lundi 30 mars 2015

Bullico ergo sum ou fétu de paille & bulle de savon

Toile de Michael Cheval

Jamais en défaut de vogue, elle était l’engouement faite personne, pourvu que ce fût tendance, pourvu qu’on en parlât. Elle eût été capable de se mettre à fumer pour bien marquer la journée sans tabac ou d’abuser de la voiture, la veille de la journée sans, pour mieux ne pas s’en servir le lendemain. La journée de la musique, elle s’éparpillait aux quatre coins de la capitale et s’étourdissait de décibels martelés ; au Paris-Plage, elle campait sur sa serviette de bain avec des airs de contempler le grand large ; à la Nuit Blanche de Paris, elle ne se couchait qu’à l’aube pointée. Il lui eût fallu plus de journées encore : une de la peinture à l'eau, une autre de la cuisine des voisins, une pour ceci, une autre contre cela. Elle eût même admis une journée de la journée sans journée ! Enfin, elle courait toutes les expositions courues, traversait tous les salons qui faisaient date, participait à toutes les philanthropies médiatisées, lisait tous les prix littéraires, regardait les films qui défonçaient le box office, ne manquait aucune émission applaudimétrique, n’était jamais en retard d’une mode vestimentaire, jamais à côté de ce qu’il fallait penser, sentir et dire. Toujours en phase avec son temps, toujours à chevaucher le vent. Fétu de paille & bulle de savon ou bullico ergo sum. (Je bouge donc je suis.)

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