dimanche 29 novembre 2015

Ecce Crux

Signature compagnonnique relevée dans la Cathédrale d'Ulm, Allemagne

Ma verticale est celle de l’épée
Âpre et glacée
Qui tranche et qui sépare
Toute opposition armée
Main de Justice
Aveugle et perçante

Ce qu’elle sépare devient visible

Ma verticale est une lance romaine
Qui perforant le côté cordial
De l’Ami de l’Homme
Y recueille une perle de sang
Fécond comme une eau vive
Pour une terre aride et nue
Percluse de la souillure des peuples

Ce qu’elle féconde vit à jamais

Ma verticale porte la mort et donne la vie
D’une même main
Même Origine même Fin
Expir et Inspir du monde
Systole et Diastole de l’Homme

Toute Réalité sous le ciel tient dans l’unique dualité du multiple.

6 commentaires:

  1. Une très belle méditation sur un haut symbole. Merci Jean d'Armelin, vos compositions sont profondes et intenses. Bienvenue sur la nef Héraldie et dans le Cercle des poètes retrouvés !

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  2. A l'horizontal dans mon lit, en ce dimanche matin, je ne parviens pas à comprendre ton histoire de verticale, pourtant il se passe quand même quelque chose, il se dégage de ce texte quelque chose de puissant et l'illustration fascinante.

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  3. En fait, la figure géométrique me fait penser à celle de Nicolas de Cues dans laquelle il inscrit un polygone dans un cercle.

    https://misquette.wordpress.com/2014/08/03/vingt-trois/

    Mais aussi aux schémas de Lacan.
    Très intrigante signature.

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    1. Merci à Naila, Marie-Louise, Vincent pour leur charmant accueil même si je ne mérite certainement pas le moindre compliment.
      Je souhaite néanmoins répondre à Vincent et lui propose ceci :
      En poésie, on ne peut échapper à la confrontation du verbe et de l’image. Une image ou une conception surgit qui cherche à entrer dans des mots. Mais, les mots ne se laissent pas faire, ils s’emparent de l’image et lui donnent ses couleurs ainsi que la netteté de ses contours. Si on n’y prend garde, les mots risquent d’étouffer le concept initial et le poème, au lieu de le manifester dans toute son étendue, le réduit à une dépouille.
      La verticale dont je parle renvoie à l’axis mundi et donc à la croix qui en est d’une certaine façon l’extension. L’épée ne doit pas être ici conçue comme une arme, elle représente le logos qui manifeste tous les aspects de l’être en les distinguant. Le logos est un symbole vertical. L’opposition armée n’est aucunement une allusion à la guerre ; il s’agit d’une image de notre monde dont la caractéristique est de nous confronter à des oppositions en apparence irréductibles. C’est la branche horizontale de la croix.
      La 2ème strophe est une allusion au Christ et au rôle important et méconnu que joue le soldat romain Longin dans la symbolique de Résurrection. Ce dernier est celui qui va percer le côté du Crucifié pour constater sa mort corporelle (horizontale). Or, pour ce faire, il use d’un instrument vertical.
      Ce qui unit le monde, c’est l’Homme : c’est le sens de la dernière strophe. A condition bien sûr qu’il ne laisse pas entraîner vers innommable barbarie du siècle.
      C’est pour cela que ce texte est intitulé « ecce crux » qui fait allusion à « ecce homo » parole de Ponce Pilate présentant Jésus à la foule avant crucifixion.

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    2. Merci beaucoup Jean d'arme l'Un! Je ne sais si ton nom est un nom d'emprunt mais il sonne bien. J'espère que tu ne t'offusqueras pas du jeu de mot qu'il m'inspire après avoir lu ton commentaire éclairant de ton propre poème. Il est lumineux. Quel plaisir de se réveiller un lundi matin et d'être abreuvé de beaux mots! La semaine commence à merveille, j'ai hâte d'avoir de nouveau de temps pour ajouter ma "contribution" comme dirait Cochonfucius qui par ailleurs nous donne aussi, ce matin de quoi me régaler avec son poème du jour.

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  4. Réflexion très intéressante et éclairante. Je vais faire un lien vers cette page depuis le billet consacré à la croix en héraldique.

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