lundi 31 août 2015

RoBERT - Le chant des sirènes


Dans les flots de nos larmes
Où nous vivons en peine
Âmes sœurs, âmes seules
Nous sommes les sirènes
Loin des rivages, des hommes
L´eau salée nous enchaîne

Sirène

Composition de l'auteur

Fascinante par sa beauté, la sirène est
Une créature surprenante car sa
Voix mélodieuse et envoûtante éveille la
Compassion autant que la curiosité.

Pensez-donc ! mi-femme, mi-poisson, quel programme !
Mais pourtant si vous lui faites confiance elle
Entraîne tout droit vers le fond des mers, votre âme.
Vous errez à jamais rêvant d'avoir des ailes

Pour échapper à votre funeste destin .
Quel mal les a frappées ? Quel est ce châtiment
Saugrenu ? Femme et poisson à la fois ! D'où vient

Cette fantaisie ? Qui en est l'auteur ? Qu'ont-elles
Fait pour cela ? Une telle souffrance est le
Résultat de l'action d'un esprit infidèle.

Anguille d'azur

Blason d'Eurajoki (Finlande)

L’écrevisse, occupant la rouge citadelle,
Veut au peuple, aujourd’hui, un message apporter :
Par l’anguille d’azur sera réconforté
Le royaume, qui peut être sauvé par elle.

La foule, applaudissant à la bonne nouvelle,
Approuve un tel signal, dont on ne peut douter ;
Chacun, se recueillant, veut, dès lors, écouter
De ce poisson sacré la sagesse éternelle.

— « Anguille, parle-nous, tu es notre recours,
Notre cité, sans toi, resterait sans secours. »
L’anguille, se taisant, bouge d’étrange sorte.

— « Écrevisse, prends donc la parole, à ton tour ! »
— « Ce poisson, mes amis, nous le cuirons au four,
Car tel est, selon moi, le bonheur qu’il nous porte. »

Cochonfucius

Le coq de sable et l’écrevisse

Image du blog Herald Dick Magazine

Invités par la baleine,
Devant des coupes bien pleines,
L’écrevisse et le coq noir
Trinquent avant de s’asseoir.

On leur offre un coquillage
Qui semble issu d’un mirage ;
Il surgit des océans
Ainsi qu’un plateau géant.

Pendant ce petit banquet,
Quelques nuages coquets
Offrent des morceaux de glace
Aux deux animaux voraces.

Juste encore un mot

Toile d'Andrew Gonzales

Avant de me jeter dans les bras de Morphée,
Une fois encore, sur mon vaisseau de solitude,
Je veux t'écrire encore un mot, ma bonne fée,
Juste un mot ; il me le faut, pour ma quiétude.

Il me semble que si je ne le faisais pas,
Ma nuit serait, je crois, menacée de naufrage
Ou, pire encore, que je pourrais être l'appât
D'une succube qui se plairait à me faire outrage.

Tu dirais : « Plus redoutables sont les humains
Dont il y a lieu de craindre les revers de mains. »
Je le sais ; mais de ceux-là, j'en fais mon affaire.

Mon angoisse, c'est de ne pas maîtriser le temps ;
Je ne possède, à vrai dire, que ce seul instant ;
L'Amie, cela n'arrête pas de me stupéfaire !

dimanche 30 août 2015

Retour au Jardin des Tuileries

Cassandre se plaçant sous la protection de Pallas, sculpture d'Aimé Millet
Jardin des Tuileries, Paris - Photo MS 2014

     Comment allaient-ils occuper leur dernier dimanche de l'année ? Ils se surprirent à poser la même question simultanément. Ils en rirent. Ils étaient synchrones. Héloïse se dit qu'elle devait impérativement faire un peu de rangement dans ce qu'elle appelait sa pétaudière. Il trouva qu'elle forçait un peu le trait. Certes, elle était moins à cheval sur le ménage qu'une Rose ou qu'une Isabelle, mais son intérieur était loin d'être le taudis qu'elle décrivait. Une femme de ménage passait deux fois par semaine. Elle s'occupait également de la lessive et du repassage. Héloïse lui avait d'ailleurs proposé d'utiliser ses services. Qu'un peu de linge en plus ou en moins ne prêtait pas à conséquence. Mais il avait décliné l'offre car il tenait à assumer cet aspect de sa nouvelle condition. Cependant, il n'était pas contre la possibilité de se faire repasser une chemise ou un pantalon de temps à autre. Héloïse n'avait pas insisté, même si elle estimait qu'il avait mieux à faire qu'à courir à la laverie. Enfin, c'était son choix.

Antinomie de l'amour

Toile d'Andrius Kovelinas

Je suis une guerrière autant qu'une femme aimante ;
Forte autant que fragile, c'est mon humanité ;
Quand la vie m'oblige à être une combattante,
Je me bats et fais foin des vaines mondanités.

Dans un monde où règne partout la malfaisance,
Il faut laisser une main sur la garde de l'épée ;
J'ai vu trop de choses et perdu mon innocence ;
Mais jamais l'appât du gain n'a pu me happer

Car je le tiens pour le premier responsable
Des malheurs et des maux qui tous nous accablent ;
Il est de l'amour le contraire plus que la haine.

L'histoire des hommes n'est-elle pas : « Je prends tout ton bien. » ?
Combien ont à peine de quoi vivre, presque rien ?
Dans un monde de voleurs, l'amour est bien en peine.

Le spectre à trois faces

Oiseaux d'inframonde

Blason emblème de l'Indonésie Orientale (1945-1950)

Ici, point de chaleur, ni d’extrême froidure ;
Pas un herbage au sol, pas un nuage aux cieux,
Nul arbre, nulle fleur ne se montre à nos yeux,
L’inframonde n’est pas un havre de verdure.

Des oiseaux, cependant, dans l’atmosphère obscure,
Animent de leur vol les ombres de ces lieux ;
Et moi, j’aime leur chant qui jamais, jusqu’à Dieu,
Ne peut faire monter ses quelques notes pures.

Souvent leurs douces voix s’élèvent tour à tour,
Pour parler de labeur et pour parler d’amour,
Plus douces que le son de deux flûtes jumelles ;

Ils sont les troubadours de ce sombre château,
Si je l’ose, j’irai leur demander, bientôt,
De bien vouloir m’apprendre une chanson nouvelle.

Cochonfucius

Oasis de sinople

Blason du Sahara espagnol (1884-1975)

Le dromadaire songe auprès de la rivière,
Les ailes du palmier dansent au vent d’avril ;
Les flots, s’accompagnant d’un murmure subtil,
Vont, en s’évaporant, vers leurs heures dernières.

Vers le soir se promène un lion mélancolique,
Qui, depuis quelque temps, rarement va chassant ;
Son regard se brouillant, ses muscles se lassant,
Je le vois devenir un errant famélique.

L’eau semble raconter une histoire aux graviers,
Distrait, le dromadaire a brouté quelques herbes,
Sans jeter un regard au lion jadis superbe ;
Sur les herbages frais s’endorment les bouviers.

Cochonfucius

Bardes qui suivent Baudelaire

Oeuvre anonyme

Bardes à plume légère,
Encore loin du tombeau,
Nous ornons vos étagères,
Des ouvrages les plus beaux.

Ces pages sont les dernières,
Consumons donc les flambeaux,
N’épargnons point la lumière
  D’Éros et Bacchus, jumeaux.

Je ne prends pas l’air mystique,
Car ce jour n’est pas unique,
Ce n’est pas un jour d’adieux.

Une lectrice à ma porte :
J’entends son rire joyeux,
La poésie n’est point morte.

Cochonfucius

Petite leçon d'Europe avec Jean Gabin


Extrait du film Le Président, réalisé par Henri Verneuil, sorti en 1961 et tiré du roman éponyme de Georges Simenon. Jean Gabin incarne le rôle d'Émile Beaufort, ancien Président du Conseil des Ministres qui consacre une partie de son temps à l'écriture de ses mémoires. Même s'il est retiré du jeu politique, il n'en garde pas moins un regard attentif à l'actualité des affaires nationales. Nous sommes alors sous le IVe République finissante. La scène du film montre le dernier discours du Président devant l'Assemblée Nationale. C'est pour lui l'occasion d'exprimer sa pensée. L'intérêt de cet extrait réside dans son actualité et l'on sait que la réalité dépasse toujours la fiction.

Vraie fortune

Toile d'Andrew Gonzales

Connais-tu quelqu'un qui te dise : « Ce m'est bon
Que tu existes ! En vérité, c'est sublime !
Dans ce monde, sans toi je ne suis qu'un vagabond,
Rien n'a de sens, je suis au bord de l'abîme. » ?

Y a-t-il quelqu'un qui t'ait déjà baisé les pieds ?
Quelqu'un dont le regard et la présence t'honore ?
C'est peut-être joliment dit sur le papier,
Mais de le vivre pour de vrai, rien n'est plus fort !

Si tu rencontres une telle personne dans ta vie,
Si tu croises son chemin et que tu en dévies,
Alors tu n'auras droit qu'à la portion commune

Et tu finiras dans les solderies du cœur,
La fatigue de la chair, le défaut et la peur.
L'amour est à jamais l'unique et vraie fortune.

ML, Le chemin des étoiles

Tempête

Blason de Saintes-Marie-de-la-Mer
(Bouches-du-Rhône, Provence)

Dans une mer sans nom, tous les deux, ils sont pris.
La mer agitée, démontée, irréfléchie
Gronde. Ils se voient encore mais savent qu'ils
Ne contrôlent plus rien. Trouveront-ils une île ?

Peut-être sera-t-elle fracassée sur un
Rocher et lui, à force de lutter pour rien,
Il finira par perdre ses dernières forces.
Ils se regardent, implorent le grand vent féroce

De les épargner, mais il reste sourd, peu lui
Importe le devenir de ces deux-là si
Imprudents. «Mais pourquoi luttent-ils tant ? je ne vois

Pas cette force qui les anime et je ne
Parviens pas à la vaincre ! Allez je ne peux
Plus attendre, j'envoie la vague, oh ! où sont-ils ?»

Questions

Painting by Dan Quintana

What have I done with
My life since I came back from
The silent Sheol ?

Have I been righteous ? Did
I deserve a second chance ?

Esther Ling

Harbour


We sail to nowhere,
Our destination is
The pure nothingness.

We will vanish in the mist
At the harbour of the rest.

Esther Ling

samedi 29 août 2015

Que cherches-tu, surfer ?


Surfer, cherches-tu l'idée en vogue du moment ?
T'inquiètes-tu d'être à jour des tendances actuelles ?
Rester dans la course, malgré son rythme dément,
Pour ne vivre que des expériences virtuelles...

Tu sais tout cela, tu connais bien la question ;
Mais que faire ? Tu as tiré une ligne moyenne,
Une conduite au plus près de tes propres options,
Dans le fond, content d'avoir au moins le dixième

De ce que tu t'étais promis en d'autres temps,
Toujours menacé d'être gros-jean comme devant
Car c'est un drôle de carillon qui sonne les heures ;

Les aiguilles ne tournent plus de la même façon
Ni les ding dong ne produisent le même son.
Sais-tu réellement ce que tu cherches, surfer ?

Le spectre à trois faces
Composé avec Marc le Blasonneux, pas blasé

Prêtre-veau

Blason d'Ochsenhausen (Allemagne, Bade-Wurtemberg)

Un veau mélancolique a reçu la prêtrise,
Il regarde le monde avec sévérité,
Entretient chaque jour la fleur de sainteté
Et se montre, pensif, au seuil de son église.

La prière est exacte en sa tête, et précise ;
Le taux de pénitence est fort bien arrêté,
Le fruit du séminaire, il ne l’a point gâté,
C’est un vaillant curé, Messieurs, qu’on se le dise.

Au bord d’un petit pré, sa mère est attachée,
De se rendre à la messe, elle est bien empêchée,
Les bestiaux n’y vont point, cela n’est pas nouveau.

Quand du prêtre sera la carrière finie,
Tous les anges viendront, dans leur douce harmonie,
Pour emporter son âme au paradis des veaux.

Cochonfucius

Ramure de poisson

Blason du village d'Inari (Finlande, Province de Laponie)

Vêtu de ses écailles nues,
S’avance le calme poisson ;
Pour lui, j’ai fait cette chanson,
Pour cette figure inconnue.

Il nage dans un lac obscur,
Couronné de bois gigantesques ;
Grands comme ceux du cerf, ou presque,
Du cerf qui danse dans l’azur.

Célébrons ce poisson tranquille
Qui barbote dans les lointains ;
Où donc, je n’en suis pas certain,
Mais c’est très loin de notre ville.

Cochonfucius

Chaînon manquant

Toile de Bente Schlick (artiste allemande)

Parmi les milliers de mots que je t'ai écrits,
Je réalise qu'il n'en est pas un seul qui dise
Le début, pas un seul digne d'être inscrit
Sur un fronton, de donner envie qu'on le relise.

Pourquoi donc ai-je besoin de commettre des mots
Qui noircissent les pages blanches sans combler leur vide ?
Je cherche le mot ultime qui guérisse tous mes maux
Et que je brandirai face au temps qui m'évide.

Je cherche le mot sublime que je répéterai
Les jours de solitude et qui me garderait
Quand soufflent les vents ténébreux de l'Infernale.

En mon cœur, je sais bien quel est le chaînon
Manquant, car à chaque fois que je prononce ton nom,
Il est là, je sens sa présence subliminale.

Genesis - Foxtrot - Supper's Ready (1972)


Supper's ready est une suite composée de sept parties, de l'album Foxtrot sorti en 1972. C'est l'un des morceaux majeurs et les plus intéressants du rock progressif de cette période florissante des annés 70. Peter Gabriel (chant) et ses compagnons y expriment, à un haut niveau, autant pour la composition musicale que pour les paroles, la façon dont ils abordent les sujets d'inspiration bibliques et mythologiques. Les différents thèmes s'inscrivent dans le court moment de l'étreinte de deux amants et retracent, en quelque sorte, une histoire de l'humanité jusqu'à l'Apocalypse. Supper's ready est entré dans les classiques du rock progressif et c'est véritablement avec l'album Foxtrot que Génésis s'est imposé comme un groupe incontournable dans ce domaine musical.

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vendredi 28 août 2015

Maman !

Toile d'un artiste français inconnu du 19e siècle

Ce soir, je pense à toutes les femmes, de par le monde,
Qui se battent pour leurs principes et leur dignité.
Les droits s'abîment quand l'iniquité abonde
Et ce sont toujours les mêmes, sans ambiguïté,

Qui payent le plus lourd et cruel tribut : les femmes.
Pourtant, ne sont-ce pas elles qui enfantent les bourreaux ?
N'était-il pas un petit garçon, cet infâme
Qui outrage sa mère en se prenant pour un héros ?

Ce violeur ? Ce brûleur d'enfants ? Ce démon ?
Je m'interroge : que s'est-il passé en amont ?
Qu'est-ce qui fait qu'un gentil petit garçon devienne

Un tueur sans pitié ? Un assassin dément ?
Ne l'entendez-vous pas encore crier « Maman ! » ?
Et plus tard, cette giclure traite les femmes comme des chiennes...

Le spectre à trois faces
Où sont les causes réelles ?
(Toile de Megan)

Fighter


Dad taught me to fight,
Not to be a diplomat.
I am fierce and tough.

Battlefields taught me the
Price of life and of silence.

Esther Ling

Acropole métallique

Armes d'Estepona
(Andalousie, Province de Malaga, Espagne)

Sur la tour d’or s’agite une étoffe d’argent :
Une salutation pour la nef d’or qui passe.
Le roc est découvert par une marée basse,
Un ciel d’azur bénit les bêtes et les gens.

Sur le mont de sinople, un moine va songeant
Aux marins qui d’aller sur les mers ont l’audace,
Et jamais ne voudrait se trouver à leur place,
Préférant de l’abbé le régime indulgent.

Sur un long parchemin, il s’efforce d’écrire
La beauté de ces lieux, tout ce qu’il peut en dire,
Préférant une image à de beaux arguments.

Moine, charge de vers les pages de ton livre,
Dis-nous ce qu’en ton temps tu as pu voir et vivre,
Sans craindre de bâtir un vaste monument.

Cochonfucius

Forteresse d'acier

Grandes armes de Mijas
(Andalousie, Province de Malaga, Espagne)

La tour se dresse, solitaire,
Entre les arbres, sur un mont ;
Or, qui s’y cache ? Un vieux démon ?

Un moine, un scribe, un militaire ?
Nul bruit, dans cette sombre tour,
Car nul n’y parle, et nul n’y chante :
Ce n’est qu’une ruine que hante
Le spectre d’un mandarin sourd.

J’y vais, le soir, avec deux coupes
Et du bon vin, dans un carton :
Ensemble, nous nous éclatons,
Autant qu’une joyeuse troupe.

Cochonfucius

À la fin

Toile de Vladimir Kush

                                     Il arrive qu’à la fin
                                     le charme d’un visage
                                     ne soit qu’une grimace fardée
                                     comme l’agrément d’un regard
                                     son vide dissimulé.

                                     Il arrive qu’à la fin
                                     le cours de la vie ne soit que jeu de scène
                                     en temps réel.

                                     L’automne est un printemps écorché ;
                                     le baume s’y fait saveur
                                     et la sève se répand en jus.

                                     Mais il arrive qu’à la fin
                                     une fleur donnant toujours du miel
                                     n’offre aussi qu’un fruit amer.

                                     Une page se tourne telle une feuille qui tombe.
                                     Lire c’est moissonner et labourer aussitôt.
                                     Les mots ont-ils eu le temps de dire ?

                                     Il arrive qu’à la fin
                                     un mot se tienne sur une feuille en gardien
                                     comme une sentinelle au crépuscule ;
                                     à moins qu’il n’y repose déjà
                                     tel un gisant sur un sens défunt.

                                     A la fin tout arrive.