dimanche 22 mars 2015

Les lucioles

 Toile de Henri Camille Danger (French, 1857–1937), Les lucioles (The Fireflies), 1896

C'était au cours d'un été, il y a quelques années déjà. Je passais parfois des journées entières en forêt - dans les Vosges du Nord - jusqu'à la nuit tombée. J'aimais particulièrement ce moment, entre chien et loup, où la forêt tombe subitement dans un silence d'une épaisseur presque inquiétante. Comme je m'étais profondément enfoncé dans les bois, je décidai de retourner vers ma voiture, garée à quelques kilomètres de là. L'obscurité gagnait et le chemin s'estompait peu à peu. J'eus alors la sensation presque physique que quelque chose me retenait, quelque chose qui voulait m'empêcher de sortir de la forêt. J'avais beaucoup de peine à avancer. C'était la première fois qu'un tel phénomène se produisait. En général, je n'ai pas peur de me promener en forêt la nuit – il m'est d'ailleurs souvent arrivé d'y dormir – mais là, l'angoisse me gagnait. Étais-je en train de fabuler ? Je marchais comme si je devais tirer derrière moi un poids énorme ! J'avais des sueurs froides et des frissons. De plus, je ne voyais pratiquement plus le chemin. Je risquais de m'égarer et de tourner en rond. C'est alors qu'elles s'allumèrent... Les bords du chemin se trouvèrent ponctués par des lucioles dont la lumière m'aida certes à me guider mais qui eut surtout pour effet de me rassurer, d'autant plus que la sensation d'être retenu faiblissait peu à peu.

Je n'ai jamais oublié cette nuit étrange et aujourd'hui encore, je repense aux lucioles avec beaucoup de sympathie et même une certaine tendresse. Sans doute si elles avaient eu la forme de celles du tableau de Henri Camille Danger aurais-je vraiment été en... danger de ne jamais plus ressortir de la forêt enchantée...

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