lundi 26 octobre 2015

Du string minimal et du voile intégral

http://publigeekaire.com/2009/10/que-portent-musulmanes-sous-voile-burqa-miriam-wimmer-liaison-dangereuse/
À lire sur le site Publigeekaire

     Un sujet en amenant un autre, de fil en aiguille, ils en vinrent à aborder le problème du voile intégral. Héloïse lui rapporta qu'elle avait lu à ce propos un commentaire sur un blog et qui disait en substance que la burqa était un outil de propagande d'une non-civilisation qui souhaitait s'émanciper par la force, alors que le string-à-consommer était la marque d'une civilisation qui n'en finissait plus de mourir. Elle s'était étonnée de voir associés la burqa et le string, pourtant antinomiques à son sens, et voulut savoir ce qu'il pensait de son côté. La question n'était pas vraiment nouvelle car à l'époque où il suivait l'actualité au plus près, il s'était intéressé à ces phénomènes vestimentaires, notamment au voile intégral qui défrayait la chronique mais qui, depuis, faisait curieusement moins parler de lui. Cela confirmait, d'une certaine façon, ce qu'il avait souvent affirmé : tout est finalement soluble dans le consumérisme, les marchands ayant toujours le dernier mot, pour la simple raison que le culte du Veau d'or était la religion la mieux partagée par le plus grand nombre. L'association du string et de la burqa ne lui sembla pas si incongrue.


Je pense qu'on a là l'illustration de deux formes de négation de la chair, cachée ou étalée, et donc de leur affirmation comme viande. Bon, je force le trait. Il n'empêche que l'on observe, dans les deux cas, une obnubilation sexuelle tourmentée et exacerbée : d'un côté, la femme se réduit toute entière et tellement à un objet sexuel qu'en montrer la moindre parcelle est uniment impudique ; de l'autre, la femme s'identifie essentiellement à son corps-objet de désir, soit par libido narcissique, soit par libido objectale, à telle enseigne qu'elle le met à nu symboliquement, à défaut de le pouvoir exhiber tout à fait, une contrainte qui se pourra lever partiellement sur les plages de l'été. On ne nous fera pas croire qu'une femme qui porte un string pense davantage à autre chose qu'à son fondement, surtout lorsqu'elle en sent le délicieux ballottement lors de ses parades publiques, ni, ailleurs, qu'elle peut se percevoir autrement que comme une biomasse ensachée vouée à la chose. Bref, ces femmes-là se conçoivent, sinon se perçoivent avant tout comme des femelles et il n'est pas sûr, dans les deux cas, que çà leur déplaise tellement, du moins pas à toutes... On objectera que les différentes cultures érotiques ne sauraient se comparer, d'autant moins que l'une se nourrit par la réservation exclusive légitimée par un code religieux et l'autre par un déploiement émoustillant légitimée par une société du plein-de-soi et du tout-à-l'ego. Mais s'il y a un point commun entre les deux, c'est évidemment la gravitation du regard et l'irrépressible envie de pénétrer plus avant... la vue. Certes, on peut aborder une femelle et la découvrir femme mais on peut aussi préférer le sens inverse qui est, pourrait-on dire, plus ascendant, moins réducteur. Mais ce ne sont là que des vues de l'esprit.

     Héloïse pouffa de rire devant sa manière de traiter de la question. 

Marc Sinniger, Le roman de Rose ou la dernière Héloïse

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