mercredi 24 juin 2015

Compagne d'un prophète

Composition de l'auteur

Je suis la sauterelle, engeance paresseuse ;
Je ne sais pas parler, mais je sais fredonner,
Ce qui vaut certes mieux que toujours jargonner,
Comme fait la cigale en sa langue amoureuse.

Je trouve mon repas dans une friche herbeuse ;
Je ne cherche le blé, de son grain couronné,
Mais bien la folle avoine, un léger grain donné
Au désert printanier par la saison venteuse.

Je n’ai pas de maison, et je dors en tous lieux,
Si je déjeune bien, je n’en dîne que mieux,
Et la faim, vers le soir, me maintient éveillée.

Un prophète, autrefois, fit de nous son festin ;
La lame d’une épée le prit un beau matin,
On en parle entre nous, le soir, à la veillée.

Cochonfucius

3 commentaires:

  1. Ville de Willer-sur-Thur, avec substitutions.

    RépondreSupprimer
  2. Quel prophète,Cochonfucius?


    Sabrine

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le prophète Jean-Baptiste.

      Évangile selon Matthieu, chapitre 3, verset 4 :

      « Jean avait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. »


      Pays de Poésie, 20 février 14, Au Désert :

      L’ermite Jean mangeait beaucoup de sauterelles.
      Dans le miel, il trempait ces insectes ailés,
      Les consacrant au Ciel, avant que d’avaler
      Par petites portions leur masse corporelle.

      Cette pitance était frugale et naturelle :
      Quand les gens de la plaine ont récolté leur blé,
      Ne sont-ils aussitôt de labeur accablés ?
      À moudre et à pétrir, leurs âme devient frêle.

      Jean ne recherchait point l’opulence latine,
      Le fromage et le pain si lourdement posés
      Devant les travailleurs auxquels on les destine ;

      Son repas, toutefois, pouvait être arrosé
      (Comme le permettrait la loi bénédictine)
      D’une cruche de blanc, de rouge ou de rosé.


      Supprimer