dimanche 18 octobre 2015

Dame de Beaulieu

Toile d'Eve Ventrue

Que ce soit à l'extérieur ou en sa demeure,
Elle flotte plus que qu'elle ne marche, comme si elle vivait
Au ralenti mais sans que l'on voie passer l'heure ;
Son pied léger semble marcher sur du duvet.

Quelque part, j'ai toujours aimé les paradoxes,
Être au cœur de son temps et immensément loin.
Ses jours et ses nuits sont toujours aux équinoxes ;
Son esprit est branché mais des modes elle fait foin.

À ses côtés, je vis toujours le même instant
Sans pourtant qu'aucun ne soit pareil à lui-même ;
Combien j'aime vivre ainsi à la croisée des temps,

Ancrée dans mon époque et voguant sur l'océan
Des siècles dont chacun fut à son tour suprême.
Ensemble, je sais que nous vaincrons le néant.

8 commentaires:

  1. Certains soirs, je crois entendre son pas feutré
    Dans le couloir qui garde l'odeur de son passage
    Et l'écho de ses mots « Cesse de t'ainsi cloîtrer ! »
    Parfois même, elle glissait sous la porte un message.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. « Tu erres dans un désert brûlant, sans horizons ;
      Tu t'isoles, pour revivre sans cesse ta dérive,
      Cherchant derrière ta déraison une vaine raison.
      Souviens-toi du Pont-Neuf, où tu changeas de rive. »

      Supprimer
    2. J'avais dit, espérant m'en tirer à bon compte :
      « Il n'y a pas d'issue, au bout c'est le néant. »
      Elle répondit : « Le vide échoit aux mécréants. »

      Supprimer
    3. Il n'est faiblesse du cœur que l'esprit ne surmonte ;
      Puissent revenir les jours de liesse et de saveurs !
      Il n'est dieu si sourd pour n'accorder ses faveurs.

      Supprimer
  2. Et c'est alors que survint une troisième laronne
    Envoyée sans doute par quelque dieu facétieux ;
    D'humeur réputée fantasque mais joyeuse luronne,
    Elle fit parfois du carrosse grincer les essieux.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Celle qui traînait du côté de la Madeleine
      Et qui certains soirs arpentait le boulevard,
      Ne sachant dans quel mauvais vin noyer sa peine ?
      Il eût bien fallu, pour l'éponger, mille buvards !

      Supprimer
    2. Celle-là même, qui a failli tomber dans le vide !
      Sauf qu'un soir d'avril, le ciel était flamboyant ;
      Son regard, d'habitude roide, devint ondoyant.

      Supprimer
    3. Puisse cet instant ne jamais prendre une seule ride
      Car il fut d'une grande amitié l'acte fondateur ;
      Ils cessèrent d'être du destin les spectateurs.

      Supprimer