samedi 19 décembre 2015

Le vol des âmes

Le vol de l'âme, peinture d'Anne-François-Louis Janmot (1814-1892)

L'Amie, l'autre nuit, j'ai rêvé de nos deux âmes ;
Elles flottaient, légères hors de leur corps d'albâtre ;
Nous étions tels des feux follets, dansantes flammes
En route vers leur demeure et un nouvel âtre.

Devant nous, l'horizon s'ouvrait à l'infini
Et libérait, éclatante, sa plus blanche lumière.
« C'est ici que tout commence et que tout finit
Car tout est accompli dès la naissance première. »

Tels furent les mots prononcés en nos deux regards
« Il n'est rien d'infime que le Tout n'emplisse d'égards ;
Souviens-toi : la forme est vide et le vide est forme. » *

Oui, l'Amie, la Porte des Étoiles est en nous ;
C'est là aussi que tout se noue et se dénoue.
Dans une brise sommeille un souffle et c'est énorme !

ML, Le chemin des étoiles

11 commentaires:

  1. "la forme est vide et le vide est forme",au secours Dame Marie-Louise, vous me rendez folle! Je ne comprends rien à cette phrase, à moins que le vide ne soit un état idéal pour créer du sens et de l'existence mais malheureusement je ne pense pas que ce soit le cas. Le vide m'apparaît comme redoutable, insupportable et source non pas de forme mais de souffrance, d'autant plus qu'il n'y a pas d'antidote au vide à part l'illusion. Sans cesse nous devons combattre les illusions.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Sans le vide, le neuf ne peut advenir. La Création est un fait constant. Il faut lui faire de la place en nous. Le vide redoutable et insupportable, source de souffrance, comme vous l'écrivez, c'est le trop plein de soi ; l'idée, aussi (illusoire justement) qu'une chose est chose-en-soi et de vouloir s'y agripper.

      Supprimer
    2. Qu'appelez-vous "trop plein de soi" Dame Marie-Louise?
      Le monde est un monde de choses, le langage nomme les choses qui deviennent alors idées mais on ne peut pas faire totalement abstraction des choses, c'est comme si vous disiez que nous pouvons nous désincarner.

      Supprimer
    3. Dame Pierrette, cette interprétation vous appartient. J'entends par « trop plein de soi » tout ce qui touche aux illusions de l'ego. Il ne s'agit pas de se désincarner, c'est tout le contraire. Être incarnée, c'est être dans le Réel. Or, tant que l'on s'identifie à un ego qui constituerait notre identité profonde et intrinsèque, l'on agit et réagit dans le monde sur la base d'une conscience réductrice car ramassée autour de cette identification exclusive. Puis-je, à cet effet, vous proposer la lecture de ce texte de Mathieu Ricard ? (Je le poste en plusieurs fois car le nombre de caractères est limité en un seul commentaire.)

      Supprimer
    4. « Dès ma première rencontre avec des sages de la tradition du Bouddhisme tibétain, j’ai été frappé par le fait qu’ils manifestaient d’une part une grande force intérieure, une bienveillance sans faille et une sagesse à toute épreuve, et d’autre part une complète absence du sentiment de l’importance de soi. J’ai moi-même observé à quel point l’identification à un « moi » qui siégerait au cœur de mon être est une source de vulnérabilité constante, et que la liberté intérieure qui naît d’un amenuisement de cette identification est une source de plénitude et de confiance sans égale.

      Comprendre la nature de l’ego et son mode de fonctionnement est donc d’une importance vitale si l’on souhaite se libérer des causes intérieures du mal-être et de la souffrance. L’idée de se dégager de l’emprise de l’ego peut nous laisser perplexe, sans doute parce que nous touchons à ce que nous croyons être notre identité fondamentale.

      Nous imaginons qu’au plus profond de nous-mêmes siège une entité durable qui confère une identité et une continuité à notre personne. Cela nous semble si évident que nous ne jugeons pas nécessaire d’examiner plus attentivement cette intuition. Pourtant, dès que l’on analyse sérieusement la nature du « moi », l’on s’aperçoit qu’il est impossible d’identifier une entité distincte qui puisse y correspondre. En fin de compte, il s’avère que l’ego n’est qu’un concept que nous associons au continuum d’expériences qu’est notre conscience.

      Supprimer
    5. Nous pourrions penser qu’en consacrant la majeure partie de notre temps à satisfaire et à renforcer cet ego, nous adoptons la meilleure stratégie pour atteindre le bonheur. Mais c’est faire ainsi un mauvais pari, car c’est tout le contraire qui se produit. L’ego ne peut procurer qu’une confiance factice, construite sur des attributs précaires – le pouvoir, le succès, la beauté et la force physiques, le brio intellectuel et l’opinion d’autrui – et sur tout ce qui constitue notre image.

      Une confiance en soi digne de ce nom est tout autre. C’est paradoxalement une qualité naturelle de l’absence d’ego. La confiance en soi qui ne repose pas sur l’ego est une liberté fondamentale qui n’est plus soumise aux contingences émotionnelles, une invulnérabilité face aux jugements d’autrui, une profonde acceptation intérieure des circonstances, quelles qu’elles soient.

      Cette liberté se traduit par un sentiment d’ouverture à tout ce qui se présente. Il ne s’agit pas d’une distante froideur ni d’un détachement sec, comme on l’imagine parfois lorsque l’on parle du détachement bouddhiste, mais d’un rayonnement altruiste qui s’étend à tous les êtres. Lorsque l’ego ne se repaît pas de ses triomphes, il se nourrit de ses échecs en s’érigeant en victime. Entretenu par ses constantes ruminations, sa souffrance lui confirme son existence autant que son euphorie. Qu’il se sente porté au pinacle, diminué, offensé, ou ignoré, l’ego se consolide en n’accordant d’attention qu’à lui-même.

      L’attachement à l’existence de l’ego considéré comme une entité unique et autonome est fondamentalement dysfonctionnel, car il est en porte-à-faux avec la réalité. Fondé sur une erreur, il est constamment menacé par la réalité, ce qui entretient en nous un profond sentiment d’insécurité. Conscient de sa vulnérabilité, l’ego tente par tous les moyens de se protéger et de se renforcer, éprouvant de l’aversion pour tout ce qui le menace et de l’attirance pour tout ce qui le sustente. De ces pulsions d’attraction et de répulsion naissent une foule d’émotions conflictuelles.

      Supprimer
    6. En vérité, nous ne sommes pas cet ego, nous ne sommes pas cette colère, nous ne sommes pas ce désespoir. Notre niveau d’expérience le plus fondamental est celui de la conscience pure, cette qualité première de la conscience et qui est le fondement de toute expérience, de toute émotion, de tout raisonnement, de tout concept, et de toute construction mentale, l’ego y compris. Pour démasquer l’imposture du moi, il faut ainsi mener l’enquête jusqu’au bout. Quelqu’un qui soupçonne la présence d’un voleur dans sa maison doit inspecter chaque pièce, chaque recoin, chaque cachette possible, jusqu’à être sûr qu’il n’y a vraiment personne. Alors seulement peut-il avoir l’esprit en paix.

      Si l’ego constituait vraiment notre essence profonde, on comprendrait notre inquiétude à l’idée de s’en débarrasser. Mais s’il n’est qu’une illusion, s’en affranchir ne revient pas à extirper le cœur de notre être, mais simplement à ouvrir les yeux, à dissiper une erreur. L’erreur n’offre aucune résistance à la connaissance, comme l’obscurité n’offre aucune résistance à la lumière. Des millions d’années de ténèbres peuvent être dissipées instantanément lorsqu’une lumière est allumée. »

      J'aime beaucoup cette dernière phrase car elle me renvoie à celle que Marc avait eue un jour : « Une simple petite allumette brise l'obscurité la plus profonde et la plus étendue. »

      Bien à vous, Dame Pierrette

      Supprimer
  2. Dès l'adolescence j'étais attirée par le Zen.
    Un livre qui m'a beaucoup touché :
    http://www.alchimiste.fr/livres/bouddhisme-zen/zenn-amours-mystiques-adams-beck-l,fr,4,LIV7162.cfm
    C'est sans doute mon Karma.
    "Car tout est accompli dès la naissance première.»"
    Mais bon, ça serait bien de partager, un peu de vide et un peu de forme ; il faut bien une forme pour révéler le vide. :)
    Marie-Louis, merci pour ce chemin des étoiles de Noël.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "il faut bien une forme pour révéler le vide" et le vide pour rendre la forme utile :-)
      Merci Luciole. Quand viendrez-vous nous rejoindre ?

      Supprimer
  3. Marie-Louise, je suis très touchée de votre proposition mais j'ai déjà tant de peine à trouver les mots pour dire mes émotions, à dire ce que j'éprouve à lire ces magnifiques textes que vous offrez, qui m'enchantent, qui sèment sur la journée des perles de soleil, de beauté, d'amour.
    Alors je vous en prie, continuer à nous faire partager tous ces moments de grâce.Peut-être qu'à force de vous lire les mots me seront plus aisés...

    RépondreSupprimer