mercredi 14 octobre 2015

Si nous écrivons

Toile de Francesca Strino

L'Ami, tu dis que si nous écrivons, ce n'est pas pour mettre des mots sur les non-dits, pas plus que sur l'indicible (l'indisible), mais pour remonter le courant des mots utiles et conventionnels qui tournent et rebondissent dans la bulle du réel et dont l'enveloppe élastique donne souvent une fausse impression d'expansion, tandis qu'il ne s'agit simplement que de sa dilatation.

Que nous n'écrivons pas pour raconter ni uniquement pour dire ; pas davantage pour meubler le vide ou les flottements de sens car alors nos mots ne seraient que des mots-plâtre et nos compositions un enduit de rebouchage qui n'aurait pour seul effet qu'étanchéifier et épaissir encore davantage cette sphère de projections que nous nommons le réel et que nous tenons communément pour tel. Qu'ainsi, nous n'écrivons pas pour cristalliser le vide ni pour conjurer son silence. Alors, est-ce pour être lu ? Sans doute, mais telle ne fut pas notre intention première.  
 
Nous écrivons pour tenir le fil de ces jours
D'alors, quand, à nos croisées de vies, nous posâmes
Nos valises et nos illusions pour toujours,
Forts d'une foi engagée sur laquelle nous jurâmes.

Nous écrivons pour tenir cette commune promesse
De poursuivre notre quête jusqu'à son terme,
Nous soutenant l'un l'autre aux heures de faiblesse,
L'esprit éveillé, le cœur haut et le pied ferme.

Le chemin des étoiles est un sentier fractal
Et souvent traître car mille diversions l'estompent ;
Tout astre n'éclaire pas forcément, l'on s'y trompe.

De cette quête, nos compositions sont le journal,
Et nos mots, qui ont leur vie propre, s'y répondent.
Deux ne font jamais qu'une paire, trois forment une ronde.

ML, Lettres à l'Ami & Le chemin des étoiles

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