samedi 23 mai 2015

Les coquelicots

 Toile de Claude Monet (1840-1926), Les coquelicots, 1873 

J'aime les coquelicots. 
Ils poussent, naturellement froissés, sur les terres remuées, oubliées par les fines mains. 
Avec leur fragile ardeur, ils sortent seuls dans le monde, mais près des autres voyageurs clandestins du vent. 
Jamais ils ne saignent, ils ne montrent de faiblesse que les pleurs involontaires de leurs tiges. 
Ils sont faits de contraires, se balançant sur des envers. 
Frêles et incertains, volatiles et souffrants au toucher, ils renferment des cœurs aux racines entremêlées du bleu sombre de la nuit. 
Vivant dans cette âme acrobatique, des graines fugitives s'échappent parfois des voiles délicats et s'insinuent dans les champs, intoxicant les moindres fissures, tel du poison dans les veines. 
Ce sont des fleurs "indésirables", comme ils disent. 
On en parle si peu. 
Leur nom est étouffé par la prestigieuse Rose ou l'étonnant Muguet. 
Et pourtant, les voilà. 
Seuls les curieux impressionnistes ont su voir leur intrigant visage et le graver dans la fragilité d'une toile.

4 commentaires:

  1. Bravo pour le choix de l'image, cette toile est vraiment magnifique, elle est exposée au musée d'Orsay, à Paris, je crois bien qu'elle y est encore.
    Les coquelicots sont si fragiles qu'ils ne poussent que sur des terres non polluées, si on a la chance de les voir cela signifie que l'endroit où l'on se trouve est sain. Les coquelicots sont réjouissants.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci beaucoup !
      Oui effectivement, je les trouve magnifiques.

      Supprimer
  2. Et surtout bravo pour cette composition qui célèbre le coquelicot, la reine des champs, avec la marguerite et le bleuet. Oui, Lisa, ici nous évoquons souvent la prestigieuse rose, comme tu dis. Pas uniquement comme telle, au sens simplement botanique du terme, mais aussi et surtout comme fleur emblématique et même générique, au sens symbolique ; je veux dire qu'elle est un peu l'archétype de la fleur car à travers elle, c'est toute la gente florale qui est célébrée.
    Tout texte qui chante les fleurs est ici le bienvenu et je suis contente que le coquelicot fasse désormais partie des jardins d'Héraldie.
    Je sais (par Marc) qu'en alsacien, coquelicot se dit "Pflapperrose", c'est-à-dire "rose flottante", si je me souviens bien, et que le verbe "pflappere" indique une manière de voler, comme celle, par exemple, du papillon folâtrant. Belle journée.

    RépondreSupprimer