dimanche 22 novembre 2015

Pensées d'un jour de brouillard

Toile d'Eve Ventrue

Je me dis parfois que je ne sais pas écrire. 
Ce jour-là, également, la musique sonne faux et il y a du brouillard. 
Je me dis que tout a été dit, que le privilège de l'invention et de l'innovation était réservé aux premiers à naître. C'est dans la logique des choses. 
Je me dis que ma voix n'est pas originale, qu'elle n'est qu'un écho médiocre de ce qui fût, et que mon seul mérite réside dans l'immense prétention que j'ai de croire parfois que je me distingue. 
Je me dis que de toute façon, je ne suis bonne qu'à écrire de petits textes, ou pire encore, de ridicules petites phrases. 
Je crois que quelque part, j'espère être un très grand génie, et ces moments d'encrier vide de sens tapent un petit peu trop fort dans cet espoir. 
Si un jour le Désespoir dans toute la grandeur de sa signification me gagne, ou plutôt quand il me gagnera, je blâmerai mon égocentrisme et ma prétention, nourris de ces stupides rêves héroïques.

3 commentaires:

  1. Lisa, tu décris exactement mon état d'âme, les jours où je suis dans le brouillard le plus opaque. Je me tiens quasi les mêmes propos. Pas un jour sans que je sois tentée de remiser la plume. L'écriture nous interpelle souvent de cette manière-là et ce n'est pas du petit lait, je te l'assure, car au-delà, c'est un tout autre questionnement qui s'insinue. Tu es aux prises avec ce que l'on appelle la solitude de l'écrivain. Bon, cela dit, je ne suis absolument pas d'accord avec ton propos : congédie l'idée que ta voix n'est pas originale (elle l'est) ; qu'elle n'est qu'un écho médiocre de ce qui fût (cette humilité t'honore) et que ton seul mérite réside dans l'immense prétention que tu as de croire parfois que tu te distingues (j'aime ta façon de te distinguer) ; que tu n'es bonne qu'à écrire de petits textes, ou pire encore, de ridicules petites phrases. Lisa, tu es jeune encore. Tu as le temps. Ne néglige pas de faire tes armes, comme on dit. Certes, n'étouffe pas ce ressenti mais envoie le valser quand même. Si tu aimes vraiment écrire, écris. Les motivations sont variables et soumises à nos attentes. J'aime ton regard lucide, presque féroce.

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    1. Comme ce commentaire m'a fait plaisir !
      Merci beaucoup, Justine.

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    2. Je voulais te faire plaisir, Lisa, car j'aime ce que tu écris. Tu représentes la relève et des regards lucides comme le tien sont aujourd'hui plus utiles que jamais, tu le sais bien. Même si tu as parfois le sentiment de crier dans le désert, ne sous-estime pas le travail secret des mots dans la durée. Je sais, par Marc, que tes textes sont lus régulièrement un peu partout dans le monde. Ta pensée voyage, Lisa, sois en assurée. Imagines-tu ne plus écrire ? Que ferais-tu de tous ces mots en toi ?
      Belle nuitée, l'Amie.

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