vendredi 31 juillet 2015

Magma - Köhntarkösz, Pt. II

Considérations plumitives

Peinture d'Antonio Tamburro  

L'écriture est une véritable obsession !  
Tandis que de bon matin déjà je m'apprête,  
Et que devant la glace je me pose des questions,  
J'y vois danser des lettres qui me jouent trompette.  

Le spectre me souffle un mot ; surgit la louve
Qui m'en glisse un autre, puis l'amante par-dessus,  
Qui bientôt investit le château jusqu'aux douves ;  
Et flûte ! Il me faut aller faire les courses en sus !

 Aurons-nous au déjeuner un sonnet poivré  
Qui laissera sans doute plus d'un lecteur navré ?  
Ou alors, un sonnet plus léger qui conte fleurette ?  

À moins de quelque composition blasonnée ?  
Mes idées dansent, je suis complètement sonnée !  
Je n'ai pourtant point trop forcé sur la buvette...

Le spectre à trois faces
Infus et confus

Héraldique parallèle : d'or, d'argent et de carnation

Peinture d'Andrius Kovelinas

À Marie-Louise

D'or montre mon côté lumineux ou du moins
Le meilleur possible en ma présence au monde ;
D'argent symbolise de ma nature les recoins
Obscurs ou non émergés et les eaux profondes

De ma psyché dont les sourdes ramifications
S'étendent à l'inconscient collectif et au code
Génétique ; pas toujours facile comme équation !
Pour s'employer, on ne trouve pas toujours le mode.

De carnation montre ce que je suis vraiment
Et dont je dois dire que ça m'échappe très souvent ;
Rares ceux qui connaissent mon véritable visage ;

Ce n'est point utile ; qu'en ferait-on d'ailleurs ?
Le monde est ingrat ; je garde de moi le meilleur
Et ne l'offre qu'à mes amis loyaux et sages.

Le spectre à trois faces
La meilleure pour la fin

À Marie-Louise

Peinture de Michael Cheval

     Si les jours semblent se ressembler, avec cette impression de gâcher son temps dans la routine d'une vie répétitive, n'offrant ci et là qu'un peu de relief, de carton-pâte bien souvent, très vite estompé d'ailleurs, ou encore, des moments épicés qui tiennent peu dans la durée, car, comme tu l'écris, la vie triviale et les effets réducteurs de la vie mondaine, par ses contraintes, ses vicissitudes et, plus que tout, le jeu permanent des miroirs aux alouettes et la duperie personnelle et mutuelle, communément partagée, généralisée donc (et souvent inconsciente) insinuent la pesanteur, au sens le plus plombant de ce terme, c'est non pas pour nous acculer dans une impasse où l'on tournerait en rond pour creuser finalement la fosse du vide, mais pour nous rappeler à la première et pleine valeur de l'instant. Que la vraie vie s'y trouve tout entière et transcende ce que nous appelons les circonstances, c'est-à-dire sans en être conditionnée ni sans y être circonscrite. Sans détermination absolue donc. Repense à ce qu'écrit Marc Aurèle et dont tu as fait ton viatique. Repense aussi au film Un jour sans fin où, à force de revivre tout le temps la même journée, le journaliste, blasé de tout et absent au monde, intégralement égocentrique, prend peu à peu conscience de son environnement ; mais surtout, il commence à réaliser l'existence des autres, leur réalité intrinsèque. Et au lieu d'aborder chaque matin le déjà vu sans y prêter aucune attention, il entre dans le vif de chaque instant et y trouve des petits cailloux blancs. Sa vie prend de l'intensité, justement à travers ces petits riens coutumiers et apparemment banals auxquels il n'avait jamais prêté aucune attention particulière. 

jeudi 30 juillet 2015

Reconsidérations œnologiques


Drôle d'idée d'appeler un vin Cuisse de Bergère !
Et pourtant, à y regarder d'un peu plus près,
La chose ne fut pas décidée à la légère,
Car en promouvant ainsi les jolis apprêts

D'une bergère que l'on verrait plutôt en soubrette,
L'on veut suggérer que ce vin, plutôt léger
Et sans doute gouleyant, inspire des amourettes
Pastorales et ne prétend pas vous arranger

Votre portrait, que vous découvrez dans la glace
Le lendemain : d'idylle pas même la première trace,
Mais une sacrée gueule de bois de tous les enfers !

Si la cuisse d'un vin désigne sa consistance,
Celle de la bergère est peut-être d'inconstance,
Allez savoir ! À votre santé, tant qu'à faire.

Le spectre à trois faces
Ni gueule ni langue de bois

Hommage à une guerrière


Jeanne dite la Pucelle n'avait pas la cuisse légère,
Même si elle ne dédaignait pas, à l'occasion,
Boire un bon godet de vin, en digne bergère ;
Bouter les Goddons hors de France fut sa passion

Elle le paya de sa vie, c'est ce qu'on rapporte ;
Là-dessus, les historiens ne sont pas d'accord
Car cela se serait passé d'une autre sorte ;
L'on aurait brûlé à sa place un autre corps.

Lors, pour faire l'autopsie, on peut toujours courir,
Et aucun témoin n'a oublié de mourir !
Peu importe, Jeanne fut vaillante et noble guerrière ;

Je lève mon verre à sa mémoire et à sa fâme ;
J'honore la Pucelle mais j'admire aussi la femme
Qui, c'est sûr, n'avait pas une âme de chambrière.

Le spectre à trois faces
Noblesse oblige

Soleil austral

Image du blog Herald Dick Magazine

Je suis le fier soleil, habitant du ciel bleu ;
Je m’y installe aussi lorsqu’il est nébuleux,
Et même dans la pluie (on dit que c’est étrange,
Mais c’est ce qu’aiment bien mes compagnons, les anges).

J’éclaire, devant eux, la voie des empereurs,
Le chemin des flâneurs, les bœufs des laboureurs,
J’interviens dans le conte et dans la parabole,
Sur drapeaux et blasons, je suis un vrai symbole.

Tous aiment mon trajet, lentement déroulé,
Mon regard rayonnant, mon corps immaculé,
Mon rôle en l’univers, qui est celui d’un Maître
(Mais je fais bien semblant d’obéir à vos prêtres !)

Cochonfucius

Aigles de jadis et naguère

Image du blog Herald Dick Magazine

D’aigle héraldique, honorable est la vie,
On se confie à notre entendement,
On nous respecte aussi, profondément,
Bien des oiseaux nous portent de l’envie.

De prédateur, reine n’est poursuivie ;
Sa Majesté s’épargne les tourments
Dont d’autres gens sont taxés lourdement,
Par l’adversaire, ou la foule ennemie.

D’aigle ou de reine un statut l’on acquiert
Si le destin, par chance, le requiert ;
N’en rien avoir n’entraîne pas de blâme.

Aigle serais, si tu l’eusses daigné ;
Ton caractère était plus résigné,
C’est d’un moineau que tu arbores l’âme.

Cochonfucius

Femme Bélier

Peinture de Sarah Joncas

Derrière mes airs de démone, j'incarne le bélier,
L'attribut de Belinus, dieu de la lumière
Chez les Celtes, auxquels je suis par nature liée ;
S'éclairer soi-même, telle est la vertu première.

Cela passe par le sacrifice de l'animal
En soi, c'est-à-dire la conversion des plus basses
Pulsions en forces capables de vaincre le mal ;
De cela, bien des écrits ont laissé la trace ;

L'histoire d'Abraham ne raconte pas autre chose ;
Se défausser sur autrui n'est jamais bonne cause ;
Chacun est responsable de sa propre vie.

Je suis femme Bélier, de feu sacré et d'orage ;
Je défonce les portes, de colère et non de rage.
Ma ligne est droite et jamais je n'en dévie.

Le spectre à trois faces

Duo-monologue

Peinture de Sophie Wilkins

Beaucoup s'imaginent fort avoir de la hauteur
Dans leur conversation en duo-monologue,
Pilotant à vue leur cerveau navigateur
Et s'échangeant les pensées d'un même catalogue.

Certains ont une grosse mémoire, mais de poisson rouge,
Se souvenant de tout, mais sans pouvoir lier
Les éléments entre-eux ; dans leur tête, tout bouge
Sans cesse et déraille, faute d'être bien aiguillé.

L'on se regarde sans se voir, autant l'on s'écoute
Sans s'entendre ; de la mer l'on ne voit qu'une goutte,
Mais, quand la tête déborde, s'y noyant volontiers.

Le moi-je et le toi-tu tricotent un voilage
Qui recouvre la volière aux idées volages.
Ce que verse la bouche n'est pas eau de bénitier.
 
Le spectre à trois faces
Portraitiste du vide

Ego Label

Peinture de Vincent Cacciotti

Certaines personnes gagnent à n'être pas connues ;
Il en est de sulfureuses et même de toxiques ;
D'autres sont bizarres, fantasques ou biscornues ;
Pour en dresser la liste, il faut tout un lexique !

Mais les pires d'entre les plus mauvaises, et de loin,
Ce sont celles dont le vide vous fait mourir d'ennui ;
Je désigne par là toutes celles qui n'ont de soin
Que pour leur petit ego, qui se fichent d'autrui

Ou n'en ayant qu'une approche plus intéressée
Que vraiment curieuse, ne se montrant empressées
Que si les choses vont dans le sens qu'elles escomptent.

Avec elles, tout tombe à plat, même les montagnes ;
Partager leur vie doit relever du bagne ;
Plus d'un s'est sauvé en ayant fait le décompte.

Le spectre à trois faces
Portraitiste du vide

Héraldique parallèle : croisée de gueules et de sinople


Par un beau matin que le soleil illumine,
Une cycliste de sinople s'en va faire ses courses ;
Le placard est vide, la maison crie famine ;
Mais les prix sont chers, il faut tirer sur la bourse.

S'en vient en sens inverse une autre ménagère,
De gueules celle-ci, mais d'humeur plutôt assassine ;
On raconte dans le quartier que c'est une mégère ;
Croisant l'autre, elle lance : « Tiens, voilà Bécassine ! » 

L'outragée hausse les épaules, poursuivant sa route,
Se disant que tout bien réfléchi et somme toute,
Mieux valait être une Bécassine qu'une Gorgone.

– Moi, femme de sinople, si je me mêle de gueules,
Je vire au jaune acide ; elle me prend pour une veule ;
Plutôt pas stupide, ni du genre à faire des tonnes !

Moralité : chacun ses couleurs et les courses seront bien faites.

Le spectre à trois faces
Héraldique parallèle

Aube

Peinture d'Alex Alemany

L’aube m’éveille
D’une bise sur la joue.
Ma flûte chante.

L’infini marin m’appelle,
Je vogue vers ta douceur.

Esther Ling

mercredi 29 juillet 2015

Guerrière bardique

Peinture d'Andrius Kovelinas

Même si elle s'en cache et s'en défend, c'est une guerrière
Dans l'âme autant que dans la vie ; d'elle, j'ai appris
Bien des ficelles, genre : comment garder ses arrières,
L'art rapide de neutraliser les malappris,

Se fondre dans le décor, voir ce qui échappe
Au commun, entendre ce que n'entendent les sourds,
Décoder les gestes, repérer les mots chausse-trappe,
Avoir une langue taillée, un regard sans détours...

Je n'en fais pas ici toute la nomenclature
Car à ses yeux, tout cela n'est que confiture ;
Là, elle me gronde d'écrire cela mais je m'en fous !

Sa vraie passion de toujours, c'est la harpe celtique ;
Quand elle en joue, l'on voyage en pays bardique ;
Elle chante que le monde d'en bas n'est qu'une nef de fous.

Le spectre à trois faces
Sur une nef de fous

Considérations œnologiques


Je ne suis pas vraiment disciple d'Épicure,
Mais j'aime goûter au bon vin qui réjouit le cœur ;
La douceur angevine se prête à pareille cure ;
J'ai pour me veiller bonne compagne et vraie sœur.

Du vin, je regarde d'abord la robe : sa couleur,
Sa teinte, son intensité, sa limpidité ;
Ensuite, je flaire son nez, c'est-à-dire son odeur ;
Son arôme est-il floral, végétal, boisé ?

Après la phase dite olfactive, c'est à la bouche
De juger s'il est plutôt gras ou astringent,
C'est-à-dire tannique ou moelleux, et si les touches
Sont persistantes dans le palais. Voilà, braves gens,

Comment je procède, avant la première bouteille
(Pardon, le premier verre). Maintenant, n'allez pas
Croire que je suis une coutumière du jus de treille ;
Comme la plupart, je n'en bois que lors des repas

Ou, à la rigueur, de quelque occasion festive,
Mais seulement en cercle restreint et fermé ;
Avec mes amis, je suis beaucoup moins rétive ;
Ils pourraient, si nécessaire, vous le confirmer.

Le spectre à trois faces
In vino veritas

Ancre d'or, livre d'argent

Image du blog Herald Dick Magazine

L’ancre d’or est posée sur une verte plaine,
Et le livre d’argent est jeté là, tout près ;
On y lit le destin des nains de la forêt,
Ainsi que la chanson des ondines de Seine.

Je reste à bouquiner, sans fatigue et sans peine,
On m’apporte du vin que j’avale d’un trait ;
Au livre sont aussi quelques jolis portraits
De dames de la cour et de charmantes reines.

Auprès de la plus noble est placé un sonneur
De biniou qu’accompagne (et ce lui est honneur)
Une harpiste fine, avenante et fort belle.

Mais la plus belle image aussi, le savez-vous,
Est la contribution d’un illustrateur fou
Qui de gueules et d’or montre une fleur nouvelle.

Cochonfucius

Carte postale exotique

Image du blog Herald Dick Magazine

J’écris ces quelques mots, du pays des flamants,
Je les vois ramasser des coquillages blancs ;
Pendant leur temps de pause, ils font le pied de grue,
Cessant de travailler de leur bec en charrue.

Ici plein de bestiaux curieux, qui ne font rien,
On n’est pas sûr d’y voir des animaux terriens,
On ne sait pas toujours où se trouve leur bouche
(Ou alors, il faudrait leur offrir une mouche).

Le plus charmant d’entre eux, un oiseau campagnard
Avec un corps de dinde et un bec de canard.

Cochonfucius

Héraldique parallèle : de gueules et d'argent

Peinture d'Antonio Tamburro  

Le rouge serait, dit-on, une couleur érotique,
Censée réveiller l'humeur et l'ardeur taurique ;
On met de l'huile sur le feu avec des bas noirs ;
Les talons aiguille complètent cette tenue du soir.

Tout cela est bel et bon mais un peu basique ;
D'une partition écrite on connaît la musique ;
Il n'y a rien de nouveau sous le soleil des hommes,
Si peu ou pas grand-chose si on en fait la somme.

Mais porter du rouge n'est pas comme porter de gueules ;
Tout est dans le concept, c'est question de niveau ;
Car entre la tuile faîtière et le caniveau,

Il y autant place pour l'hystérique que pour la bégueule.
De gueules, par contre, est d'une toute autre maison ;
Les bas d'argent annoncent bien meilleure venaison :-)

Le spectre à trois faces
Héraldique parallèle

Héraldique parallèle : gironné de gueules et de sable


La roue tourne pour tous, selon la loi des cycles ;
Le matin tu te lèves et le soir tu te couches ;
Ce jour ne fut-il sur ta page qu'un article,
Le début d'un chapitre ou une chiure de mouche ?

Tu travailles, tu bois, tu manges puis tu élimines ;
Écris-tu ta légende ou bien rêves-tu ta vie ?
Quelles sont tes vraies valeurs ? Est-ce que tu t'examines ?
Qu'as-tu fait des instants que le temps te ravit ?

De gueules et de sable est d'amour et de tristesse ;
Le premier n'est qu'une illusion si tu l'abaisses
Aux seuls désirs qui ne nourrissent que ton ego ;

La deuxième en est l'avatar, la suite logique ;
Tu cours, pensant trouver quelque formule magique ;
La vraie clef est ailleurs ; cherche derrière les fagots...

Le spectre à trois faces
Héraldique parallèle

Échec et mat

Peinture de Michael Cheval

Si la vie semble n'être qu'un rêve prolongé
Dont nous sortons quand nous montons dans la barque
De Morphée, il en est qui aiment bien l'allonger,
Vivant dans ce monde comme dans un grand center park.

Beaucoup ne sont guère sortis de leur parc à cubes,
L'âge adulte n'étant qu'une sorte d'enfance prolongée,
Réservant au soir une croisière sur le Danube
Ou ailleurs, ne sachant plus trop à quoi songer.

 Pour d'autres, la vie n'est qu'une immense salle de jeu
Où il s'agit de tirer les marrons du feu,
Bluffant et dupant, certains, même, misant leur âme.

Chacun essaie de se placer sur l'échiquier,
N'hésitant pas à trahir son coéquipier
Quand une poire s'annonce plus juteuse. Tout pion se dame.

Le spectre à trois faces
Quand les chèques te matent
(Peinture d'Andrius Kovelinas)

mardi 28 juillet 2015

Ma druidesse


Elle m'a appris a être la femme que je suis ;
Avant, de la femme je n'avais que l'apparence ;
Tout y était, et l'allure et le corps qui suit ;
À part ça, il me manquait presque tout : l'essence !

J'étais un homme engoncé dans un corps de femme ;
La chose n'est pas si rare, je l'ai appris depuis ;
Toute femelle n'est pas féminine, c'est là le drame
Inconscient qui met bien des couples dans l'ennui.

Elle n'a rien fait, elle était juste à mes côtés,
M'écoutait, toujours présente, toujours souriante ;
Je me réconciliais, redevenais confiante.

J'étais dans la fosse, c'est elle qui m'a remontée ;
Chacun de ses mots eut sur moi l'effet d'un baume ;
C'est ma druidesse et je l'aime ; elle est mon royaume !

You


You are my summer,
You are the sun that warms me,
The star of my night.