drogués ", c’est une merveille. On y sent la rigueur du Jésuite qui décris sans concessions les premiers voyages du Bel Espoir; les toxicomanes en crise de manque , les démarches aux escales pour aller les récupérer au commissariat de police parce qu’ils avaient fait un sale coup pour se procurer leur came, sans parler de ceux qui se jetaient par dessus bord (Ce dernier cas, je ne sais plus si je l’ai lu dans le livre ou si on me l’a raconté), par exemple. On lit ça et on se dit, « Non, c’est pas possible ! C’est pas possible qu’il n’ait pas définitivement jeté l’ancre à la fin du premier voyage ! » Et ben non, il repartait, il l’a fait sans arrêt depuis 1972, juste le temps quand même de refaire le bateau grâce à une souscription lancée par l’émission Thalassa. Il y a encore quelques temps, je l’avais vu à l’Aber Wrac’h, la base du Bel Espoir, bien fatigué par les années, il devait avoir autour de 90 ans, il montrait à ses jeunes protégés, look jeunes de banlieue, comment débroussailler un terrain. Belle vie la vie de celui qui se met au service des autres.

Adieu Michel, Vincent

2 commentaires:

  1. Bel hommage pour cet homme dont la démarche était bien courageuse.
    Il lui a fallu avoir une foi inébranlable pour se lancer dans ce projet.
    Merci pour ce texte Vincent.

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    1. Merci Luciole.
      C'est très juste encore une fois ce que tu dis, on dirais que tu l"as connu. "Avoir la foi", je ne sais pas trop ce que ça veut dire en même tant, c'est un mot un peu galvaudé, ça me fait penser qu'il disait de Florence Artaud (qui était sa copine comme il disait), quand elle est morte, "elle avait la foi mais quand on a la foi on a pas besoin de le dire". Pour moi, avoir la foi ça serait de croire qu'il existe en chacun de nous une part inaltérable de l'être. Ca te rappelle pas quelque chose ?

      "J'entendais par âme, cette part inaltérable de l'être.
      Je pense qu'elle existe en chacun de nous."

      Luciole

      http://heraldie.blogspot.fr/2016/03/virginite.html



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