samedi 23 janvier 2016

Temps du Rêve

FRANZ MARC (1880-1916), Chevreuils en forêt, 1914


A la faveur de l’ombre,
Les méandres du jour s’allongent et se soulagent des formes et des couleurs,
Seule subsiste l’empreinte inachevée du temps.

Ici, mon ombre serait comme un chêne ancestral qui unirait, à mes racines terrestres, mes célestes feuilles.

A la faveur de l’ombre,
De douces biches en leur église forestière
Se montrent sages et dociles : icônes virginales…
Leur prière est muette et vibrante comme une flamme.

Mon ombre serait alors comme un oiseau de nuit qui s’élève et qui plane sans fin au-dessus de la terre.

A la faveur de l’ombre,
Les vagues de la mer clapotent et murmurent en myriades de langues venimeuses
L’indécente conversation du sable et de l’eau.

Mon ombre deviendrait une robe de soie, volute légère et grise, voleuse de vent, maîtresse des nuages.

A la faveur de l’ombre,
La nuit s’est glissée, insidieuse, dans ma couche
Et projette ses songes au ciel de mon hiver.

Mon ombre n’est qu’une image de brouillard tantôt épais comme une tombe, soudain léger comme une voile.

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