samedi 21 novembre 2015

L'Oie et la Cigogne

Blason de Fromezey (Meuse, Lorraine)

Un jour, tandis qu'elle broutait l'herbe grasse d'un pré,
Dame l'Oie croisa Dame Cigogne, sa proche voisine ;
Chacune salua l'autre de sa patte levée ;
L'on parla de santé autant que de cuisine.

La première se plaignit de ses lourdeurs au foie
Et de ce qu'on la gavât plus que de mesure ;
Qu'elle en eût même des sueurs froides, souventefois,
À l'idée de ne plus revoir le bel azur.

La seconde lui conta comment elle infligea
À Compère Renard une leçon des plus cuisantes,
Après qu'il se fût comporté comme un goujat. *

Morte de rire, l'Oie congratula son amie
Et en oublia qu'un jour elle serait gisante
Sur un plat, fourrée aux marrons ; quelle infamie !
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D’azur semé de croix recroisetées au pied fiché d’or; à une oie contournée d’argent, becquée et membrée d’or et à une cigogne au naturel affrontée avec l’oie, brochant sur le tout.

* Le renard et la cigogne

Illustration de Benjamin Rabier  

Compère  le Renard se mit un jour en frais,
Et retint à dîner commère la Cicogne.
Le régal fut petit et sans beaucoup d'apprêts:
Le galand, pour toute besogne,
Avait un brouet clair (il vivait chichement).
Ce brouet fut par lui servi sur une assiette:
La cigogne au long bec n'en put attraper miette,
Et le drôle eut lapé le tout en un moment.
Pour se venger de cette tromperie,
A quelque temps de là, la cigogne le prie.
"Volontiers, lui dit-il, car avec mes amis,
Je ne fais point cérémonie. "
A l'heure dite, il courut au logis
De la cigogne son hôtesse,
Loua très fort sa politesse ,
Trouva le dîner cuit à point.
Bon appétit surtout, renards n'en manquent point.
Il se réjouissait à l'odeur de la viande
Mise en menus morceaux, et qu'il croyait friande.
On servit, pour l'embarrasser,
En un vase à long col et d'étroite embouchure .
Le bec de la cigogne y pouvait bien passer,
Mais le museau du sire était d'autre mesure.
Il lui fallut à jeun retourner au logis,
Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris,
Serrant la queue, et portant bas l'oreille.
 
 Trompeurs, c'est pour vous que j'écris :
Attendez-vous à la pareille. 

Jean de La Fontaine, Livre I, fable 18

Illustration de Calvet-Rogniat

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