mercredi 16 décembre 2015

Le double triangle

"Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre." Cette maxime, dit-on, était inscrite au fronton de l'école de Pythagore.

La géométrie est dans son essence comme dans sa forme une langue symbolique. Elle permet de façon allusive, à l'esprit humain, à la fois de se forger une représentation du monde et de traduire les éléments les plus subtils de la métaphysique. 

Nous prendrons comme exemple la figure suivante :


Il s'agit d'un triangle équilatéral dans lequel s'inscrit un triangle inversé symbolisant la montagne et la caverne. Nous reviendrons sur ce point dans un autre article. 

Les éléments caractéristiques de cette figure sont les sommets et les côtés mais les médiatrices jouent aussi un rôle important comme nous le verrons. Quatre nombres apparaissent d'emblée : 3, bien évidemment, 4, 9 et 12. 

Le nombre 3 est le maître de ce symbole qui se compose de 4 petits triangles qui comptent en tout 9 côtés tandis que les médiatrices délimitent 12 triangles rectangles. 

Le 3 représente le Ciel, le 4 la terre et le 12 en tant que produit des 2 premiers symbolise l'union du Ciel et de la Terre. Cette union est aussi suggérée par les triangles équilatéraux qui sont célestes dans lesquels s'imbriquent les triangles rectangles qui sont terrestres. 12 est par ailleurs un nombre cyclique, ce qui donne à penser que, si cette figure offre de prime abord une image de stabilité, elle présente néanmoins un caractère dynamique qu'il nous faudra expliciter. Le nombre 9, quant à lui, est le carré de 3, autrement dit la Perfection du Ciel. 

Après ces quelques considérations, revenons au point de départ. On remarquera que chaque sommet est en relation directe avec son côté opposé, la médiatrice correspondante constituant un axe de projection sur la base opposée. En effet, chaque sommet représente ici un aspect principiel de la Réalité universelle. Le point, de dimension nulle en géométrie, n'appartenant pas à l'espace, est le principe de ce dernier. Ainsi chaque sommet, simultanément, projetant son axe vertical génère une des 3 bases du triangle. Le sommet représente alors le point de vue de la transcendance et la base celui de l'immanence. 

Ayant posé les prémisses nous pouvons maintenant étudier la figure plus en détail.


Le point A symbolise l'Être en tant qu'unité, principe direct de la Manifestation universelle. Sa projection A' représente le centre de l'état humain, celui-ci étant symbolisé par la base BC. Le point B correspond au Verbe (Logos), sa projection B' représente la révélation ou la manifestation de la Tradition. Le point C est celui de la Prophétie, sa projection C' manifeste le domaine de l'action traditionnelle. 

L'axe AA' est celui de la Foi se tenant entre le Verbe et la Prophétie. L'axe BB' est celui de la véridicité qui se teint entre l'Être et la Prophétie. Enfin, l'axe CC' est celui de la Certitude qui se tient en l'Être et le Logos. 

Le point A" signifie la Science, le B" correspond au dévoilement, le point C" l'obédience. 

Au centre du triangle intérieur siège le Saint qui a la fois synthétise et déploie toutes les réalités suggérées par la figure. 

Mais nous disions plus haut que le symbole ici présente aussi un caractère dynamique. En effet, si on fait tourner l'ensemble autour du point O, l'Être se trouvera en bas à droite et c'est le Verbe qui se situera alors au sommet. Continuant notre giration, la Prophétie présidera à son tour. Laissons à votre sagacité le soin de faire vos propres déductions des conséquences. Vous remarquerez, toutefois, que seul le Saint reste immobile ce qui au fond est bien logique puisque sa fonction réelle est celle du moteur immobile de la Tradition chinoise, ce qui signifie qu'il inspire le mouvement de l'ensemble sans pour autant y participer. 

Une toute dernière remarque. Il faut imaginer que la figure s'inscrit dans un cercle représentant le non manifesté ou la possibilité universelle; c'est d'ailleurs en raison de cet aspect non manifesté que le cercle n'est pas tracé. Enfin, il serait intéressant d'élever la figure en 3 dimensions pour faire apparaître une double pyramide inscrite dans une sphère ce qui nous amènerait sans doute à d'autres considérations fort instructives. 

Cet exposé n'est qu'une interprétation, fort incomplète d'ailleurs, parmi d'autres possibles car le symbolisme a le grand avantage d'être un langage non exclusif. Ainsi, des significations en apparence contradictoires peuvent coexister dans un même symbole et il est toujours possible à celui qui étudie ces questions de trouver des sens nouveaux parfaitement compatibles avec des significations antérieures. C'est que le langage symbolique est moins étroitement limité que notre langage discursif commun et réserve toujours la part de l'inexprimable qui ne peut être conçu que dans le cœur contemplatif.

Pythagore

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire