lundi 23 février 2015

Sic Fugit Tempus

Toile de Franz Dvorak (Austrian, 1862-1927), In Contemplation

Naissance dans un flot de douleurs et de joies
Découverte du vaste univers, premiers pas, premières dents,
Les premiers sourires, les premières peines
Et déjà l’école, les premiers amis, les punitions
Grandir, tout va plus vite, déjà les premiers émois
Les amis commencent à disparaître emporter par le flot de la vie,
Toujours plus vite, comme aspiré par le grand vide final,
Vous voilà parent à votre tour, travailler, élever ses enfants,
Tenter de leur assurer un avenir, vos enfants partent à leur tour,
Vous êtes, comme au début, seul avec l’être aimé.
Et soudain vous êtes là au bord du grand vide,
Vous vous retournez, vous regardez le chemin parcouru,
Des lumières l’illuminent : vos joies, vos bonheurs
Que vous n’avez pas toujours su reconnaître
Les zones d’ombres: vos peines, le mal que vous avez fait
Sans même parfois vous en rendre compte.
Vous vous dîtes “Qu’ai je fait ?”
Mais il est trop tard déjà le gouffre vous happe.

Esther Ling

Ce texte d'Esther (le premier qu'elle ait écrit en français) résume en quelques lignes très ramassées le cours de l'existence humaine, quand la conscience, arrivée à maturité, sans plus aucune complaisance ni aucun voilage, jette sa lumière crue sur le chemin parcouru. Cela se passe à l'intérieur de soi et il n'est aucune issue de secours pour y échapper. C'est une phase redoutable, terrible même car le miroir que cette conscience nous tend n'est plus déformant ni arrangeant. « Qu'ai-je fait ? » sonne à la fois comme un cri de stupeur et d'incompréhension ; mais c'est surtout l'interrogation foncière et définitive sur son identité véritable et le sens de sa vie. Et quelque part, ce « je » qui s'interroge est celui-là aussi qui s'interpelle. Un rendez-vous avec soi-même qui dépasse de loin ce que l'on peut imaginer. Tout le reste ne pèse plus rien à côté. Il n'y a plus que cette question, assourdissante : « Qu'ai-je fait ? ». C'est la conscience qui nous convoque aux ultimes tenues. Un grand moment de solitude. Un changement de sphère aussi. On continue d'être dans le monde mais sans plus lui appartenir. Et c'est sans retour.

Marc Sinniger

1 commentaire:

  1. C’est ce vide final que nous portons en nous,
    tout au long du chemin.

    Source de nos poèmes.

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