lundi 21 décembre 2015

J'étais le chien*

Alberto Giacometti, Le chien, 1951

Les oreilles baissées, la truffe au ras du sol
Un chien solitaire erre dans les rues désertes
A la canicule on vient de donner l’alerte
L’eau commence à manquer au berger espagnol

Il lui faut boire ne serait-ce qu’un seul bol
Où alors le frêle animal court à sa perte
La porte d’un jardin est restée entre-ouverte
Il entre mais de suite on le tient par le col

Une main épaisse, recouverte de terre
« Que fais-tu là? » demande son propriétaire
L’intrus pousse alors un gémissement plaintif

Pris de pitié, le sculpteur le prend sous son aile
Il lui servira par la suite de modèle
Pour un auto-portrait très représentatif

Vincent

*J’ai seulement inventé les circonstances de la sculpture.

« Le chien en bronze, de Giacometti est admirable. Il était encore plus beau quand son étrange matière : plâtre, ficelles ou étoupes mêlées, s’effilochait. La courbe, sans articulation marquée et pourtant sensible, de sa patte avant est si belle qu’elle décide à elle seule de la démarche en souplesse du chien. Car il flâne, en flairant, son museau allongé au ras du sol. Il est maigre.

Comme je m’étonne qu’il y ait un animal, — c’est le seul parmi ses figures : 

LUI. — C’est moi. Un jour je me suis vu dans la rue comme ça. J’étais le chien. » 

Jean Genet, In, « L’atelier d’Alberto Giacometti »

Henri Cartier-Bresson, Giacometti (1961)

6 commentaires:

  1. Ce brave chien a toujours suscité en moi une tendresse particulière.
    En plus de l'admiration pour l'oeuvre d'art évidemment.

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    1. Le commentaire de Jean Genet vaut le déplacement comme le reste de ses écrits d'ailleurs
      http://oceania55.canalblog.com/archives/2007/11/13/6874502.html

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  2. Par exemple

    " la solitude comme royauté secrète ".

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    1. " la solitude comme royauté secrète "

      Oui, c'est vrai. C'est très parlant même. Mais parfois le roi est nu...

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  3. Bravo Vincent. Le chien et la soif, une vielle histoire. Un jour, une prostituée mourant de soif dans un désert aborde un puits. Survient un pauvre chien plus assoiffé qu'elle. Il n'y a pas de seau pour puiser et le puits est profond. N'écoutant que son coeur, elle descend, remplit d'eau sa chaussure et abreuve son compagnon d'infortune. Lorsque la soif de celui-ci est étanchée, elle s'occupe enfin d'elle. On dit que cette femme vouée dès sa naissance à l'enfer, y a gagné son Paradis.
    Une autre histoire met en scène un maître qui, accompagné de son chien, se rend dans la ville voisine. Pour y parvenir, il doit traverser une étendue désertique. Au début du trajet, comme tout cabot qui se respecte, l'animal marche joyeusement une trentaine de mètres devant son maître. Au bout d'une heure, le chien n'a déjà plus la force de devancer le sage. Une heure plus tard, l'homme est devant et son compagnon est loin derrière. Soudain, surgit dans l'étendue désertique un arbre verdoyant et son ombre bienfaisante. Le chien revit et s'élance vers la fraîcheur. Bientôt, son maître le rattrape, mais au lieu de s'étendre sous l'arbre avec son compagnon, il continue sa route. Le chien n'en croit pas ses yeux, il s'interroge, gémit mais l'homme continue sa route. N'y tenant plus l'animal, malgré sa fatigue rejoint son maître. Celui-ci s'écrie alors :"si tous mes disciples étaient aussi fidèles que mon chien!" Puis, les deux amis retournent se reposer à l'ombre du feuillage.

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    1. Ton compliment me fait plaisir et je te remercie de me faire part de tes associations. Voilà des paraboles que n'auraient peut-être pas renié François d'Assise, mais je suis trop peu érudit dans ce domaine pour l'affirmer. Je te souhaite un joyeux Noël, fête que tu dois sans doute, cette fois, célébrer.

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