samedi 28 février 2015

Enigma - Callas Went Away

En certains bars, sur le tard

Toile de Juan Perez

L'Amie, pardonne ma langue cavalière, 

(Tu sais que je n'ai pas l'âme grossière) 
Mais elle sied pour conter la vie triviale 
De ceux que mène la chose hormonale, 
Se donnant des airs de ne pas en avoir l'air 
Mais toujours en chasse et se croyant du flair. 

En certains bars, sur le tard, 
Où bien souvent traîne la tare, 
Il arrive qu'une femme se fasse aborder 
Par un nounours en basse bordée. 
Ce soir-là, bien qu'ayant bombé le torse, 
Il était tombé sur un os. 

Basilique de Piaf-Tonnerre

Composition de l'auteur

Sur un nuage blanc, plus haut que toute cime,
Est un clair sanctuaire, au modeste extérieur :
On n’y voit point d’abbé, ni même de prieur,
Mais parfois un farceur qui joue avec des rimes.

Le maître du nuage, ange sérénissime,
A loué Piaf-Tonnerre, excellent ingénieur,
De sa construction faite aux niveaux supérieurs :
Car un tel édifice est, c’est vrai, rarissime.

Le visitent surtout les animaux volants,
Rattrapant le nuage au parcours indolent ;
On leur sert un godet d’une liqueur sublime.

Tantôt les vents du sud et tantôt ceux du nord
Poussent l’installation dans le jour qui s’endort,
En survolant parfois les confins maritimes.
 

vendredi 27 février 2015

Mer inconnue


Mer allant de dextre à senestre,
Un lourd vaisseau sur chaque bord ;
En terrasse, un chêne aux glands d’or,
Mais aucun animal sylvestre.

Dextre porte un bélier d’argent,
Senestre un coq, au naturel ;
D’argent aussi, le vaste ciel,
La mer est d’un azur changeant.

Lorsque les glands tombent de l’arbre,
Les animaux en ont leur part :
Le bélier sur ses deux panards,
                                                     Le coq sur sa colonne en marbre.

                                                   Cochonfucius

Tout-à-l'ego



Je tiens pour qualités premières la discrétion  
Et l'élégance, qui ne sont d'aucune origine  
Ni couleur ; aussi, ma plus grande détestation,  
Que je ravale au même niveau que les latrines,   

Reste la vulgarité, avec au palmarès  
L'arrivisme et l'hypocrisie, deux grosses tares  
Auxquelles notre société éminemment niaise  
Déroule le tapis rouge. Certains jours, ça m'effare !  

La moitié de ce monde est à feu et à sang,  
Tandis que la seconde joue dans son parc à cubes ;  
Mais un seul mot d'ordre : - Vas-y que je t'entube !  

L'on ne se préoccupe que du marché croissant ;  
Le tout-à-l'ego étale son insignifiance ;  
Sait-on bien encore à qui donner sa confiance ?  

Illustration d'en-tête : blasons de la vanité, de l'égotisme et de la versatilité  
(compositions MS)

jeudi 26 février 2015

Mots


Les mots sont des maux
Que l’on pare d’oripeaux
Pour les rendre beaux.

Ils fleurissent à l’aube
Des longues nuits sans sommeil.

Esther

De sinople à un paon d'argent

Composition de l'auteur

Voici le paon d’argent, cherchant amours nouvelles
Auprès de la rivière aux étoiles d’azur.
Sur son fier cheval d’or, il longera le mur
Qui borde le jardin des compagnes fidèles ;

Il contera fleurette à quelques poules d’or
Que, peu sévèrement, surveille une chevrette ;
Les poules le suivront, parmi les pâquerettes,
Au travers du verger où plus d’un arbre dort.

C’est le début du conte ; après, ça devient flou ;
Peut-être un loup de sable, en sortant des broussailles
Voudra-t-il pourchasser l’innocente volaille.
Une voix l’avertit : « Méfie-toi du paon, loup ! »
 

Prunelle de mes yeux

Toile d'Elisabeth Sonrel (1874-1953)  
L'Amie, la fontaine de tes mots est si profuse  
Qu'ils m'emplissent et pourtant, j'en redemande toujours !  
Le matin, il me tarde de lire ce que la Muse  
A soufflé à ton âme qui souvent veille jusqu'au petit jour.  
Pour te dire vrai, je ne fais plus la différence  
Entre ta manière la plus courante de parler  
Et ton écriture qui est comme la transparence  
De ta nature qui se laisse librement aller.  
Je crois bien, n'ayant rien au monde de plus précieux,  
Que c'est cela même qui m'attache à ta personne ;  
Je ne m'en cache point, nul ici ne s'en étonne.  
Je tiens à toi comme à la prunelle de mes yeux ;  
Tu fais mon élégie, je te rends la pareille ;  
De ce jardin tu es la fleur, j'en suis l'abeille :-) 

Remerciements

Bonjour,

J'accepte volontiers l'invitation de Monsieur Sinniger.  Je le remercie pour l'opportunité qu'il me donne de pouvoir partager et communiquer grâce à mes écrits et mes peintures.  Deux passions qui s'épanouissent pour mon plus grand plaisir.  Je suis autodidacte.

Je tiens à vous saluer toutes et tous.  Je remercie d'avance les personnes qui prendront le temps de  lire ou de regarder ainsi que celles et ceux qui auront la gentillesse de m'adresser un commentaire. Je ne crains pas les critiques.  Je les considère comme des tremplins ! N'hésitez donc pas.

Merci Monsieur Sinniger pour le recueil que vous aller ouvrir à mon nom.  Je vous ai dit que grâce à vous, j'avais trouvé mon père, mon maître en peinture.  J'ai retrouvé en Monsieur Grégory Frank Harris l'inspiration qui m'anime.  Si cela vous est possible, je propose que la photo ci-jointe soit celle qui illustrera le recueil.

Il me reste à créer et à partager.

Bien amicalement,

Nicole De Bodt

mercredi 25 février 2015

Fantasme

 Toile d'Edward Armitage (British, 1817-1896), The Siren, 1888

Est-ce pour cela que beaucoup de marins boivent ?
Pour oublier la sirène aperçue un jour
Où la mer était d'huile et le moral concave ?
Pour éteindre le feu qui en eux brûle toujours ?

Est-ce pour un fantasme de terre et de liquide
Qu'un homme perd la boussole et saute par-dessus bord ?
Combien d'oasis qui cachent un désert aride ?
En toute chose, il faut se garder du bel abord ;

Tout ce qui brille n'est pas de l'or, dit le proverbe ;
Une langue trop cajoleuse devient bien vite acerbe ;
Mais on a beau faire, la leçon ne porte jamais !

Tout comme la soif d'argent est inextinguible,
L'ardent désir est souvent irrésistible ;
Sait-on bien toujours avec qui l'on se commet ?

Prises faciles

Toile de Michael Cheval

Marin, méfie-toi du chant de la belle sirène ;
Ce rocher qui lui sert de siège n'est qu'un écueil
Si tu l'abordes, conquis par le lascif accueil,
La dame du lieu, soudain, se transforme en murène !

Tes os blanchiront à force de sel et d'écume ;
Plus tard, l'on contera, dans les tavernes du port,
Comment tu rencontras ton destin d'amertume ;
Puis l'on boira pour conjurer semblable sort.

Les hommes sont souvent poissons de prise facile ;
Leur fausse assurance cache un intérieur fragile ;
Plus d'un a péri au large de ses sentiments.

Après la brise légère se profile la tempête ;
Les histoires d'amour ne finissent jamais en fête ;
Combien de mots doux ne sont que des boniments ?

Il pleut sur Londres


 Il pleut sur Londres ;
C'est parti pour la nuit.
Je vois les passants se fondre
Sous une mer de parapluies

Ici c'est tranquille ;
L'ambiance est intime ;
Dehors gronde la ville ;
Dedans le silence prime.

Assise à mes côtés,
Marie-Louise écrit ;
Entre deux mots notés
Parfois elle me sourit.

 


Elle dit : - Ma bonne Justine, compose-nous un sonnet ;
Je réponds : - C'est par tes mots que je le commence...
L'Amie, mon petit recueil n'est qu'un jardinet
Comparé à ton jardin ; j'implore ta clémence ;

Je ne suis ni poétesse ni femme de lettres :
Je m'embrouille dans les alexandrins dont je compte
Les syllabes et ne trouve plus de rimes à mettre
Quand j'en tiens le bon nombre ! Aussi suis-je prompte

À retourner à mes compositions libres
Qui me donnent déjà bien du mal, je m'en désole ;
J'avance par petits mots, je suis à bonne école ;

Car c'est bien là ce qui me plaît et délivre :
La poésie offre l'asile à toute parole,
Sans se soucier plus avant qu'elle soit sage ou folle. 

Jour de métro

 

Un jour de métro, je me suis fait bousculer
Sans même qu'on me demande pardon ou quelque chose
D'approchant ; j'ai dit sur un ton acidulé :
- Monsieur, votre grossièreté m'indispose !

L'incriminé me regarda d'un air bovin ;
Pas même un plissement sur sa face rubiconde ;
Il sentait l'alcool ; ce n'était qu'un sac-à-vin !
Il apparut que nous n'étions pas du même monde.

Je n'aime pas me mixer avec n'importe qui ;
Et ceux qui par bienpensance prétendent le contraire
N'ont qu'à s'y frotter ; cet exemple est requis,
De peur de perdre une occasion de se taire.

On trouvera que je taille mes mots et force le trait,
Je suis pourtant très loin d'être une femme impulsive
Et j'ai plutôt tendance à me mettre en retrait ;
Mais face à la bêtise, je ne reste point passive.

Elle éveille en moi ce que je voudrais pas ;
La colère fait ressortir mon côté félin ;
La vie dans ce bas monde est sans cesse un combat ;
C'est là que règnent la fripouille et le faquin.

Fleet Foxes - Blue Ridge Mountains

mardi 24 février 2015

L'on me croit fleur bleue mais on a tort bien sûr



Un jour, je me suis fait traiter de pouffiasse
Par une bouche rattachée à aucun cerveau ;
Je lui ai dit que je n'étais ni une pétasse
 Ni une génisse au milieu d'un troupeau de veaux.

Un jour, je me suis sentie déshabillée
Par un œil lubrique serti dans une face de brute ;
Je l'ai fixé intensément sans sourciller
Puis lui ai dit : - N'y pense même pas, tu me rebutes !

Fighting




I fight for women
Rights, equality, and
Against rape culture.

They call me a man hater.
Hate is not a woman’s word

Esther Ling

Réjouissance

Toile de Henry John Yeend King (1855-1924), Gathering flowers 

Ma bonne amie, il me tarde autant que toi   
De retrouver nos joyeuses gambades estivales ;   
Longer encore la Loire paresseuse qui chatoie   
Et cueillir des fleurs à s'en faire un festival !   

Mais plus encore, j'ai hâte de retrouver les jours   
Où ta douce compagnie m'est offerte sans partage ;   
Ici le travail prime, l'on se dit à peine bonjour ;   
Le temps qui se dérobe fait de nous ses otages.   

À peine arrivé-je à écrire deux trois lignes   
Qu'il faut vite m'en arracher et faire bonne figure ;   
Lors, ton poème me réjouit par son bon augure ;   

Bien plus qu'une promesse, il est pour moi le signe   
Annonciateur des belles heures de liesse et d'ivresse   
Que nous inspirera la muse enchanteresse.

La nature et ses merveilles

La nature et ses merveilles illustrées par huit chromolithographies de la Belle Époque : la cascade (Haute-Autriche), le fjord (Norvège), la neige (Alpes), le volcan (le Vésuve en Italie), les dunes (Sahara), le cap (Grande Bretagne), le pont naturel des Incas Pérou) et le soleil de minuit (Norvège).

Silence



Silence is a nest,
A cocoon lulled by the
Wind and its music.

The notes open the doors of
The long forgotten dreams.


Esther Ling 
 
 
 
Toile de Michael Cheval

Reste en place


Un dolmen, s’éveillant, soudain se montre agile :
Il extrait ses deux pieds de la profonde argile,
Promène autour de lui un farouche regard,
Calcule son élan, et s’enfuit à l’écart.

Il est bientôt rejoint par trois menhirs rebelles,
Sautillant à l’instar des joueurs de marelle ;
Fou qui s’opposerait à leur déplacement,
Sans doute, il périrait sous leur entassement.

Seule, une lourde stèle, immobile, impériale,
Conserve sa posture hautement mémoriale.
Une courte inscription suffit à l’entraver :
Trois mots de Confucius, qu’elle porte gravés.


Arbre-Temps

Composition de l'auteur

C’est un Tigre, pour l’un, qui son parcours amorce ;
Un Lièvre pour un autre est le gardien du seuil,
Un modeste Rongeur, un Dragon plein d’orgueil ;
Douze beaux Animaux à la diverse force.

Tigre et Dragon n’ont pas de quoi bomber le torse,
Les Douze ont égal soin du berceau, du cercueil,
Des plaisirs de la vie, du nécessaire deuil.
Ils vivent dans un Arbre à l’éclatante écorce,

Qui grandit, loin de nous, sous un noir firmament ;
Nous n’avons pas accès à ce compartiment
De la réalité, ou alors, dans nos rêves.

À cette obscure voûte, un astre sombre luit :
De sa noire lumière enténébrant la nuit,
Il porte un joli nom : « Soleil de la Vie Brève ». 

De gueules à un crocodile d'or

Composition de l'auteur

Sous la forte chaleur, le ciel ondoie,
Loin de la savane et de ses troupeaux,
Sur la rouge enseigne du grand tripot,
À un crocodile d’or, qui blondoie.

On ne le voit pas versant des sanglots,
Ni tel un plongeur qui dans l’eau s’enfonce ;
Bestiole héraldique à manger renonce,
Ainsi qu’à la douce fraîcheur des flots.

Mais ça lui va bien, ce grand nonchaloir,
L’immobilité d’une armure lisse,
Heureux qu’à côté de lui s’établisse
Messire pluvian, son faire-valoir.

lundi 23 février 2015

Sic Fugit Tempus

Toile de Franz Dvorak (Austrian, 1862-1927), In Contemplation

Naissance dans un flot de douleurs et de joies
Découverte du vaste univers, premiers pas, premières dents,
Les premiers sourires, les premières peines
Et déjà l’école, les premiers amis, les punitions
Grandir, tout va plus vite, déjà les premiers émois
Les amis commencent à disparaître emporter par le flot de la vie,
Toujours plus vite, comme aspiré par le grand vide final,
Vous voilà parent à votre tour, travailler, élever ses enfants,
Tenter de leur assurer un avenir, vos enfants partent à leur tour,
Vous êtes, comme au début, seul avec l’être aimé.
Et soudain vous êtes là au bord du grand vide,
Vous vous retournez, vous regardez le chemin parcouru,
Des lumières l’illuminent : vos joies, vos bonheurs
Que vous n’avez pas toujours su reconnaître
Les zones d’ombres: vos peines, le mal que vous avez fait
Sans même parfois vous en rendre compte.
Vous vous dîtes “Qu’ai je fait ?”
Mais il est trop tard déjà le gouffre vous happe.

Esther Ling

Sagesse des mythes

 Toile de William Stott of Oldham (British 1857-1900), Queen Iseult, 1891 

Les mythes de l'antiquité sont les métaphores
Des tourmentes intérieures de tout être humain ;
- L'Amie, verse moi un peu du vin de cette amphore ;
J'ai le cœur à pleurer ; ça ira mieux demain.

- Aller de Circé chez Bacchus n'est point sagesse ;
Ce serait comme passer de Charybde en Scylla !
Lors, à emplir la coupe avec trop de largesse
Ne conduit qu'à l'euphorie, jamais au-delà.

- Tu parles d'or ! J'ai vu bien des hommes en dérive
Finir leurs jours dans la taverne d'un port obscur,
Rêvant du grand large sans jamais quitter la rive
Et dont l’œil vitreux ne reflétait plus l'azur.

- Sur la mer des émotions vogue plus d'un navire
Aux cales trop chargées de marchandises frelatées ;
Une tempête survient et le voilà qui chavire !
Pas un seul jour sans un naufrage à relater !

- C'est dans les eaux troubles que surgissent les pirates ;
Dans leurs yeux dilatés on lit : - Pas de quartier !
Bien souvent, ce qui s'annonce comme une belle régate
Court un destin d'où l'on ne revient pas entier.

- Lors, il convient de naviguer avec prudence :
Bon équipage, cartes marines, boussole et sextant
Gardent de bien des errements où l'existence
S'expose, faute d'avoir pris les bonnes mesures à temps.

Les contes des anciens mythes sont des clefs de lecture ;
Chacun porte en soi sa propre géographie.
Les enfants, la vie peut être une grande aventure ;
Elle mérite d'être écrite en belle calligraphie.

ML & MS

Sagesse d'Homère

Toile de John William-Waterhouse, Circé

C'est d'avoir défié les dieux que le roi d'Ithaque
Fut condamné par Poséidon à l'odyssée ;
Il ne verra pas grandir son fils Andromaque
Ni ne retrouvera sa Pénélope délaissée.

L'errance du guerrier que chanta le sage Homère
Conte en vrai le périple que doit affronter
Tout homme se prenant à poursuivre la chimère ;
Mais Ulysse ne se laissa jamais démonter ;

Le filtre que lui fit boire la perfide Circé
Pour le transformer en bête docile et soumise
N'eut sur lui aucun effet grâce au caducée,
Une défaite que la déesse n'a jamais admise.

La belle Calypso n'eut pas davantage d'effet
Sur sa décision de retrouver son royaume ;
Une vie d'immortel lui sembla un pâle reflet
De ce qu'est le véritable destin d'un homme.

L'amour d'une divine ne flatte que la vanité ;
Le plaisir dépourvu de la moindre tendresse
Retient le corps et les sens en captivité,
Mais l'âme se meurt en cette terre de sécheresse.

Le parfum de telle fleur attire le butineur ;
Las ! le voilà gobé par la plante carnivore,
Perdant ainsi sa vie autant que son honneur ;
Il a cru se nourrir et c'est lui qu'on dévore !

Bien des mortelles se tiennent de semblable façon,
Dont la beauté n'est souvent que l'étui du vide,
N'ayant appris de la vie que deux trois leçons
Futiles qu'elles répéteront jusqu'aux premières rides.

Nous autres ne sommes ni des héros ni des dieux ;
Se comporter rien qu'en hommes est déjà énorme ;
Compagnons, venez, embarquons et disons adieu
À ces statues creuses qui n'ont du réel que la forme.

Toile de Wright Barker (British, 1863-1941) – Circé,1889