vendredi 1 janvier 2016

OUVERTURE

Peinture de John Mulcaster Carrick (British, 1833 - 1896)
De Sa lance, Il a touché mon cœur
Et la blessure lui a rendu la vie,
Mon sang a jailli, source abondante et féconde,
Et mon secret s’est répandu…
Je n’ai pu le retenir car la blessure était trop vive…
Je ne cherche pas la guérison mais cette vie nouvelle,
Puisque mon cœur et ma poitrine sont ouverts
Et que la lumière du jour y pénètre avec force.
Voici l’étrangeté de mon état…
Ce qui aurait anéanti le premier venu 
M’a rendu à la vie pour toujours,
Alors que le remède aurait causé ma mort sans retour.
Ce qui désespère l’indolent est mon espoir,
Ce qui l’attriste me ravit,
Ce qu’il goute d’amertume, j’en fais mon miel,
Ce qu’il rejette sans merci, je m’en saisis.
Car j’en connais le noble prix.
De Sa lance, Il a percé mon cœur
Et maintenant, je vois ce que nul ne perçoit,
Et même si je suis mort pour autrui que m’importe,
Je suis ce que je sais…
Qui pourra m’ôter ce que désormais je possède ?

10 commentaires:

  1. Bénie, Bénie, votre blessure, Jean D'Armelin, qu'elle soit Bénie.

    Naïla

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    1. Voilà Jean quelques textes que m'évoquent ton poème, peut-être en as-tu eu connaissance ?

      ...
      nous sommes des bêtes blessées
      et seules les bêtes blessées connaissent la tendresse

      Little Man, Thomas Vinau ; Asphodèle-éditions

      Où t'es-tu caché, Ami,
      me laissant gémissante ?
      Comme le cerf tu as fui,
      après m'avoir blessée.
      Criant je t'ai suivi, tu étais parti !


      Début du cantique spirituel de Saint jean de la croix

      « Je voyais donc l’ange qui tenait à la main un long javelot d’or dont la pointe laissait échapper une flamme. Il m’en perça soudain le cœur jusqu’aux fibres les plus profondes et il me semblait qu’en le retirant, il en emportait des lambeaux. Puis il me laissa toute entière embrasée de l’amour de Dieu. La douleur était si vive qu’elle m’arrachait des gémissements, mais accompagnée d’une telle volupté que j’aurais voulu qu’elle ne cessât jamais »

      Transvérbération de Sainte Thérése d’Avila

      Question à Naïla

      Naïla, dans le soufisme, retrouve t’on des textes qui évoquent également une blessure originelle ?

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    2. Vincent, le texte de STE Thérèse est très intéressant. Je ne le connaissais pas. Il est basé sur un paradoxe ou plutôt sur la présence simultanée de perceptions en apparence contradictoires. Ce qui gémit en Thérèse, c'est son ego qui subit malgré lui une purification nécessaire. La volupté est causé par l'amour divin qui est la nature et la vocation même du coeur.
      J'espère que Naïla sera d'accord.

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  2. Bonjour Vincent,

    Le soufisme n'est rien d'autre qu'une voie au coeur des voies, qui a pour but de nous éclairer sur notre chemin intérieur, aussi, chacun y découvre Son Origine, y compris L'Origine de L'origine. Il y a autant de routes que d'individus. Ce que nous percevons en cette Quête profonde est notre propre Réalité. Bien-sûr, en chacun de nous il existe certainement une Blessure originelle... Celle de La Séparation. Enfin, c'est ainsi que je pense le comprendre. C'est ainsi aussi que certains la vivent et alors, se lancent de tout leur cœur vers L'Unicité.
    Il serait long d'en parler juste là, en réponse à ta question. Tu viens d'ouvrir une large Voie de grande et merveilleuse méditation.
    Cependant, pour revenir à L'Unicité, ne faut-il pas passer de nouveau par cette Blessure, ou état de rupture?
    Cela me semble presque évident, en ce processus dit du Retour.


    Naïla

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    1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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    2. Chemin au coeur de l'Etre
      Nouvelle flamme pour naître
      Douloureux passage
      Lumineux voyage

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    3. Naïla, ne croyez-vous pas que cette blessure est en rapport avec un sentiment d'exil? Celui ou celle qui aspire à l'Amour Divin n'est-il pas au fond à la recherche de sa vraie patrie?

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    4. Jean D'Armelin, cette blessure ressentie en tant que telle est le plus beau cadeau qu'il se puisse être en cette vie. Certes, éprouver la "Séparation", n'est-ce pas s'être souvenu de L'Union?
      Je suis assez d'accord avec ce que vous dîtes concernant St Thérèse d'Avila.
      Cette "Béance" est L'Intensité d'une Rupture, effet quasi surnaturel pour certains, éprouvée jusque dans la chair, je dirais même la "chair" de L'Âme, en ce tréfonds bien caché, oublié. L'Autre Dimension de L'Être.
      Dès lors que Le Souvenir se retrouve, même infime, il se passe cette étrange chose: C'est Le Divin Lui-même qui se cherche et qui nous le fait sentir. Son Amour est plus fort que notre propre amour, et pourtant, et pourtant, que dire? Tout est prétexte à ce que CELA se trouve, se voit, s'entende, et se touche... Ah!!!

      Jean d'Armelin, Cela est...si beau. Cela parfois, se passe de mots.

      Naïla.

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    5. Et de même que le silence est la pleinitude de la parole, L'oubli est le prélude du souvenir.
      Je n'en dis pas plus car je crois que cette conversation est sans point final...

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  3. Merci Naïla, pour cet éclairage très concis et, comme toujours, très ouvert.

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