mercredi 29 avril 2015

Une époque formidable

D'argent à un abruti assis sur la courtoisie, une femme enceinte le priant de lui céder sa place, un nuage en chef d'où sort une foudre dirigée vers la dextre, c'est-à-dire vers ledit abruti, le tout de sable. (Composition MS d'après la conception et le blasonnement de l'auteur)

Il m'arrive de prendre le bus, si si. La dernière fois, je fus témoin d'une scène que je mettrai dans mes anthologies parisiennes. La chose mérite d'être rapportée car elle illustre le degré de grossièreté dont certains individus font montre. Grossièreté ? C'est un euphémisme, bien sûr. Donc, à un arrêt, une femme, visiblement enceinte, monte dans le bus. Toutes les places assises sont prises. Elle s'adresse alors à un homme d'un âge indéterminé, disons entre 35 et 45 ans. 

La dame : Monsieur, s'il vous plaît, pourriez-vous me céder votre place ? Je suis enceinte.
Le monsieur : Et alors, c'est de ma faute ?
La dame (sur le coup interloquée) : Encore heureux !
Le monsieur : Comment ça, encore heureux ? Parce que tu te crois peut-être canon ? (passage très rapide au tutoiement, comme on le voit).

La dame hausse les épaules en soupirant et n'insiste pas, outrée. Est-on jamais préparé à de tels scénarios ! Je me lève et la prie de prendre ma place, ajoutant, mais de sorte à être bien entendu de l'individu : « Madame, vous avez bien fait de ne pas poursuivre plus avant cette conversation ubuesque avec ce malotru qui a dû être éduqué à l'arrache dans quelque porcherie innommable. » (Je sais, ce n'est pas sympa pour les cochons, mais je suis sûre qu'il n'a pas compris la moitié de mes mots). Je lis l'inquiétude sur le visage de la dame et des passagers. Ils doivent se dire que « ça y est, on y a droit ! » L'individu se retourne et me regarde. « Le troll, si tu l'ouvres, je te saute à la figure. » A-t-il perçu ma pensée dans mon regard des mauvais jours (j'étais, il est vrai, d'humeur massacrante). Heureusement, il est descendu du bus à l'arrêt suivant. Over.

Post scriptum : le plus choquant, je ne vous l'apprends pas, fut la passivité des passagers. Je me suis demandée si la vraie grossièreté n'était pas à chercher quelque part de ce côté-là... Nous vivons une époque formidable, vous ne trouvez pas ?

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