lundi 12 octobre 2015

Le rire

Coupé de gueules et d'or, au léopard lionné, coupé d'argent sur de gueules et de sable sur l'or.

Arme redoutable, il réduit au ridicule
Le moindre faux pas de ses proies. Si elles sont
Trop sérieuses, vite, en deux coups de crayons,
Il les parodie. Les plus grands sont minuscules

Sous sa coupe car il les transforme tantôt
En pantin burlesque, tantôt en vaste farce,
Et les plus rusés ne lui échappent point parce
Que contre eux, sans attendre, il dégaine aussitôt

Sa plus fine lame : l'ironie qui les cloue
Net sur place. Essentiellement humain, il joue
Sur l'infinie grandeur et l'infinie misère

De ceux qu'il surprend. Et lorsque parfois il prend
Un léger temps de répit, alors dans un grand
Éclat de rire, il se réjouit de ses triomphes.

5 commentaires:

  1. Clown dans les feuillages (Pays de Poésie, 11-3-15)
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    Je ris près du chemin pour amuser les gens,
    Ah ! mais non, ça n’est pas pour gagner de l’argent.
    Je ris pour dérider ceux qui vont à l’église,
    Et qu’ils oublient ainsi que leur âme est bien grise.

    Que sert-il de penser que l’on n’a plus vingt ans,
    Et que l’on ne rira guère fort ni longtemps ?
    Car nul ne peut, sans fin, se blottir dans ses larmes,
    Et mieux vaut savourer le rire qui désarme.

    Apprenez ce métier ! Faites rire ! En avant
    Pour le grand festival des bouffons dans le vent,
    Dans l’averse de mars, sous les cieux qui se brouillent,
    Au pied de l’arc-en-ciel, où chantent les grenouilles.

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  2. Je trouve que les clowns sont inquiétants, ils font peur. Ici votre poème développe ce sentiment me semble-t-il, "les bouffons dans le vent " renvoient aux grenouilles et "mieux vaut savourer le rire " que "de se blottir dans ses larmes", en d'autres termes pour ne pas pleurer, il faut rire. Joie et triomphe renvoient au rire, vide et désespoir renvoient aux pleurs mais les deux sont liés.

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  3. Du Troll de la Lisière.

    Voici un poème grinçant sur le rire.

    Le rire

    Rire nerveux et sardonique
    Qui fais grimacer la douleur,
    Et dont le timbre satanique
    Est la musique du malheur,

    Rire du paria farouche,
    Quand, d'un geste rapide et fou,
    Il met le Poison dans sa bouche
    Ou s'attache la corde au cou ;

    Rire plus amer qu'une plainte,
    Plus douloureux qu'un mal aigu,
    Plus sinistre qu'une complainte,
    Rire atroce aux pleurs contigu ;

    Sarcasme intime, inexorable,
    Remontant comme un haut-le-cœur
    Aux lèvres de la misérable
    Qui se vend au passant moqueur :

    Puisque, dans toutes mes souffrances,
    Ton ironie âpre me mord,
    Et qu'à toutes mes espérances
    Ton explosion grince : « À mort ! »

    Je t'offre cette Fantaisie
    Où j'ai savouré sans terreur
    L'abominable poésie
    De ta prodigieuse horreur.

    Je veux que sur ces vers tu plaques
    Tes longs éclats drus et stridents,
    Et qu'en eux tu vibres, tu claques,
    Comme la flamme aux jets ardents !

    J'ai ri du rire de Bicêtre,
    À la mort d'un père adoré;
    J'ai ri, lorsque dans tout mon être
    S'enfonçait le Dies iræ,

    La nuit où ma maîtresse est morte,
    J'ai ri, sournois et dangereux !
    « Je ne veux pas qu'on me l'emporte ! »
    Hurlais-je avec un rire affreux.

    J'ai ri, - quel suprême scandale ! -
    Le matin où j'ai reconnu,
    À la Morgue, sur une dalle,
    Mon meilleur ami, vert et nu !

    Je ris dans les amours funèbres
    Où l'on se vide et se réduit ;
    Je ris lorsqu'au fond des ténèbres,
    La Peur m'appelle et me poursuit.

    Je ris du mal qui me dévore
    Je ris sur terre et sur les flots,
    Je ris toujours, je ris encore
    Avec le cœur plein de sanglots !

    Et quand la Mort douce et bénie
    Me criera : « Poète ! à nous deux !, »
    Le râle de mon agonie
    Ne sera qu'un rire hideux !

    Maurice Rollinat
    Les Névroses, 1883.

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  4. Je me disais bien aussi que le rire n'était pas toujours très net! Merci Troll de la Lisière d'Héraldie.

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  5. Voir

    http://www.paradis-des-albatros.fr/?poeme=rollinat/le-rire

    avec une liste d'autres oeuvres de Rollinat.

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