lundi 15 juin 2015

T'as un problème ?


Samedi, fin d'après-midi, métro Opéra. Une dame, 45 ans environ, très élégante, attend sur le quai. Une musicienne se rendant sans doute à quelque concert, à en croire l'étui à violon posé à ses côtés.  

Le métro arrive, bondé. Les portes s'ouvrent. Moment de flottement. Ce manque de réactivité est habituel. Les gens ont toujours l'air d'hésiter à sortir, un peu comme s'ils devaient marcher sur des œufs. Il vous prend parfois des envies de leur dire : « Vous allez vous décider à sortir, oui ou non ! » Quelques passagers s'ébrouent enfin, tandis que le signal de fermeture retentit déjà ! Ce entendant, la dame se précipite mais se heurte au même moment à un homme en train de s'extirper, avec force pardons envoyés comme des aboiements et traînant derrière lui une encombrante valise à roulettes. Il invective la dame qu'il tutoie d'emblée, devient très vite grossier et même vulgaire. Scénario habituel. 

Sur un ton détaché et amusé, je lui lance : « On ne tutoie pas les dames. »  
La brute : - T'as un problème, toi ?  
Moi : - On ne tutoie pas les dames.  
La brute est entraînée malgré elle par la foule vers l'escalier mécanique, tout en continuant d'éructer dans ma direction.  
Moi, imperturbable : - On ne tutoie pas les dames. (un concept qui n'appartenait manifestement pas à son champ d'expériences et sans doute encore moins à son lexique usuel).  
L'individu fait mine de vouloir rebrousser chemin pour me faire mon compte. Je le regarde entre les deux yeux. L'inquiétude se lit sur le visage des gens. L'homme hésite et décide finalement de prendre l'escalier, tout en continuant de m'arroser copieusement des meilleurs compliments. Il a dû avoir une mauvaise journée. 

N'avoir pas peur. C'est essentiel et cela intimide. C'est inhabituel et déstabilisant. Justine connaît bien cela. Je l'ai parfois vue à l’œuvre. Elle qui ne hait rien tant que la grossièreté gratuite et « la vulgarité la plus fangeuse. » Je lui dédie spécialement ce billet.   

J'aurais pu ne pas réagir et assister silencieusement à cette scène somme toute - et hélas ! - banale. Sachant par ailleurs que l'individu recevrait de toute manière la monnaie de sa pièce, tôt ou tard, sans qu'il fasse cependant le lien, comme la plupart des gens. Mais bon, j'étais d'humeur à l'ouvrir. Et puis je n'aime pas que l'on parle mal à une dame. Ni à personne d'ailleurs. D'un autre côté, c'est aussi une sorte de message adressé aux gens : « N'ayez pas peur ou la civilisation est foutue !

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