dimanche 14 juin 2015

Changer le monde ?

Toile de Vladimir Kush

« Pouvons-nous changer le monde en semant les mots d'espoir aux quatre vents ? » Cette question récurrente de notre amie Esther appelle deux réponses apparemment opposées... Imaginons que les poètes se taisent, ceux qui écrivent autant que ceux qui chantent ; imaginons qu'il ne s'écrive plus un seul livre sur rien ou que l'écrit ne serve plus que l'utilitaire, le fonctionnel... Le monde basculerait bien vite dans la plus noire dépression. Donc la réponse est oui car les mots d'espoir empêchent la nuit de le recouvrir complètement. L'espoir de la liberté, c'est-à-dire de s'appartenir et de marcher sur les chemins de plénitude. 

« À quoi bon ? » Il n'est pas un jour sans que je me pose cette question. Et si n'étaient certaines personnes ici même, Héraldie n'existerait sans doute déjà plus.

Non, le monde ne changera pas car les vagues humaines se succèdent sans cesse, les unes défaisant ce qu'ont fait les précédentes ; chacune croyant que le monde est né avec elle. Un homme, une femme peuvent changer ; mais mille autres arrivent derrière. Alors il faut recommencer tout le temps, redire les mêmes choses, sous une autre forme ; répéter les mots, encore et encore. 

L'Amie, le poète ne change pas le monde ; il veille simplement sur l'âme des choses. Il dit : « Rien n'est dans la finitude ; rien ne se réduit à son apparence. » Personne ne change le monde car le monde c'est chaque personne. Et chaque personne est à la fois sa propre serrure et sa propre clef. Ceux qui imaginent manipuler les masses sont dans l'illusion. C'est chaque personne qui se laisse manipuler ou pas. 

L'Amie, nos mots peuvent aider une personne à changer son propre monde. Une personne et encore une personne. Il n'y a de réel que la personne. On ne peut pas s'adresser à une masse car elle n'a aucune intériorité.

« Pouvons-nous changer le monde en semant les mots d'espoir aux quatre vents ? » Le seul fait que ces mots soient dits ou écrits est déjà le signe que le monde change. Par eux et en eux, le monde est déjà changé. Ce que je sais, ce dont je suis sûr, c'est que si les mots d'espoir se taisent, le monde n'existe plus.



Un seul mot d'espoir pèse infiniment plus lourd que mille bavardages stériles. Une seule petite allumette brise la nuit la plus profonde.

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