mardi 29 septembre 2015

Dès que je te vois, ô Lesbie

Toile de Kemal Kamil Akca

L'Amie, est-ce la poésie de ce cher Catulle
Ou le nectar perfide du divin Bacchus
Qui firent à ma pauvre tête l'effet d'une grosse bulle ?
J'ai tenu le verre et la lecture mordicus,

En vain, bientôt Morphée m'emporta sous ses ailes
Et me déposa sur un nuage de coton ;
Mais Marc poursuivit sa lecture avec un zèle
Exemplaire, tout en baissant de moitié le ton.

J'entendis encore : « Dès que je te vois, ô Lesbie,
J'oublie tout... » Il murmurait presque ; son débit
Se fit plus lent : « … ma langue s'embarrasse,

Un feu subtil circule dans mes veines... » Puis plus rien...
Il m'avait rejointe dans mon voyage aérien !
Au bout de ce vers s'en effaceront les traces.

Le spectre à trois faces
dans la nuit épaisse
Dès que je te vois, ô Lesbie, j'oublie tout, ma langue s'embarrasse, un feu subtil circule dans mes veines, un tintement confus bourdonne à mon oreille, mes yeux se couvrent d'une nuit épaisse
Catulle (84-54 av. J.C.), Poèmes, 51 (traduit par Héguin de Guerle, 1928)

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