dimanche 30 août 2015

Oasis de sinople

Blason du Sahara espagnol (1884-1975)

Le dromadaire songe auprès de la rivière,
Les ailes du palmier dansent au vent d’avril ;
Les flots, s’accompagnant d’un murmure subtil,
Vont, en s’évaporant, vers leurs heures dernières.

Vers le soir se promène un lion mélancolique,
Qui, depuis quelque temps, rarement va chassant ;
Son regard se brouillant, ses muscles se lassant,
Je le vois devenir un errant famélique.

L’eau semble raconter une histoire aux graviers,
Distrait, le dromadaire a brouté quelques herbes,
Sans jeter un regard au lion jadis superbe ;
Sur les herbages frais s’endorment les bouviers.

Cochonfucius

1 commentaire:

  1. Leconte de Lisle,

    L'Oasis :
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    Derrière les coteaux stériles de Kobbé
    Comme un bloc rouge et lourd le soleil est tombé ;
    Un vol de vautours passe et semble le poursuivre.
    Le ciel terne est rayé de nuages de cuivre ;
    Et de sombres lueurs, vers l’Est, traînent encor,
    Pareilles aux lambeaux de quelque robe d’or.

    Le rugueux Sennaar, jonché de pierres rousses
    Qui hérissent le sable ou déchirent les mousses,
    A travers la vapeur de ses marais malsains
    Ondule jusqu’au pied des versants Abyssins.

    La nuit tombe. On entend les koukals aux cris aigres.
    Les hyènes, secouant le poil de leurs dos maigres,
    De buissons en buissons se glissent en râlant.
    L’hippopotame souffle aux berges du Nil blanc
    Et vautre, dans les joncs rigides qu’il écrase,
    Son ventre rose et gras tout cuirassé de vase.
    Autour des flaques d’eau saumâtre où les chakals
    Par bandes viennent boire, en longeant les nopals,
    L’aigu fourmillement des stridentes bigaylles
    S’épaissit et tournoie au-dessus des broussailles ;
    Tandis que, du désert en Nubie emporté,
    Un vent âcre, chargé de chaude humidité,
    Avec une rumeur vague et sinistre, agite
    Les rudes palmiers-doums où l’ibis fait son gîte.

    Voici ton heure, ô roi du Sennaar, ô chef
    Dont le soleil endort le rugissement bref.

    Sous la roche concave et pleine d’os qui luisent,
    Contre l’âpre granit tes ongles durs s’aiguisent.
    Arquant tes souples reins fatigués du repos,
    Et ta crinière jaune éparse sur le dos,
    Tu te lèves, tu viens d’un pas mélancolique
    Aspirer l’air du soir sur ton seuil famélique,
    Et, le front haut, les yeux à l’horizon dormant,
    Tu regardes l’espace et rugis sourdement.

    Sur la lividité du ciel la lune froide
    De la proche oasis découpe l’ombre roide,
    Où, las d’avoir marché par les terrains bourbeux,
    Les hommes du Darfour font halte avec leurs boeufs.
    Ils sont couchés là-bas auprès de la citerne
    Dont un rayon de lune argente l’onde terne.

    Les uns, ayant mangé le mil et le maïs,
    S’endorment en parlant du retour au pays ;
    Ceux-ci, pleins de langueur, rêvant de grasses herbes,
    Et le mufle enfoui dans leurs fanons superbes,
    Ruminent lentement sur leur lit de graviers.
    À toi la chair des boeufs ou la chair des bouviers !

    Le vent a consumé leurs feux de ronce sèche ;
    Ta narine s’emplit d’une odeur vive et fraîche,
    Ton ventre bat, la faim hérisse tes cheveux,
    Et tu plonges dans l’ombre en quelques bonds nerveux.

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