vendredi 11 décembre 2015

Lettre au poète

Peinture de George Richmond (1809-1896)

                 Je t’écris mes larmes, Apollinaire, 
                 Ces larmes qui jaillissent de mon écrin de nuit. 
                 Je t’écris par delà le temps imaginaire, ô mon ami incertain ! 
                 Je t’écris pour te dire 
                 Qu’il n’est pas de lumière que le jour n’efface 
                 Pour clore mes yeux à nos amours anciennes. 

                 Je marche à la lueur des ombres éplorées, 
                 Comme moi, 
                 De toutes leurs peines accumulées en des temps disparus. 
                 Toutes ces ombres m’accompagnent 
                 Et me tendent leurs mains 
                 À jamais suppliantes 
                 Qui réclament encore et encore mon étreinte. 

                Mon ami, je t’écris toutes mes larmes 
                Qui font un océan sans rivage. 

                Ô Apollinaire, poète oublié, 
                Moi je me souviens et réclame ma part 
                De ton génie morcelé.

                Je t’écris pour te dire 
                Ce que les mots ne sauraient dévoiler 
                Car mes larmes sont de mes yeux les ultimes paroles, 
                Seules capables de chanter 
                L’impressionnant silence de mon cœur mis à nu.

                Ne laisse pas, Apollinaire, 
                Ce vagabond des mots qui t’appelle par delà le passé, 
                Prête-lui un peu de tes paroles 
                Et vois sa détresse 
                Et le soutiens 
                Comme on soutien l’enfant qui marche 
                Ou le vieillard qui tombe.

2 commentaires:

  1. "Le roseau n’en finit pas et pleure, se réfugie en Ta Permanence
    Quel est donc cet instrument dans lequel joue le vent lancinant
    Quelle est donc cette mélancolie qui l’étreint continuellement?
    Que peut faire un roseau qui d’amour pleure?" (...)

    Naïla

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