mardi 15 septembre 2015

Vision

Toile de Jose Parra

Sachez, trois blanches colombes sont venues de l'Ouest,
Volant toutes à tire-d'aile, elles allaient vers l'Est ;
La première tenait dans son bec une fleur de lys ;
La deuxième portait un cou, tout en or, un calice ;
La troisième serrait dans ses griffes une rose vermeil.
Chastes messagères, elles attendaient le soleil.
La campagne, recouverte d'un tapis sombre,
Était un noir refuge que fuyaient les ombres ;
L'herbe, humidifiée par la rosée matinale,
Brillait encore sous les dernières lueurs astrales.
Mais l'oiseau, sur sa branche perché, sifflait un air
Qui allait bientôt annoncer une nouvelle ère ;
Ce vif compagnon allait-il être le seul
À vraiment voir la nature ôter son linceul ?
En lettres gravées à même le roc, le message
Sonnait tel qu'on ne pouvait croire à un mirage.
Les éternelles songeries d'un monde de fantômes
Se plairont alors à limiter leur royaume.
Le poète cessera de chanter ses hymnes ;
D'oratoires en actions, il perdra son rythme
Et s'en ira voler de son vol de géant
Vers ce lieu sinistre qu'on appelle le néant.
Mais quand Vénus chante sa mélopée cynique,
Il est plus sage de ne point la prendre au tragique.
Dans les cœurs humains elle sema de tels cyclones,
Que des confins de l’Éden jusqu'à Babylone,
Du Mont des Oliviers jusqu'à l'Apocalypse,
Son amour divin n'allait être qu'une éclipse.
Dans sa caverne d'acier, le poète seul se cache
Du venin, reflet de l'Olympe, parfum des lâches.
Dans sa grande solitude, il pleure sa destinée
Qui s'est mystérieusement aux Muses enclinée ;
En ce jeune âge qui fleuronne et qu'appelle l'amour,
Il s'en est allé à la Belle faire la cour.
Curieux rêveur devant le fronton de la vie,
Il n'ose guère s'engager de peur qu'il ne dévie ;
Mais en son esprit il a fait la déduction
Bien sage de ne jamais faire preuve de défection.
Sa sensibilité par trop indicible
Ravage son être de hurlements terribles.
Sur le papier a été frappée l'effigie
Du poète presque larmoyant dans ses élégies,
Contant son existence dans un journal épique
Où coule à flots, couleur de ciel, l'encre idyllique ;
De sa bouche ne peuvent sortir des pensées frivoles,
Car Erato et Polymnie ne sont point folles ;
Calliope veille sagement à mesurer le ton
De ses discours en les fleurissant de festons.
Donc, si vous accordez foi à mon historiette,
Sachez au poète donner beaucoup de l'Hymette.

MS, Prémices (avril 1975)

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