dimanche 29 mars 2015

Le quartier

Il y a l’épicerie et sa galerie de cageots remplis de fruits calibrés et sans le moindre défaut*, le bar-tabac du coin et son buraliste qu’on se fait parfois l’effet d’importuner, la boulangerie et sa belle boulangère au sourire croustillant (et peut-être même croustilleur), l’inévitable agence immobilière où le mètre carré s’affiche à prix d’or, le restaurant exotique tarabiscoté, avoisinant la restauration rapide où l’on peut se barbouiller le ventre pour pas cher ; enfin, la classique ribambelle de petites boutiques ouvertes à tous les budgets, à tous les besoins, à tous les goûts et même aux coups de cœur. Tout cela confère au quartier une quasi autarcie pour qui veut s’y cantonner. L’on y peut vivre ainsi qu’au fond d’une ville de province, la mentalité en sus. L’on y prise le ragot autant qu’on y distille la rumeur. De fait, il est courant qu’on s’y fasse une montagne de rien et s’y montre à l’affût de tout, sous couvert d’anonymat. Mais personne n’est vraiment dupe de ce jeu de clocher. Quand tout le monde est déguisé, plus personne n’est masqué.

* une pomme est traitée en moyenne avec 35 pesticides différents (voir le site ConsoGlobe)
Toile d'Eugène Caillebotte (1848-1894) Balcon sur rue (Paris)

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