samedi 15 août 2015

L'aube du monde

Toiles de Vicente Romero Redondo

Je suis montée dans la chambre, pour me vêtir. À peine arrivée, je n'ai pu m'empêcher d'aller à la fenêtre, juste pour te voir. Juste cela. Tu écrivais, assise à la table ronde du jardin. Souvent, tu restais pensive, sans bouger, le regard tourné en toi-même. Subitement, tu te remettais à écrire, comme si tu ne devais jamais t'arrêter. Tu venais de percer une roche. L'inspiration jaillissait, comme l'eau d'une source. Je suis restée longtemps ainsi, à te regarder, non pas parce que j'aime le faire à la dérobée, mais parce que à ce moment-là, j'avais le désir d'un autre regard sur toi. Vers toi. En moi.

Nous sommes si proches... Comment te dire... Quand tu me manques, je souffre. Et c'est souvent. Là, j'avais besoin que tu me manques ! D'en éprouver non pas la part éprouvante - puisque je pouvais t'aller rejoindre à l'instant même - mais cette part, tu sais, qui gonfle la poitrine et dilate le cœur, qui chatouille agréablement dans le ventre, parce qu'on sait que l'autre existe, qu'il est là, juste à côté, et que l'on compte pour lui autant qu'il compte pour nous. Et puis la réjouissance de le revoir bientôt. La réjouissance... Qui dépasse la jouissance. Si intense car elle conjugue le manque et l'assurance, l'espérance et la certitude. Celles de l'autre. Oui, j'avais besoin que tu me manques parce qu'il m'est si bon de te retrouver. L'instant des retrouvailles est toujours si beau, si intense, que je voudrais qu'il ne finisse jamais. Te retrouver... Toujours. Mais sans devoir te quitter jamais. C'est ma quadrature du cercle. Je suis folle. Mais je suis ainsi. Je veux que rien ne s'use, même si la patine du temps fait son œuvre malgré tout. J'ai peur de l'habitude. Ce n'est pas reposant, je sais. Je ne suis pas reposante. Mais c'est avec toi que je me pose. C'est dans mes pensées de toi que je trouve le repos. La paix. Oui, la paix. Tu es l'une des très rares personnes, dans ma vie, à m'accepter telle que je suis. Ce côté-là surtout. Me connaissant, je sais que c'est immense. Cette grandeur me touche. Elle me pénètre et me traverse de part en part. Elle m'habite toute entière. Voilà mes pensées, à cette fenêtre, ce jour-là. Je te regardais à travers le rideau. Tu écrivais. À cette table ronde où nous eûmes tant de conversations, parfois jusqu'au petit matin, à l'heure où l'horizon commence à se teinter légèrement, annonçant l'aurore. L'aube du monde... comme tu aimes à le répéter. Oui, l'aube du monde. La vie commence maintenant. Tout est à faire. Tout reste à prendre. À dire aussi. De tout cela, de tout ce ressenti, ineffable, ces quelques mots. Juste des mots. Mais ce sont les miens. Je les ai polis de mon mieux pour les rendre brillants, rayonnants. Je te les offre car tu comprends leur silence, derrière leur pauvre apparence.Voilà.

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