dimanche 21 juin 2015

Le Moyen-Âge en Héraldie

Un conte de Pierrette Colas
Illustré par Cochonfucius


Pourquoi croyez-vous qu'ils dansent ainsi ces démons d'inframonde au pelage de sable? C'est parce qu'ils redoutent de rentrer dans leur antre, là où luit le soleil de sable. C'était ainsi au Moyen-Âge en Héraldie, dès que que soleil d'or paraissait, ces démons de base étaient refoulés au pays de l'ombre.

Les Cavaliers portaient tous des armures d'or et d'argent à cette époque car ils étaient du côté de la lumière mais les Trolls qui habitaient les forêts pouvaient selon leur humeur fort instable, basculer du côté de l'ombre et engendrer les pires catastrophes. Les Héraldiens vivaient donc dans la peur de l'avenir, rien ne leur semblait stable.

















Les prisons en Héraldie qui étaient d'or aussi, regorgeaient de détenus tant le peuple héraldien au Moyen-Âge était perturbé par ces Trolls tantôt bienfaisants, tantôt malfaisants. Les détenus chantaient leur détresse en enviant la liberté des Goupils d'azur qui les surveillaient gaiement.



C'est donc à cause des Trolls qu'Héraldie fut plongée à cette époque dans une période d'incertitude profonde à tel point que des Moines prêcheurs se spécialisèrent dans l'art oratoire afin de rassurer les Héraldiens miséreux et terrifiés par les Trolls. Les Moines prêcheurs instruisaient le vieillard et l'enfant, ils chantaient et écrivaient des mots mirobolants qui permettaient aux Héraldiens de garder quelque espoir.


Un ordre bien structuré s'installa en Héraldie, les Moines prêcheurs dominaient la contrée en rassurant sans cesse les Héraldiens par de belles paroles. Incertains et inquiets les Héraldiens leur obéissaient et ceux qui étaient en prison n'avaient aucune chance d'en sortir un jour car le pardon n'existait plus en Héraldie tant la peur de l'autre était devenue intense. Finalement c'était les Trolls, malfaisants ou bienfaisants, qui régnaient sur l'Héraldie tout en étant invisibles et ils terrorisaient les Héraldiens en agissant selon leur humeur et sans aucune logique, ils étaient ainsi les vrais Maîtres d'Héraldie. Les Moines prêcheurs développaient alors leur art oratoire de plus en plus mais ne sachant pas vraiment contre qui ils luttaient cela n'avait comme résultat que de rassurer illusoirement les pauvres Héraldiens. Les Trolls étaient morts de rire en voyant la bêtise des Héraldiens et continuaient de plus belle à les terroriser, si bien qu'un beau jour, le Bestiaire héraldique décida de prendre les choses en main. Ce furent les Éléphants qui firent le premier pas, ils décidèrent de libérer tous les détenus enfermés à perpétuité par les Moines prêcheurs. Les Goupils d'azur qui en avaient par-dessus la tête de surveiller tous ces détenus et d'écouter les Moines prêcheurs, les laissèrent faire. Les Éléphants édifièrent une pyramide géante le long de la grande muraille de la prison de telle sorte que les détenus purent s'évader.

Effrayés par cette évasion, les Moines prêcheurs envoyèrent un de leurs délégués à la rencontre du Lion héraldique afin d'avoir une explication sur cette rébellion des Éléphants. Le Lion tenta d'expliquer à l'envoyé des Moines prêcheurs que leurs paroles séduisantes certes l'enchantait mais n'avaient aucun effet sur les Trolls qui se moquaient de leurs lois. Le Moine messager ne voulut rien entendre et ordonna au Lion héraldique de prêcher et sermonner tout le Bestiaire héraldique. A contre-cœur le Lion héraldique s'exécuta, il prit son apparence d'Oie sauvage de sable (lire : l'Avenir d'Héraldie ou le petit carré de sinople) et se mit à prêcher.


















Tout devint d'or alors en Héraldie pour lutter contre l'obscurantisme généré par les Trolls. Les animaux étaient tous d'or et très silencieux car ils redoutaient les Trolls, médiateurs entre l'inframonde et la lumière. Les Moines devinrent tous d'or aussi.




Un coq d'or un jour décida de retrouver les Trolls afin de les terrasser. Aidés des intrépides Cavaliers d'or et d'argent, il se mit en tête de parcourir toute l'Héraldie jusqu'à ce qu'il trouvât le repaire des Trolls. Le coq d'or partit donc à dos de n'importe quel ami capable de lui venir en aide. Toujours, dans chaque contrée, il rencontrait un animal différent pour l'encourager à continuer sa recherche. Les autres animaux qui le voyaient passer l'admiraient et il n'était pas peu fier! Parfois il lançait un regard sur l'un ou l'autre des ses admirateurs qui était alors comblé par tant de condescendance.


















Mais les Trolls restaient introuvables. En fait ils étaient juste à côté des Héraldiens. Plus encore, ils pervertissaient et rangeaient de leur côté certains animaux du Bestiaire héraldique tel le Goupil d'or, Châteaurenard qui, excédé par la bavassement des Moines prêcheurs , avait pris l'initiative de promener les Trolls cachés dans un magnifique château d'excellente texture. 




Ainsi comme le Coq d'or , les Trolls se promenaient sous le nez des Héraldiens et ils riaient, ils riaient...bien cachés dans leur château d'or. Parfois ils passaient sur les flots d'Héraldie à bord d'une Nef aux vitraux d'azur sous le regard étonné des Héraldiens complètement dépassés par la situation.


Le coq d'or, n'en pouvant plus de parcourir ainsi toute l'Héraldie sans jamais rencontrer l'ombre d'un Troll, se coucha un matin sous un beau cerisier et s'endormit profondément. Là se tenait bien caché, le Troll biscornu, très gourmand, il se gavait de cerises, il se grisait de leur jus plus enivrant qu’un petit vin rosé. Le coq d'or croyait rêver mais c'était bien un Troll soi-disant invisible qui se trouvait juste au-dessus de lui !


 



Sans réfléchir plus avant, le Coq d'or se rua sur le Troll biscornu mais ce dernier ouvrit sa grande gueule et avec ses dents saisit le pauvre Coq qui, sentant qu'on lui serrait la tête, rassembla ses dernières forces et parvint à faire un saut de côté qui lui permit de s'échapper. Le Troll l'observa un instant puis s'échappa en criant: «Traître! Toi et les tiens vous le regretterez!».

Fou de colère d'avoir été ainsi dérangé en pleine dégustation, le Troll biscornu plongea vers l'inframonde où il comptait bien assouvir sa haine.

L'inframonde, malheur à celui qui y séjourne ! Le maître de ce lieu y contemple le soleil de sable en savourant sa victoire toute proche. Troll inconscient et fougueux retourne sur tes pas! Mais déjà on voit le Dragon de sinople, celui qui aime narguer la loi, apparaître. Il va tromper tous les Héraldiens en déployant sa ruse et sa mauvaise foi et ce n'est pas un Moine prêcheur qui pourra le contrer puisqu'il est lui-même menteur. Une créature pure, seule pourrait tenter d'endiguer cette langue de vipère, le doux Goupil d'argent défenseur du droit, ennemi du mensonge.



Mais au nom de quelle loi pourrait-on forcer le doux Goupil d'argent à s'aventurer en inframonde ? Personne n'est assez fou pour y entrer. Ceux qui y pénètrent laissent là toute espérance tant la douleur et le désespoir des habitants de ce lieu est pesante. 

Des Monstres y chantent d'une voix mélodieuse mais leur chant est triste à mourir car ils savent que personne ne les écoute. Ils cachent en fait un terrible secret:

L'inframonde où luit le soleil de sable est le miroir d'Héraldie. Chaque Héraldien y est déjà à moitié, il n'y a qu'un pas à faire pour y sombrer définitivement.


 



Le Moine de base héraldien est un monstre de sable en inframonde. le Cerf d'argent, roi des forêts héraldiennes y est un loup de sable, cruel. La Poule d'argent si drôle en Héraldie n' est qu'un amphisbène en inframonde. La Licorne d'argent si pure et si vaillante en Héraldie n'est en inframonde qu'un gros Bouddha hilare et imbécile. Le Taureau d'or si courageux en Héraldie n'y est...




















... plus qu'un Monstre coléreux et insensé. Le savoir n'existe pas en inframonde, les créatures courent partout sans même savoir où elles vont et ne cessent de s'interpeller sans aucune raison, c'est un vacarme incessant et insoutenable.





















Ce que chantent les Monstres désespérés est donc une terrible nouvelle: tous les Héraldiens sans qu'ils ne le sachent ont déjà leur place en inframonde où patiemment le Soleil de sable les attend. 



Le Vorace hexapode y séjourne toujours depuis la période de la préhistoire d'Héraldie, ses prières bouddhistes ont été vaines mais il s'en moque. Finalement cela lui plaît de voir tous les Héraldiens décérébrés et réduits à l'état de Monstres. Pour se venger de Bouddha qui n'a pas répondu à ses appels il l'a même transformé en poisson, ce sera son destin si un jour il tombe définitivement en inframonde.




En inframonde, tout se passe comme si le ciel et la terre s'anéantissaient mutuellement, le ciel y est un dragon d'argent qui danse, la mer y est un requin qui cherche son repas. Ils se craignent l'un et l'autre, alors ils se battent et de ce combat entre le ciel et la terre naît le soleil de sable toujours plus fort, toujours plus mortifère. Oh ! petit Troll biscornu ! Pourquoi as-tu ouvert une porte entre l'Héraldie jadis heureuse et innocente et son inframonde ?


Pendant que le ciel et la terre se battent en inframonde, le soleil de sable accroît sa puissance faisant danser ses hôtes au son d'un piano grinçant.



Le Dragon de sinople, celui qui aime narguer la loi, œuvre en Héraldie, déployant sa ruse et sa mauvaise foi, puis il retourne en inframonde où il devient d'azur sombre pour enfermer ses proies dans des Tours de sable.

Tout semble perdu à cette époque du Moyen-Âge en Héraldie. Désormais les Héraldiens savent que l'ombre est en eux-même, qu'elle est eux-mêmes et ils ont du mal à résister aux ruses et aux mensonges du Dragon de sinople. Le Lion héraldique qui avait tant de fois croisé le Soleil de sable (lire l'avenir d'Héraldie ou le petit carré de sinople) ne pouvait pas ne rien faire.

Il s'enferma chez lui et se mit à réfléchir à l'inframonde. Comment arrêter les désastres du Dragon de sinople ? Il fallait arrêter les forces dévastatrices de l'inframonde qui envahissaient l'Héraldie. Mais où...où trouver l'énergie qui contrerait la puissance du Soleil de sable ? 


Les Amphisbènes, bien sûr! Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt, les Amphisbènes qui étaient des Poules d'argent en Héraldie, circulaient en inframonde et ils étaient parfaitement capables de retourner les choses du côté de la lumière. D'ailleurs c'était le manque de réflexion du Coq d'or qui avait déclenché la colère du Troll biscornu lequel avait ouvert la porte de l'inframonde. Les Poules d'argent pouvaient donc rétablir l'équilibre tout cela était parfaitement logique! Le Lion héraldique plongea alors en inframonde sans se retourner, pour y rencontrer les Amphisbènes. L' amphisbène moitié dragon, moitié serpent pouvait en effet, grâce au pouvoir de ses ailes faire triompher le Bien sur le Mal. Il fallait donc demander aux Amphisbènes de sauver Héraldie du pouvoir de l'inframonde en refermant la porte qu'avait ouverte le Troll biscornu. Les Amphisbènes malheureusement, à cause de leur ambivalence sont très lentes à prendre une décision à tel point que le Lion héraldique perdait parfois patience et reprenait sa forme d'Oie sauvage de sable au corps de gueules.



Mais bientôt des Centaures d'argent vinrent le calmer, c'était le signe que les Amphisbènes s'étaient décidés. L'équilibre étaient rétabli: la lumière avait obstrué la porte de l'inframonde.


Cette période fort éprouvante pour les Héraldiens fut néanmoins une prise de conscience des dangers de l'inframonde;
Grâce à cette aventure, les Héraldiens décidèrent de ne plus avoir peur de l'avenir, ni des Trolls.
Ces derniers, un peu confus de leur comportement récent, construisirent des dolmens et des menhirs de toutes sortes. Pour se faire pardonner, ils les offrirent aux Héraldiens et puis c'était aussi le signe de leur existence, ils souhaitaient qu'on en tienne compte.
Si un jour au cours d'une promenade vous rencontrez un dolmen ou un menhir, attention, il y a sans doute quelques Trolls qui vous regardent.



Pierrette Colas, Le Moyen-Âge en Héraldie
Inspiré et illustré par Cochonfucius

Héraldie, juin 2015

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