jeudi 29 octobre 2015

Les raisins de l'amour


Le fait qu’on s’obstine à aimer tout en sachant qu’irrévocablement on en souffrira, s’apparente à manger des raisins. 

Le procédé dont j’entoure ces fruits est en tous points similaire à celui dont on enrobe l’amour.
Je frotte les raisins longuement entre mes doigts, parcourant leur corps ovale et régulier, pensant au plaisir qu’ils me procureraient dans un instant, prête à savourer chaque goutte voluptueuse de leur pulpe.
Lorsque j’ai gardé le fruit suffisamment longtemps pour que la buée blanche le recouvrant comme une vitre laissée au pouvoir du froid, aie disparu, et que chaque veine blanche l’arquant, chaque point le composant, luit, qu’il m’apparaît comme clair et frais, je peux enfin regarder à l’intérieur.
Je devine alors aisément les perfides noyaux, leurs malicieuses petites ombres assombrissant le vert intact du raisin, se trahissant sans honte, tels des bandits sûrs d’accomplir leur méfait.
Ils reposent là, cœur noir dans l’enveloppe délicieuse.
Je sais, je le sais à chaque fois, que croquer le raisin feront se heurter mes dents sur leurs noyaux.
On peut les contourner, mais on perdra du fruit.
On peut les recracher, mais leur goût, l’amer dur et sec qu’ils accrochent, petite sensation ancrée fortement dans la bouche, subsiste, portant en elle toute l’infidélité du beau fruit, qui s’avère être précurseur seulement de la catastrophe.
Mais je mords toujours, et au moment où je sens la frêle et pourtant joliment résistante peau se percer, et que mes sens m’avertissent du merveilleux goût qui m’envahit, que le bonheur aveugle et sa lumière croissante s’installent, déjà son ombre de taille égale se creuse. Je me prépare au poison.

Malgré tout, telle une enfant, je me cache les yeux et savoure le présent, du reste jouant à « Si je ne te vois pas, tu n’existes pas ».

4 commentaires:

  1. Réponses
    1. Merci beaucoup ! Je tenais à m'excuser de ma longue absence, je vais essayer de poster plus souvent et régulièrement.
      Merci encore et toujours de me permettre de m'exprimer ici !

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  2. Hello, Lisa, heureuse de te relire. C'est toujours un plaisir. Très subtile, ton approche. Un régal.

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